L'Enfer (La Divine Comédie) - Chant VII

De Elkodico.

La Divine Comédie

L'Enfer

Chant IChant IIChant IIIChant IVChant VChant VIChant VIIChant VIIIChant IXChant XChant XI
Chant XIIChant XIIIChant XIVChant XVChant XVIChant XVIIChant XVIIIChant XIXChant XXChant XXI
Chant XXIIChant XXIIIChant XXIVChant XXVChant XXVIChant XXVIIChant XXVIIIChant XXIXChant XXXChant XXXIChant XXXIIChant XXXIII

Le Purgatoire

Chant IChant IIChant IIIChant IVChant VChant VIChant VIIChant VIIIChant IXChant XChant XI
Chant XIIChant XIIIChant XIVChant XVChant XVIChant XVIIChant XVIIIChant XIXChant XXChant XXI
Chant XXIIChant XXIIIChant XXIVChant XXVChant XXVIChant XXVIIChant XXVIIIChant XXIXChant XXXChant XXXIChant XXXIIChant XXXIII

Le Paradis

Chant IChant IIChant IIIChant IVChant VChant VIChant VIIChant VIIIChant IXChant XChant XI
Chant XIIChant XIIIChant XIVChant XVChant XVIChant XVIIChant XVIIIChant XIXChant XXChant XXI
Chant XXIIChant XXIIIChant XXIVChant XXVChant XXVIChant XXVIIChant XXVIIIChant XXIXChant XXXChant XXXIChant XXXIIChant XXXIII

 

L'Enfer - Chant VII

« Pape satan, Pape satan, Aleppe  !» cria Pluton d’une voix rampe ; et ce Sage aifable qui sait tout, dit pour m’encourager : »Prends garde que ta peur ne te soit à dommage. Quelque pouvoir qu’ait celui-ci, il ne t’empêchera point de descendre cette ravinePuis, vers cette lèvre enflée il se tourna et dit : »Tais-toi, méchant loup, consume ta rage au-dedans de toi. Non sans cause celui-ci va au fond du gouffre. Ainsi est-il voulu -haut, Michel vengea le superbe adultère

Comme les voiles gonflées par le vent tombent pêle-mêle lorsque le mât se brise, ainsi à terre tomba la bête cruelle.

Nous descendîmes dans le quatrième gouffre, pénétrant de plus en plus dans la lugubre enceinte qui enserre le mal de tout l’univers.

Ah ! justice de Dieu, que de peines nouvelles et de tourments je vis ! et que grièvement nos fautes sont châtiées !

Comme l’onde qui, au-dessus du Charybde, se brise contre l’onde qu’elle heurte, ainsi faut-il qu’ici les damnés mènent leur ronde. Ici ils sont plus nombreux qu’ailleurs ; ils poussaient en hurlant des fardeaux avec la poitrine, séparés en deux bandes : ils se heurtaient à leur rencontre, puis retournaient en arrière, criant : »Pourquoi, amasses-tu ?» et : »Pourquoi dissipes-tu  ?»

Ainsi dis deux côtés, parle sombre cercle, ils retournaient au point opposé, se jetant leur honteux refrain. Et, arrivée au milieu de son cercle, chaque bande revenait à une nouvelle joute. Moi qui avais le cœur comme brisé, je dis : —Maître, apprends-moi qui sont ceux-, et si tous ces tonsurés que je vois à notre gauche furent clercs. Et lui à moi : »Tous furent si aveugles d’esprit pendant la vie première, qu’avec mesure aucun ne dépensa. Leur bouche le dit assez clairement, lorsqu’ils viennent aux deux points du cercle, les sépare une faute contraire.

« Ceux-ci, dont la tête est nue de cheveux, furent clercs, et Papes, et Cardinaux, en qui souverainement domina l’avariceEt moi : —Maître, parmi eux je devrais bien reconnaître quelques-uns de ceux qui furent atteints de ce mal immonde. El lui à moi : »Une vaine pensée t’abuse. La vie obscure qui les souilla, maintenant les dérobe à la connaissance ; éternellement ils viendront se heurter de la sorte. Les nus, en sortant du sépulcre, ressusciteront la main fermée ; et les autres, la tête rase. Mal donner et mal retenir leur a ravi le beau monde et les a conduits à cette rixe : je le dis sans l’orner de paroles.

« Maintenant, mon fils, tu peux voir si la frivolité des biens commis à la fortune vaut que tant les hommes s’en tourmentent. Tout l’or qui est et fut jamais sous le ciel ne pourrait procurer de repos à une seule de ces âmes fatiguées

Maître, lui dis-je, dis-moi aussi : Cette fortune que tu viens de nommer, qu’est-elle, pour tenir ainsi tous les biens du monde dans ses mains ?

Et lui à moi : »O créatures stupides ! que profonde est votre ignorance ! Je veux que de moi tu apprennes ceci  : Celui dont la science s’élève au-dessus de tout, a fait les deux et leur a donné un conducteur, de sorte que sur chaque partie resplendisse chaque partie , distribuant également la lumière. Pareillement, aux splendeurs mondaines il a préposé un chef et ministre général, pour transférer de temps en temps les biens fragiles de nation à nation, d’une race à l’autre, quoi que puisse faire pour s’y opposer l’industrie humaine. C’est pourquoi une nation domine, et une autre languit, selon le jugement de celle-ci , lequel est caché comme le serpent dans l’herbe. Votre savoir ne peut rien contre elle : elle prévoit, juge, et poursuit son règne comme les autres Dieux , le leur. Nulle trêve à ses changements : la nécessité hâte sa course, d’ vient que si fréquentes sont les vicissitudes. C’est celle que tant mettent en croix , qui lui devraient des louanges et qui à tort la blâment et la maudissent. Mais elle subsiste, heureuse, et n’entend rien de cela ; avec les autres créatures premières , joyeuse elle roule sa sphère, et jouit en soi de sa félicité. Maintenant nous descendons s’émeut une plus grande pitié. Déjà les étoiles qui montaient quand je partis s’abaissent, et défendent de trop s’arrêter

Nous passâmes à l’autre bord du cercle, près d’une fontaine qui bouillonne et se dégorge par un fossé dérivé d’elle. L’eau était d’une teinte plutôt sombre que noire ; et nous, en suivant les brunes ondes, nous entrâmes par un autre chemin dans ces liasses régions .

Descendu au pied de ces malignes pentes grises, ce triste ruisseau y engendre un marais nommé Styx. Et moi qui regardais, attentif, je vis dans ce bourbier des gens tout nus, couverts de fange, le visage courroucé. Ils se frappaient, non pas seulement avec la main, mais avec la tête, avec la poitrine et les pieds, et en lambeaux se déchiraient avec les dents.

Le bon Maître dit : »Tu vois les âmes de ceux que vainquit la colère, et je veux aussi que pour certain tu tiennes qu’il en est, sous l’eau, dont les soupirs produisent ces bulles à la surface, comme l’œil te le montre, qu’il se tourne. Enfoncés dans le limon, ils disent : Malheureux fûmes-nous dans le doux air que réjouit le soleil, ayant au dedans de nous une fumée pesante ! Maintenant nous nous attristons au fond de la bourbe noire… Dans leur gosier ils murmurent cet hymne, dont ils ne peuvent prononcer une parole entière

Ainsi nous parcourûmes, entre la rive sèche et le milieu, un grand arc du sale marais, les yeux tournés vers ceux qui engloutissent la fange :

Au pied d’une tour nous arrivâmes enfin.

Je dis, continuant, que longtemps avant que nous fussions au pied de la tour, nos yeux se dirigèrent vers le sommet, attirés par deux petites flammes que nous y vîmes poser ; et à ce signal répondit une autre tour, si lointaine qu’à peine le regard pouvait la discerner ; et moi, vers la mer de tout savoir me tournant, je dis : —Que veut dire ce feu ? et que répond l’autre ? et qui sont ceux qui font ce signal ? Et lui à moi : »Sur les ondes fangeuses, déjà tu peux découvrir ce qu’on attend, si point ne te cachent les vapeurs du bourbier

Jamais corde ne lança, à travers les airs, de flèche aussi rapide qu’une petite nacelle, que je vis venir vers nous sur cette eau, conduite par un seul nautonier, qui criait : »Te voilà donc arrivée, âme félonne ?»

«  Phlégias, Phlégias , tu cries en vain cette fois, dit mon Seigneur ; tu ne nous auras que le temps de passer le marais

Comme celui qui reconnaît avoir été déçu, et qui s’en chagrine, tel devint Phlégias tout gonflé de colère. Mon Guide descendit dans la barque, puis m’y fit entrer après lui, et lorsque je fus dedans, alors seulement elle parut [[chargée[3]]].

Dès que le Guide et moi nous fûmes dans la nef, l’antique proue va sillonnant l’eau plus profondément qu’elle ne le fait avec les autres. Tandis que nous traversions le lac stagnant, devant moi se leva un damné tout couvert de fange, lequel dit : »Qui es-tu, toi qui viens avant l’heure  ?» Et moi à lui : —Si je viens, je ne reste point. Mais toi, qui es-tu, qui t’es ainsi souillé ?… Il répondit : »Tu le vois, je suis un qui pleureEt moi à lui : —Avec tes pleurs et avec ton deuil, esprit maudit, demeure ; je te reconnais si bourbeux que tu sois. Alors il étendit ses deux mains vers la barque ; ce pourquoi le Maître le repoussa, disant : »Va avec les autres chiens !» Puis, de ses bras me ceignant le col, il baisa mon visage, et dit : »Ame noble, bénie soit celle dont le sein te porta ! Celui-ci fut dans le monde plein d’orgueil ; rien de bon n’orne sa mémoire : aussi son ombre est-elle ici furieuse. Combien -haut s’estiment de grands rois, qui seront ici comme des porcs dans la bourbe, laissant de soi d’horribles méprisEt moi : —Maître, serais-je très désireux de le voir plonger dans cette boue, avant que nous ne sortions du lac. Et lui à moi : »Tu ne verras point le rivage que tu ne sois satisfait ; il convient que tu jouisses de ce désirPeu après je vis la gent fangeuse se ruer sur lui de telle furie, que j’en loue encore et en remercie Dieu. Tous criaient : »A Philippe Argenti  !» et cet esprit florentin, dans sa rage, se déchirait lui-même avec les dents ; nous le laissâmes, et plus n’en parlerai. Mais des cris douloureux frappant mon oreille, je portai en avant un regard attentif. Et le bon Maître dit : »Maintenant, mon fils, s’approche la cité nommée Dité avec ses coupables citoyens entasses en fouleEt moi : —Maître, déjà clairement je vois dans la vallée leurs mosquées rouges comme si elles sortaient du feu. Et lui me dit : »Le feu éternel qui les embrase au dedans les fait paraître rouges, comme tu le vois dans ce bas enfer

Nous arrivâmes dans les fossés profonds qui entourent cette ville désolée. Les murs me semblaient de fer. Non sans de grands détours, nous vînmes en un endroit le dur nocher nous cria : »Sortez, voici l’entrée !»

Je vis sur les portes plus de mille de ceux que le Ciel fit pleuvoir , et qui avec colère disaient : »Qui est celui-ci, qui, sans être mort, va dans le royaume des morts ?» Et mon sage Maître fit signe de vouloir leur parler secrètement, alors un peu se calma leur grand courroux, et ils dirent : »Viens seul, et que s’en aille celui-, qui fut si hardi que d’entrer dans ce royaume. Seul qu’il s’en retourne par la folle route  ; qu’il essaye s’il pourra : toi qui à travers cette contrée obscure l’as accompagné, tu demeureras iciPense, Lecteur, si je me déconfortai au son de ces paroles maudites, croyant ne m’en retourner jamais.

O mon cher Guide, qui plus de sept fois m’as rendu la sécurité, et tiré d’autres périls menaçants, ne me laisse point, dis-je, en cette détresse ; et s’il m’est refusé d’aller plus avant, revenons vite ensemble sur nos pas. Et ce Seigneur qui m’avait conduit, me dit : »Ne crains point ; nul ne peut nous fermer le passage que nous a ouvert un si grand . «Mais attends-moi ici, et conforte et nourris d’une bonne espérance ton esprit abattu ; je ne te laisserai pas dans le monde basAinsi s’en va, et m’abandonne le doux père ; et moi je demeure en suspens, le oui et le non se combattant dans ma tête.

Je ne puis ouïr ce qu’il leur dit ; mais il n’eut guère été avec eux, que tous coururent préparer la défense au dedans. Nos adversaires fermèrent les portes devant mon Seigneur qui resta dehors, et revint vers moi à pas lents, les yeux à terre et le front morne, soupirant il disait : »Qui m’a refusé l’entrée des demeures douloureuses ?» Et il me dit : »Quoique je me courrouce, ne t’effraye point : je vaincrai dans ce combat, quelle que soit au dedans la défense. Cette arrogance ne leur est pas nouvelle ; ils la montrèrent jadis à une porte moins secrète , dont la serrure est encore brisée. Au-dessus, tu as vu l’inscription de mort ;… mais déjà de l’autre côté, passant sans escorte à travers les cercles, celui par qui la ville s’ouvrira, descend la pente».


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