Hans-mon-Hérisson (première partie)

De Elkodico.

Hans-mon-Hérisson
1ère partie - 2ème partie
 

Hans-mon-Hérisson

Il était une fois un paysan qui avait de l'argent et des biens en suffisance, et même plus, qu'il n'en fallait ; mais aussi riche qu'il fût, il manquait pourtant quelque chose à son bonheur, car ils n'avaient, sa femme et lui, pas eu d'enfant. Il en souffrait, et comme il arrivait souvent que les autres paysans, quand il allait avec eux à la ville voisine, se moquaient de lui et lui demandaient pourquoi il n'avait toujours pas d'enfant, il finit par le prendre mal et un jour, quand il revint chez lui, il s'emporta et dit :

- Je veux un enfant, j'en veux un, même si ce doit être un hérisson !

Par la suite, sa femme mit au monde un enfant qui était mi-hérisson, mi-homme : le haut du corps en hérisson, le bas constitué normalement. Sa mère en fut épouvantée quand elle le vit et s'exclama :

- , tu vois ! tu nous as jeté un mauvais sort !

- Qu'est-ce que cela change à présent ? répondit le mari. Le petit doit quand même être baptisé ; mais comment trouver quelqu'un qui veuille être le parrain ?

- Hans-mon-Hérisson, ce sera le seul nom qu'on pourra lui donner, dit la femme.

Le prêtre, après l'avoir baptisé, remarqua qu'il ne pouvait pas être couché dans un lit ordinaire, à cause de ses piquants. Ils lui firent une couche de paille derrière le fourneau, et ce fut que le petit Hans-mon-Hérisson resta couché. Sa mère ne pouvait pas non plus lui donner le sein comme à un autre enfant, parce que ses piquants lui déchiraient la poitrine. Et Hans-mon-Hérisson resta derrière le fourneau pendant huit années de suite. Son père en était las, au point de penser : « Ah ! si seulement il pouvait mourir ! » Mais non, il ne mourait pas ; il était toujours , couché derrière le fourneau.

Un jour qu'il y avait foire à la ville, le paysan décida d'y aller, et avant de partir il demanda à sa femme ce qu'elle voulait qu'il lui rapporte. « Un peu de viande, lui dit-elle, et quelques brioches ; enfin, tu sais bien ce qu'il faut pour la maison. » Il fit la même question à la servante, qui voulait, elle, une paire de bas à jours et des chaussons. Enfin, il demanda aussi à Hans-mon-Hérisson ce qu'il aimerait avoir.

- Papa, répondit-il, je voudrais que tu me rapportes une cornemuse.

En revenant de la foire, le paysan donna à sa femme ce qu'il avait acheté pour elle : la viande et les brioches ; il donna ensuite à la servante ses bas et ses pantoufles, et enfin il se pencha derrière le fourneau et donna à Hans-mon-Hérisson sa cornemuse. Et Hans-mon-Hérisson, quand il eut en main sa cornemuse, dit à son père :

- Papa, tu devrais maintenant aller devant la forge et m'y faire ferrer mon coq ; alors je l'enfourcherai et je m'en irai pour ne plus revenir.

Le père, content d'être débarrassé, alla faire ferrer le coq aussitôt ; quand ce fut fini, Hans-mon-Hérisson se mit à califourchon sur le coq et partit en le chevauchant, non sans emmener avec lui des cochons et des ânes qu'il voulait garder au loin, dans la forêt. Lorsque le coq et son étrange cavalier furent dans la forêt, le coq dut s'envoler avec lui au sommet d'un grand arbre et s'y tenir perché, portant toujours Hans-mon-Hérisson sur son dos, il resta pendant des années à garder, de -haut, ses ânes et ses cochons, dont le nombre augmentait sans cesse, et qui lui firent un grand troupeau. Pendant tout ce temps-, son père n'entendit pas parler de lui. Installé sur son arbre, Hans soufflait dans sa cornemuse et se faisait de la musique pour se passer le temps ; et sa musique était fort belle.

Un jour, il arriva qu'un roi s'était perdu dans la forêt et s'étonna beaucoup d'entendre cette jolie musique, sans savoir d' elle pouvait venir. Il envoya quelqu'un de sa suite en avant, pour qu'il regarde un peu d' cela pouvait bien sortir ; mais tout ce qu'il put voir, en regardant partout alentour, c'était un drôle d'animal perché tout en haut d'un arbre, quelque chose comme un coq, sur lequel un hérisson se serait mis, et qui jouait de la musique. Ayant entendu son rapport, le roi renvoya son messager lui demander pourquoi il se trouvait perché -haut, et s'il ne pourrait pas lui indiquer le chemin qui lui permettrait de regagner son royaume. Hans-mon-Hérisson descendit alors de son arbre et déclara qu'il montrerait le chemin si le roi voulait lui promettre, et s'y engager par écrit, de lui accorder le premier être vivant qu'il rencontrerait en arrivant dans sa cour royale.

Le roi se dit : « Je peux facilement le faire : Hans-mon-Hérisson ne pouvant pas comprendre, j'écrirai ce qu'il me plaira. » Le roi prit donc une plume et de l'encre pour écrire quelque chose, et cela fait, Hans-mon-Hérisson lui montra le bon chemin, qui lui permit de rentrer heureusement chez lui. Mais sa fille, qui l'avait aperçu de loin, fut si contente de le revoir qu'elle accourut à sa rencontre et se jeta à son cou pour l'embrasser. Le roi se ressouvint alors de Hans-mon-Hérisson, et il raconta l'aventure à sa fille et comment il avait donner à un étrange animal un engagement par écrit, qui lui attribuait le premier être vivant qu'il verrait en arrivant au palais ; et comment cet animal était comme à cheval sur un coq, jouant une fort belle musique ; mais il ajouta bien vite qu'il avait écrit le contraire, à savoir qu'il n'aurait rien ni personne, parce que ce Hans-mon-Hérisson ne savait heureusement pas lire. La princesse s'en montra ravie et déclara que, de toute façon, jamais elle n'eût accepté d'aller -bas.

Hans-mon-Hérisson n'en continuait pas moins de garder ses ânes et ses cochons, toujours gai et plein d'entrain, perché sur l'arbre et se faisant de la jolie musique en soufflant dans sa cornemuse. Et puis voilà qu'un autre roi vint à passer par avec son escorte et toute sa suite ; il s'était perdu lui aussi et ne savait plus par retourner dans son royaume, car la forêt était très, très grande. Il entendit également la belle musique de loin et envoya quelqu'un pour voir ce que cela pouvait bien être. Le messager arriva jusqu'au dessous de l'arbre et vit le coq perché et Hans-mon-Hérisson assis dessus à califourchon. Le messager du roi s'enquit de ce qu'il faisait .

- Je garde mes cochons et mes ânes, répondit-il. Mais vous, que désirez-vous ?

Le messager lui expliqua qu'ils étaient perdus et ne parvenaient pas à revenir dans leur royaume, à moins qu'il ne voulût bien leur indiquer le chemin. Alors Hans-mon-Hérisson descendit de son arbre et dit au vieux roi qu'il lui montrerait le chemin, à condition qu'il consentît à lui donner en propre ce qu'il verrait en premier dès qu'il serait chez lui, à la porte de son château royal.

- Oui, déclara le roi, et voici mon accord.

Il écrivit et signa à Hans-mon-Hérisson l'engagement qu'il aurait comme sien ce que lui, le roi, aurait vu en premier devant son palais.

Auteur : Jacob et Wilhelm Grimm

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Traducteur : Nom du traducteur

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