L'Enfer (La Divine Comédie) - Chant XXIII

De Elkodico.

La Divine Comédie

L'Enfer

Chant IChant IIChant IIIChant IVChant VChant VIChant VIIChant VIIIChant IXChant XChant XI
Chant XIIChant XIIIChant XIVChant XVChant XVIChant XVIIChant XVIIIChant XIXChant XXChant XXI
Chant XXIIChant XXIIIChant XXIVChant XXVChant XXVIChant XXVIIChant XXVIIIChant XXIXChant XXXChant XXXIChant XXXIIChant XXXIII

Le Purgatoire

Chant IChant IIChant IIIChant IVChant VChant VIChant VIIChant VIIIChant IXChant XChant XI
Chant XIIChant XIIIChant XIVChant XVChant XVIChant XVIIChant XVIIIChant XIXChant XXChant XXI
Chant XXIIChant XXIIIChant XXIVChant XXVChant XXVIChant XXVIIChant XXVIIIChant XXIXChant XXXChant XXXIChant XXXIIChant XXXIII

Le Paradis

Chant IChant IIChant IIIChant IVChant VChant VIChant VIIChant VIIIChant IXChant XChant XI
Chant XIIChant XIIIChant XIVChant XVChant XVIChant XVIIChant XVIIIChant XIXChant XXChant XXI
Chant XXIIChant XXIIIChant XXIVChant XXVChant XXVIChant XXVIIChant XXVIIIChant XXIXChant XXXChant XXXIChant XXXIIChant XXXIII

 

L'Enfer - Chant XXIII

Silencieux, seuls, sans compagnie, nous allions l’un devant et l’autre après, comme vont les frères mineurs. La présente rixe me faisait penser à la fable d’Esope il parle du rat et de la grenouille  : Mo et issa ne sont pas plus pareils, que ne le sont l’un et l’autre, si l’esprit en lie bien le commencement et la fin, et comme d’une pensée en surgit une autre, ainsi de celle-ci en naquit une qui redoubla ma première peur. Ceux-, pensai-je, à cause de nous ont été joués, et avec tant de dommage et de moquerie que je crois bien qu’ils s’en ressentent, si au malin vouloir la colère s’ajoute, ils nous poursuivront, plus cruels que le chien ne l’est au lièvre que ses dents saisissent. Je sentais déjà tous mes poils se hérisser de frayeur, et derrière, attentif je me tenais, quand je dis : —Maître, si promptement toi et moi tu ne caches, je crains les Malebranche : à notre poursuite ils sont déjà ; et si vivement je me les imagine, que déjà je les sens. Et lui : »Si j’étais de verre étamé, ton image extérieure plus vite en moi ne se refléterait pas, que ne s’y reflète celle de dedans. Tes pensées présentes sont si conformes et si semblables aux miennes, que des unes et des autres je fais un seul conseil. S’il se trouve que la côte à droite soit telle que nous puissions descendre dans l’autre bolge, nous échapperons à la chasse que tu appréhendes

Il n’avait pas achevé d’expliquer son dessein, que non loin je les vis venir, les ailes déployées, pour s’emparer de nous. Comme la mère que le bruit réveille, et qui près d’elle voit les flammes allumées, prend son fils et fuit, et point ne s’arrête, ayant plus de soin de lui que de soi, jusqu’à se vêtir seulement d’une chemise ; soudain mon Guide me prit, et du haut de la dure rive, le dos contre terre, s’abandonna sur la pente escarpée de la roche qui sépare une des bolges de l’autre.

Jamais par un canal, lorsqu’elle approche le plus des aubes, l’eau ne courut si vite pour faire tourner la roue d’un moulin, que mon Maître par cette pente, me portant sur sa poitrine comme son fils, non comme son compagnon.

A peine fûmes-nous arrivés au fond, qu’eux furent sur le col au-dessus de nous : mais ils n’étaient plus à craindre, la haute Providence, qui voulut faire d’eux les ministres de la cinquième bolge, leur ayant à tous ôté le pouvoir d’en sortir. , nous trouvâmes une gent , peinte, qui, autour de la fosse, à pas très lents, allait pleurant, et paraissait lasse et rendue. Ils avaient des chapes avec les capuchons abaissés devant les yeux, taillées comme celles qui se font à Cologne pour les moines. Elles sont dorées au dehors, tellement qu’on en est ébloui, mais de plomb en dedans, et si pesantes, que de paille, auprès d’elles, étaient celles que faisait porter Frédéric .

0 manteau éternellement accablant ! Cependant avec eux nous tournâmes à gauche, attentifs à leurs tristes plaintes. Mais, à cause du poids, cette gent lasse allait si. lentement qu’à chaque pas nous avions une compagnie nouvelle. Lors je dis à mon Maître : Fais en sorte d’en trouver quelqu’un dont les faits et le nom soient connus, et ainsi allant, regarde tout autour ! Et l’un d’eux, qui entendit la parole toscane, derrière nous cria : »Arrêtez, vous qui si vite courez à travers l’air obscur ! Peut-être auras-tu de moi ce que tu demandesSur quoi le Maître se tourna, et dit : »Attends ! Et ensuite marche à son pas !»

Je m’arrêtai, et j’en vis deux sur le visage desquels se montrait le désir qui les pressait d’être avec moi ; mais la charge et le chemin étroit les retardaient beaucoup. Quand ils furent arrivés, de leurs yeux louches, ils me regardèrent sans parler ; puis, se tournant l’un vers l’autre, ils se dirent entre eux : »Au mouvement de la bouche, celui- semble vivant ; et, s’ils sont morts, par quel privilège vont-ils sans être vêtus de la lourde robe ? O Toscan ! venu dans le collège des tristes hypocrites, ne dédaigne point de dire qui tu es !» Et moi à eux : —Je suis et j’ai crû sur le beau fleuve d’Arno, dans la grande ville, et j’ai le corps que j’eus toujours. Mais vous dont les joues, autant que je vois, de douleur tant dégouttent, qui êtes-vous ? et quelle peine produit en vous cette ardeur ? Et l’un deux me répondit : »Ces chapes orange sont de plomb, et si épaisses, que leur poids fait ainsi siffler les balances . Nous fûmes des frères Godenti de Bologne nommés, moi Catalano, et lui Loderingo ; ta ville tous deux nous prit, comme se prend de coutume un homme solitaire, pour conserver sa paix ; et nous fûmes tels qu’encore il se voit autour du GardingoJe commençai : —O frères, vos maux… Mais pas plus je ne dis, à mes yeux étant apparu un malheureux cloué en terre avec trois pieux. Lorsqu’il me vit, il se tordit de tous ses membres, soufflant dans sa barbe et soupirant. Et le frère Catalano, qui de cela s’aperçut, me dit : »Ce crucifié que tu regardes , aux Pharisiens conseilla qu’un homme fût, pour le peuple, envoyé au supplice. En travers et nu, comme tu vois, il gît sur le chemin, et il faut qu’il sente combien pèse quiconque passe. Et pareillement pâtit dans cette fosse son beau-père , et les autres du conseil qui fut pour les Juifs une mauvaise semence

Je vis alors Virgile s’étonner à l’aspect de celui qui si vilement était étendu sur la croix, dans l’éternel exil. Ensuite il adressa ces paroles au frère : »Qu’il ne vous déplaise point, si cela vous est permis, de nous dire s’il est à main droite quelque ouverture par , tous deux, nous puissions sortir, sans forcer des anges noirs à nous tirer de ce gouffreIl répondit : »Plus près que tu ne l’espères est un rocher, qui part du grand cercle et traverse tous les affreux remparts ; si ce n’est qu’étant rompu, il ne les recouvre pas entièrement. Vous pourrez monter par la ruine qui gît , et s’élève au-dessus du fondLe Maître se tint un peu la tête baissée, puis dit : »Mal contait la chose celui qui, -haut, avec les crocs, déchire les pêcheursEt le frère : »J’ai ouï dire à Bologne que le diable a bien des vices, et, entre autres, qu’il est menteur et père du mensongeAprès cela, le Maître à grands pas s’en alla, en son visage un peu troublé de colère ; et moi, laissant les autres sous leur charge, je suivis les traces des pieds chéris.


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