Fernand-Loyal et Fernand-Déloyal (deuxième partie)

De Elkodico.

Fernand-Loyal et Fernand-Déloyal


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Fernand Loyal et Fernand Déloyal

Chaque matin, quand le valet venait habiller maître, Sa Majesté recommençait les mêmes doléances : «Ah ! si je pouvais enfin avoir ma bien-aimée avec moi ! Que n'est-elle ici, celle que j'aime ! » Et comme Fernand-Déloyal ne voulait que du mal à l'autre Fernand, un beau matin, après avoir de nouveau entendu les plaintes du roi, il en profita pour lui dire : « Mais vous avez un piqueur, Majesté ! Vous n'avez qu'à l'envoyer pour la chercher  ; et s'il ne vous la ramène pas, que sa tête roule à ses pieds ! » Le roi trouva le conseil judicieux, fit appeler Fernand-Loyal et lui apprit qu'il y avait, à tel et tel endroit du monde, une princesse qu'il aimait. « Tu iras l'enlever, sinon tu mourras ! » lui ordonna-t-il.

Fernand-Loyal gagna l'écurie était son cheval, et il pleurait et se lamentait :

- Pauvre de moi ! Malheureux que je suis ! Quel destin !

- Fernand-Loyal, qu'as-tu à pleurer ? fit une voix derrière lui.

Il se retourne, ne voit personne et se désole plus que jamais :

- Oh ! mon cher cheval blanc, quel malheur ! Il faut que nous nous séparions maintenant, parce que je vais mourir ! Adieu...

- Fernand-Loyal, pourquoi pleures-tu ? demande à nouveau la voix. Et c'est alors seulement qu'il se rend compte que c'est son cheval blanc, et nul autre que lui, qui lui pose la question.

- Comment ? C'est toi qui disais cela, mon cher petit cheval ?

Tu sais parler ? s'exclama-t-il d'abord.

Puis il ajouta :

- Il faut que j'aille et , que j'enlève et ramène la fiancée.

Mais comment veux-tu que je fasse cela ?

- Retourne trouver le roi, répondit le cheval blanc, et dis-lui que s'il veut te donner ce que tu attends de lui, tu lui ramèneras sa bien-aimée. Mais il te faut un navire entièrement chargé de viande, et un autre navire entièrement chargé de pain pour y parvenir  ; car tu auras affaire à de terribles géants sur la mer, et si tu n'as pas de viande à leur donner, c'est toi qu'ils dévoreront  ; et il y aura aussi de féroces animaux pour t'arracher les yeux à coups de bec, si tu n'as pas de pain à leur donner.

Le roi mit tous les bouchers du royaume à l'abattage de la viande et tous les boulangers du royaume à la cuisson du pain jusqu'au chargement complet de chaque navire. Quand ils furent prêts, le cheval blanc dit à Fernand-Loyal :

- Maintenant, monte en selle et conduis-moi sur le bateau. Lorsque arriveront les géants, tu diras :

Mes chers gentils géants, tout doux, tout doux !

J'ai bien pensé à vous Et j'ai à bord quelque chose pour vous. Lorsque ensuite viendront les oiseaux, de nouveau tu diras :

Mes chers petits oiseaux, tout doux, tout doux ! J'ai bien pensé à vous Et j'ai à bord quelque chose pour vous.

Alors ils ne te feront pas de mal, et même les géants t'aideront lorsque tu parviendras au château. Et quand tu y entreras, tu te feras accompagner par quelques géants, car la princesse y sera couchée et dormira  ; toi, tu ne dois pas la réveiller, mais les géants l'emporteront dans son lit pour revenir la déposer sur le bateau.

(Tout se passa exactement comme l'avait dit le cheval blanc : Fernand donna aux géants et aux oiseaux ce qu'il avait pour eux, et les géants amadoués lui prêtèrent main-forte, portèrent la princesse endormie de son château sur le bateau, et de jusque devant le roi.) Mais quand elle se trouva en présence du roi, elle déclara ne pouvoir vivre chez lui, parce qu'elle avait besoin de ses écrits, restés -bas dans son château. Sur l'instigation de Fernand-Déloyal, Fernand-Loyal dut revenir devant le roi, qui lui signifia de partir à nouveau à la recherche de ces papiers, sous peine de mort.

Désespéré, il s'en revint à l'écurie auprès du cheval blanc : « 0 mon cher petit cheval, voilà qu'il me faut refaire le voyage à présent ! Comment vais-je y parvenir ? » Le cheval blanc lui dit qu'on devait de nouveau lui faire le chargement des navires, et tout alla aussi bien que la première fois, quand les géants et les oiseaux furent gavés. En approchant du château, le cheval blanc lui dit qu'il devait entrer et qu'il trouverait les écrits sur la table, dans la chambre à coucher de la princesse. Il y alla, les trouva sans difficulté et les emporta. Mais quand ils furent repartis au large, Fernand-Loyal laissa échapper sa plume qui tomba à l'eau, et son cheval dut lui avouer qu'il ne pouvait rien pour lui en pareille occurrence. Fernand-Loyal tira son pipeau et se mit à en jouer  ; alors le poisson arriva, tenant dans sa gueule la plume d'oie, qu'il lui restitua. Il put alors rapporter les écrits au château, le mariage avait été célébré durant son voyage.

La reine, qui n'aimait pas du tout le roi parce qu'il n'avait pas de nez, eût bien aimé, par contre, avoir Fernand-Loyal comme époux  ; et un jour, devant tous les seigneurs de la cour, elle annonça qu'elle connaissait des tours de magie et qu'elle pouvait, par exemple, décapiter quelqu'un et lui remettre sa tête en place, comme si de rien n'était. Quelqu'un voulait-il essayer ? Il lui fallait un volontaire. Mais il n'y eut personne qui voulût être le premier  ; une fois de plus, sur la suggestion de Fernand-Déloyal, ce fut Fernand-Loyal qui fut désigné et qui dut se soumettre. La reine lui coupa la tête, la replaça sur son cou, elle fut instantanément ressoudée et guérie, avec seulement une petite marque comme un fil rouge sur la peau du cou.

- Comment, tu as appris ces choses, mon enfant ? s'étonna le roi.

- Mais oui, dit la reine, je connais les secrets de cet art. Veux-tu que je le fasse avec toi ?

- Bien sûr ! dit le roi.

Alors, elle le décapita ; mais quand la tête fut tombée, elle ne la lui remit pas en place et feignit de ne pas pouvoir y parvenir, comme si c'était la tête qui ne voulait pas se rattacher et se tenir à sa place. Et quand le roi eut été mis au tombeau, elle épousa Fernand-Loyal.

Devenu roi, Fernand-Loyal ne voulait pas d'autre monture que son cher cheval blanc, et un jour qu'il le chevauchait dans la campagne, le cheval lui dit d'aller dans un certain pré, qu'il lui indiqua, et d'en faire trois fois le tour au triple galop. Lorsqu'ils l'eurent fait, le cheval blanc se mit debout sur ses pattes de derrière et cessa d'être un cheval pour devenir un fils de roi.


Auteur : Jacob et Wilhelm Grimm

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Traducteur : Nom du traducteur

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Version 2012
Fernand-Loyal et Fernand-Déloyal


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