L'Enfer (La Divine Comédie) - Chant XXVII

De Elkodico.

La Divine Comédie

L'Enfer

Chant IChant IIChant IIIChant IVChant VChant VIChant VIIChant VIIIChant IXChant XChant XI
Chant XIIChant XIIIChant XIVChant XVChant XVIChant XVIIChant XVIIIChant XIXChant XXChant XXI
Chant XXIIChant XXIIIChant XXIVChant XXVChant XXVIChant XXVIIChant XXVIIIChant XXIXChant XXXChant XXXIChant XXXIIChant XXXIII

Le Purgatoire

Chant IChant IIChant IIIChant IVChant VChant VIChant VIIChant VIIIChant IXChant XChant XI
Chant XIIChant XIIIChant XIVChant XVChant XVIChant XVIIChant XVIIIChant XIXChant XXChant XXI
Chant XXIIChant XXIIIChant XXIVChant XXVChant XXVIChant XXVIIChant XXVIIIChant XXIXChant XXXChant XXXIChant XXXIIChant XXXIII

Le Paradis

Chant IChant IIChant IIIChant IVChant VChant VIChant VIIChant VIIIChant IXChant XChant XI
Chant XIIChant XIIIChant XIVChant XVChant XVIChant XVIIChant XVIIIChant XIXChant XXChant XXI
Chant XXIIChant XXIIIChant XXIVChant XXVChant XXVIChant XXVIIChant XXVIIIChant XXIXChant XXXChant XXXIChant XXXIIChant XXXIII

 

L'Enfer - Chant XXVII

Déjà la flamme droite et immobile avait cessé de parler, et s’éloignait de nous, avec la permission du doux Poète, lorsqu’une autre, qui venait derrière, attirâmes regards par un son confus qui sortait de sa cime.

Comme le taureau de Sicile qui mugit pour la première fois, et ce fut justice, les plaintes de celui dont la lime l’avait fabriqué , et transformait la voix du tourmenté en mugissements, de sorte que, quoique d’airain, il semblait ressentir la douleur ; ainsi, au commencement, ne trouvant dans le feu ni voie ni ouverture, les paroles douloureuses s’y changeaient en son propre [[langage[2]]]. Mais, lorsque montant elles eurent pris leur route par la pointe, qui leur imprimait, au passage, les mêmes vibrations qu’auparavant la langue, nous entendîmes ces mots : »O toi, à qui ma voix s’adresse, et qui parlais tout à l’heure lombard, disant : —Maintenant, va ! de toi je ne désire rien de plus, quoique un peu tard peut-être je sois venu, qu’il ne te déplaise de t’arrêter et de parler avec moi ; vois, à moi cela ne déplaît, et je brûle. Si récemment dans ce monde aveugle tu es tombé de cette douce terre latine, d’ j’ai apporté toute ma faute, dis-moi si les Romagnols ont la paix ou la guerre ; car je fus des monts, , entre Urbino et la montagne d’ sort le Tibre

J’étais encore baissé et regardais en bas, lorsque mon Guide me toucha le côté, disant : »Parle, toi ; celui-ci est LatinEt moi, qui avais déjà la réponse prête, sans retard je commençai de parler : —O âme -dessous cachée, la Romagne n’est ni ne fut jamais sans guerre dans le cœur de ses tyrans ; mais d’ouverte, aucune n’y ai-je laissée. Ravenne est ce qu’elle a été depuis maintes années ; couve l’aigle de Polenta , recouvrant Cervia de ses ailes. La [[cité[5]]] qui jadis soutint la longue épreuve, et de Français fit un monceau sanglant, est toujours sous les pattes vertes  ; et le vieux Mastino, et le nouveau de Verrucchio , si cruels envers Montagna , enfoncent encore les dents ils les enfonçaient. La ville de Lamone et celle de Santerno régit le lionceau du nid blanc , qui change de parti de l’été à l’hiver. Et celle dont le Savio baigne le flanc , comme entre la plaine et le mont elle est sise, vit entre la tyrannie et la liberté. Maintenant je te prie de nous dire qui tu es ; ne sois pas plus dur que d’autres ne l’ont été, et que ton nom se conserve dans le monde !

Après qu’à sa manière le feu eut un peu murmuré, la pointe aiguë d’ici et de se mut, puis émit ce souffle : »Si je croyais répondre à quelqu’un qui dût jamais retourner dans le monde, cette flamme cesserait de se mouvoir. Mais puisque jamais, si ce qu’on dit est vrai, nul ne retourna vivant de ces profondeurs, sans crainte d’infamie je te réponds. Je fus homme d’armes, et puis cordelier, croyant, en me ceignant ainsi, expier mes fautes, et certes il en aurait été entièrement comme je le croyais, n’eût-ce été le grand Prêtre , à qui mal en prenne, qui me replongea dans mes premiers méfaits : comment et pourquoi, je veux que tu l’entendes. Pendant que je fus la forme d’os et de chair que ma mère me donna, mes œuvres ne furent pas d’un lion, mais d’un renard. Les sourdes pratiques et les voies couvertes, je les sus toutes, tellement que le bruit en parvint jusqu’au bout de la terre. Quand je fus arrivé à ce point de mon âge, chacun devrait abaisser les voiles et serrer les cordages, ce qui premièrement me plaisait, alors me pesa ; repentant et contes je me fis : et bien, hélas ! m’en serais-je trouvé, pauvre misérable ! Le prince des nouveaux Pharisiens avait la guerre près de Latran , et ni avec les Sarrasins, ni avec les Juifs : tous ses ennemis étaient chrétiens, et aucun n’avait aidé à prendre Acre, ou trafiqué dans la terre du Soudan . Ni l’office suprême, ni les ordres sacrés il ne regarda en soi, non plus qu’en moi le cordon qui jadis amaigrissait ceux qui s’en ceignaient. Mais comme Constantin manda Sylvestre d’au dedans du Siratti , pour guérir sa lèpre, ainsi me manda-t-il comme médecin, pour guérir sa fièvre de superbe. Il me demanda conseil, et je me tus, ses paroles me paraissant ivres. Il reprit : —Que ton cœur ne craigne point ; dès à présent je t’absous. Enseigne-moi comment je jetterai bas Palestrina . Je puis, comme tu sais, ouvrir et fermer le ciel ; car doubles sont les clefs qui point ne furent chères à mon prédécesseur . Alors me poussèrent les graves arguments se taire me parut le pis, et je dis : —Père, puisque tu me laves de ce péché, je doismaintenant tomber, longue promesse et court effet te fera triompher sur le haut siège. —Ensuite, quand je fus mort, François me vint chercher ; mais un des anges noirs lui dit : —Ne l’enlève point, ne. me fais pas tort ; en bas, parmi mes serfs, il doit venir, parce qu’il donna le conseil frauduleux, depuis quoi je le tiens aux crins. Absous ne peut être qui ne se repent, et à la fois vouloir et se repentir ne se peut, à cause de la contradiction, qui point ne le permet. —O malheureux ! comme je tressaillis lorsqu’il me prit, disant : —Tu ne pensais pas, peut-être, que je fusse logicien… Il me porta devant Minos ; et celui-ci, après avoir huit fois roulé sa queue autour de son dos endurci, et se l’être mordue, de rage, dit : —Ce pécheur est de ceux que le feu dérobe [[[20]…]] Par quoi tu vois suis-je perdu, et ainsi vêtu, gémissant je vais

Lorsque de la sorte il eut achevé son dire, la flamme douloureuse s’en alla, agitant et tordant sa cime aiguë.

Mon fluide et moi nous passâmes outre, par-dessus le rocher, jusque sur l’autre arche, qui recouvre la fosse payent leur dette ceux qui, en semant la division, chargent leur âme.


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