L'Enfer (La Divine Comédie) - Chant XXV

De Elkodico.

La Divine Comédie

L'Enfer

Chant IChant IIChant IIIChant IVChant VChant VIChant VIIChant VIIIChant IXChant XChant XI
Chant XIIChant XIIIChant XIVChant XVChant XVIChant XVIIChant XVIIIChant XIXChant XXChant XXI
Chant XXIIChant XXIIIChant XXIVChant XXVChant XXVIChant XXVIIChant XXVIIIChant XXIXChant XXXChant XXXIChant XXXIIChant XXXIII

Le Purgatoire

Chant IChant IIChant IIIChant IVChant VChant VIChant VIIChant VIIIChant IXChant XChant XI
Chant XIIChant XIIIChant XIVChant XVChant XVIChant XVIIChant XVIIIChant XIXChant XXChant XXI
Chant XXIIChant XXIIIChant XXIVChant XXVChant XXVIChant XXVIIChant XXVIIIChant XXIXChant XXXChant XXXIChant XXXIIChant XXXIII

Le Paradis

Chant IChant IIChant IIIChant IVChant VChant VIChant VIIChant VIIIChant IXChant XChant XI
Chant XIIChant XIIIChant XIVChant XVChant XVIChant XVIIChant XVIIIChant XIXChant XXChant XXI
Chant XXIIChant XXIIIChant XXIVChant XXVChant XXVIChant XXVIIChant XXVIIIChant XXIXChant XXXChant XXXIChant XXXIIChant XXXIII

 

L'Enfer - Chant XXV

Lorsqu’il eut fini de parler, le voleur éleva les mains, et des deux fît la figue, criant : »A toi, Dieu, prends-la !» depuis lors les serpents m’ont été amis, quand je vis l’un d’eux à son cou s’étant enroulé, comme s’il eût dit : »Je ne veux pas que tu en dises pluset un autre à ses bras, se rivant lui-même par devant, le lia de telle sorte qu’avec eux il ne pouvait donner de secousse.

Ah ! Pistoie, Pistoie ! que n’en finis-tu de toi, te réduisant toi-même en cendres, puisque les tiens dépassent toujours plus leurs ancêtres dans le mal ?

Dans tous les sombres cercles de l’Enfer, je ne vis point d’esprit si superbe contre Dieu, non pas même celui qui tomba des murs de Thèbes .

Il s’enfuit sans dire un mot de plus ; et je vis un Centaure plein de rage venir, criant : » est-il, est-il, l’obstiné ?» Je ne crois pas que dans la [[Maremme[2]]], soient autant de couleuvres qu’il en avait depuis la croupe jusque- commence la face. Sur ses épaules, derrière la nuque, s’étendait, les ailes déployées, un dragon qui embrase tout ce qu’il heurte. Mon maître dit : »Celui-ci est Casus, qui, sous le rocher du mont Aventin, maintes fois fit un lac de sang. Il ne va point avec ses frères par le même chemin1, à cause du vol que, par fraude, il lit du grand troupeau voisin de lui  ; d’ ses œuvres louches eurent leur fin, sous la massue d’Hercule, qui cent fois peut-être le frappa, et il ne le sentit pas dix

Pendant qu’il parlait ainsi, l’autre rapidement passa, et trois esprits vinrent au-dessous de nous, sans être aperçus ni de moi ni du Guide, sinon lorsqu’ils crièrent : »Qui êtes-vous ?» Sur quoi le récit fut interrompu , et à eux seuls nous fîmes attention. Je ne les connaissais pas ; mais il arriva, comme souvent il arrive par hasard, que l’un deux en nomma un autre, disant ; « sera resté Cianfa  ?» Lors, pour que le Maître fût attentif, je levai le doigt et le posai du menton au nez .

Si maintenant, lecteur, tu es lent à croire ce que je dirai, ce ne sera pas merveille, puisqu’à peine le crois-je, moi qui le vis.

Comme fixement je les regardais, un serpent à six pattes s’élança sur l’un d’eux, et tout entier s’attachant à lui, avec ses pattes du milieu il lui lia le ventre, et avec celles de devant il saisit ses bras, puis enfonça les dents dans l’une et l’autre joue ; il étendit les pattes de derrière sur les cuisses, entre lesquelles il darda la queue, la ramenant par derrière en haut sur les reins. Jamais lierre ne serra si étroitement un arbre, qu’aux membres de l’autre l’horrible bête enlaça les siens. Puis ils se collèrent comme s’ils eussent été de cire fondue, et leurs couleurs se mélangèrent : déjà de l’un et de l’autre l’apparence était incertaine : Comme, exposé au feu, le papier prend au-dessus une teinte brune ; il n’est pas noir encore, et le blanc meurt. Les deux autres les regardaient, et chacun d’eux criait : »Oh ! Agnel , comme tu changes ! Vois, déjà tu n’es ni deux ni un

Les deux têtes n’en faisaient plus qu’une, lorsqu’y apparurent deux figures mêlées sur une face devenue celle des deux perdus . De quatre pièces se firent les deux bras ; les cuisses avec les jambes, le ventre et le buste, devinrent des membres qu’on vit jamais. Tout avait dépouillé son premier aspect ; la forme transmuée était celle de deux et n’était celle d’aucun, et telle elle s’en allait à pas lents.

Comme, sous l’ardeur des jours caniculaires, le lézard, changeant de haie, traverse, pareil à l’éclair, le chemin, ainsi, s’élançant vers le ventre des deux autres, paraissait un petit serpent irrité, livide et noir comme un grain de poivre. A l’un d’eux il piqua cette partie par nous prenons notre première nourriture, puis tomba étendu devant lui. Le piqué le regarda, et ne dit rien ; mais, s’arrêtant, il se roidissait sur ses pieds, il bâillait comme si le sommeil ou la fièvre l’eût assailli. Il regardait le serpent, et le serpent lui : l’un fortement fumait par la plaie, l’autre par la bouche, et les fumées se rencontraient. Que désormais Lucain se taise, qu’il ne parle plus du malheureux Sabellus et de Nasidius , et qu’il écoute ce qu’à présent je raconte ! Que de Cadmus et d’Aréthuse se taise Ovide  ! Si, poétisant, il change en serpent celui-, et celle-ci en fontaine, je ne l’envie point ; jamais l’une dans l’autre il ne transforma deux natures, de sorte que promptes fussent les deux Formes à échanger leur matière ; elles se correspondirent tellement que le serpent fendit en fourche sa queue, et que le blessé réunit les pieds. Jambes et cuisses si bien se pénétrèrent, qu’en peu il ne parut aucune trace de jointure. La queue fendue prenait la forme qui se perdait  ; sa peau s’amollissait, et celle de l’autre se durcissait. Je vis les bras rentrer sous les aisselles, et les deux pieds de la bête, qui étaient courts, s’allonger autant que ceux- se raccourcissaient. Ensuite, tordus ensemble, les pieds de derrière devinrent le membre que l’homme cache, et le malheureux vil le sien se transformer eu deux pieds. Tandis que la fumée les revêt d’une couleur nouvelle, recouvrant celui-ci de poil, et dépilant celui-, l’un se leva, et l’autre tomba, sans détourner les yeux impies au-dessous desquels la face changeait. Celui qui était debout retira le museau vers les tempes, el par le trop de matière qui vint , des joues élargies saillirent les oreilles. De ce qui ne se porte pas en arrière et resta, un nez se fit à la lacs, et les lèvres se grossirent autant qu’il convenait. Celui qui gisait, à terre chassa le museau en avant, et retira les oreilles dans la tête, connue la limace fait de ses cornes ; et la langue, une auparavant et prête à parler, se fendit ; et dans l’autre la fourche se referma, et cessa de fumer. L’âme, devenue bête, s’enfuit en sifflant dans la vallée, et l’autre derrière lui en parlant crache. Puis à celui- il tourne les épaules nouvelles, et dit à l’autre  : »Je veux que Buoso coure à quatre pattes, comme je l’ai fait par ce sentierAinsi vis-je le septième lest muer et transmuer ; et que la nouveauté m’excuse si ma plume a erré en quelque chose.

Quoique ma vue fût un peu confuse et mon âme étonnée, ceux-, en fuyant, ne purent si bien se celer, que je ne, reconnusse Puccio Sciancato ; et, des trois compagnons qui vinrent d’abord, il était le seul qui ne fût pas transformé. L’autre était celui à cause de qui, Gavillé, tu pleures .


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