L'aile Ouest II

De Elkodico.

L'aile Ouest


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L'aile Ouest (deuxième partie)

Château royal 1670

Ne pas pouvoir sortir du château, être obligée de manger avec des couverts pour jeunes enfants, ne toucher à rien qui puisse blesser, même légèrement, ce n'était pas une vie ; à quoi servaient tous ces dons dont on lui avait parlé et dont elle était pourvue, paraît-il, si elle ne pouvait pas se servir tout du moins des plus enrichissants. Ah bien sûr, les miroirs lui renvoyaient l'image d'une belle fille potelée, avec un visage rond, des yeux verts en amande, un nez légèrement retroussé et des lèvres pulpeuses, le tout encadré par une chevelure longue et ondulée d'un noir profond ; les invités au château étaient charmés par sa gentillesse et sa simplicité, sa voix suave aurait fait fondre un mur de pierre. Elle n'en était pas moins dans une prison dorée et elle s'y ennuyait ferme ; ses loisirs n'étaient pas variés : depuis l'âge de six ans elle avait entrepris de lire tout le contenu de la bibliothèque du château... et elle en avait treize. Elle avait encore le temps de lire, bien sûr, elle avait calculé qu'en lisant deux livres par semaine en moyenne, elle aurait fini la bibliothèque à l'âge de... quinze ans et demi, peut-être seize, et après ? Recommencer du début ? Même pas : elle avait une mémoire remarquable. Bah ! Elle aviserait bien à ce moment . C'est vers ces années 70 que le roi pondit quelque arrêté stupide interdisant à la population l'usage d'objets effilés au cas son Elvira chérie aurait l'idée de jouer la fille de l'air ; mais la fée Dereina mise au courant raisonna le souverain :

Vous avez perdu la tête, Majesté ! Vous voulez ruiner le pays ou quoi ?
Oh vous, vous ne risquez pas de perdre une fille qui, parce qu'elle en aura eu marre de tourner en rond dans le château ira se percer la main, par curiosité...
Mais enfin ! si le pays est à genoux parce que les artisans, les paysans ou les couturières ne peuvent plus travailler, Kantalarryn n'en fera qu'une bouchée ! Que deviendra votre fille alors ? Une domestique ? Une fille à soldats ?
Je vous en prie !
Réfléchissez, Majesté, il y va de l'avenir du royaume, de votre avenir, de celui de votre fille.
J'y réfléchirai, c'est promis.

Deux jours plus tard, l'interdit était levé : on avait frôlé la catastrophe. En fait c'est Elvira elle-même qui, mise au courant par hasard du problème, convainquit et rassura son père : Il y avait encore des choses à faire au château.

Château royal 10/6/1674

Le château était divisé en cinq parties. La partie centrale abritait les communs : au rez-de-chaussée se trouvait le hall d'entrée dans lequel se trouvait un vaste escalier conduisant à une mezzanine, aux étages supérieurs se trouvaient entre autres : les cuisines, quelques salles à manger, les chambres des domestiques, la bibliothèque, la salle de garde etc... L'aile nord était occupée par les appartements royaux, la cour occupait les étages supérieurs de l'aile, les écuries et la forge en occupaient le rez-de-chaussée ; la chapelle et la crypte occupaient l'aile sud. L'aile Ouest était inoccupée depuis des années ; l'édifice était déjà ancien (année probable de la pose de la première pierre : 1506, et encore, rien de sûr, Elvira continuait, faute de mieux, de se documenter) et la porte principale y donnant accès avait été murée depuis une trentaine d'années. Cela dit la visite du reste du château restait intéressante. D'ailleurs la jeune princesse entreprit de le faire visiter (à l'exception bien sûr, de certains lieux privés), d'une part, elle tromperait son ennui et d'autre part, ça mettrait un peut d'oseille dans les potages du royaume. Ce dernier point assouplit le roi qui n'était pas très chaud vis à vis d'une telle initiative : en tout visiteur inconnu, il croyait y voir un séide de Kantalarryn, bref, l'âge ne l'arrangeait pas. Les gens venaient de toutes parts et l'on affirme même que certains avaient fait plus de cent lieues à cheval pour admirer... les tapisseries, les statues et les tableaux ou celle qui expliquait ce qu'ils représentaient ? En attendant, le succès de cette entreprise était indéniable. Le château, Elvira le connaissait par cœur, d'ailleurs, elle ne connaissait que ça, mais il lui manquait quelque chose, et ce quelque chose, c'était l'aile Ouest. Que pouvait-il y avoir ? Pourquoi la porte principale avait-elle été murée ? Y avait-il d'autres accès ? Oui sûrement : elle avait lu un chapitre dessus dans un livre retraçant l'histoire de l'édifice, le tout était de savoir dans quel état ils étaient. La princesse ne devait compter que sur elle, n'attendant le soutien de personne, et surtout pas de ses parents qui serait bien capable de lui en interdire l'accès : « Il vaut mieux y aller sans rien demander plutôt que de désobéir à une interdiction, après tout, je ne sors pas ». et c'est ainsi que, munie du plan de l'aile Ouest du château, d'une torche à résine et de sa volonté, l'unique héritière du royaume des Toolemnare entreprit une visite qui vaudrait toutes les escapades possibles et imaginables. En furetant du côté des caves, Elvira trouva une porte donnant accès à l'aile Ouest : toutes les portes situées en étage avaient été murées ce qui en accroissait encore le mystère ; seulement cette porte avait une serrure verrouillée... et rouillée... et les travaux manuels n'étaient pas son fort ! Il fallait bien faire quelque chose, elle faillit perdre courage : elle devait trouver quelqu'un : un garde qui lui apporterait de l'aide en toute discrétion... Un peu de charme et hop, le tour est joué ? Non, ce n'était pas dans sa nature, elle avait beau être belle à donner le vertige... on ne se refait pas ! Il était déjà treize heures et elle n'avait pas bougé depuis la matinée, c'était fichu pour aujourd'hui, elle revint vers sa chambre, faisant bien attention de ne croiser personne, se refit une petite toilette et arriva avec un léger retard pour le déjeuner. Elle passa tout l'après-midi à réfléchir, à chercher une solution, pendant qu'elle guidait quelques visiteurs. Par les étages, c'était impossible. Par les caves, il fallait faire sauter la serrure. Il restait les toits, mais , pour la discrétion, ce n'était pas gagné ; et puis elle n'était peut-être pas plus agile qu'adroite... en plus de ça il faudrait œuvrer la nuit, il y aurait le risque que, de loin, un garde la prenne pour un espion de Kantalarryn (pas question de sauter sur les toits en robe). Elle retourna le problème dans tous les sens, mais c'était incontournable : elle devait être secondée pour commencer ce saut dans l'inconnu ; une fois dans la place, elle aviserait. Vers 17h elle rendit visite au forgeron :

Vous êtres libre  ?
Je suis votre serviteur.
J'aurais besoin de vous : une serrure à faire céder.
Une serrure ? (Le forgeron commença à faire la moue : effraction dans un domicile royal, ça va chercher loin : sa place d'une part, sans oublier les condamnations toutes plus effroyables les unes que les autres !)
Oui : une vieille serrure toute rouillée, une vieille porte inutilisée depuis des années : si vous avez peur, je vous signe un papier, vous serez dégagé de toute responsabilité.
Bon, dans ce cas... c'est  ?
Dans les sous-sols, suivez-moi.
* * *

« Voilà : c'est cette serrure ». Le forgeron (qui était aussi un peu serrurier à ses heures) convint que cette serrure n'avait pas l'éclat du neuf, que c'était un modèle qui ne se faisait plus depuis des années mais qu'il pourrait l'ouvrir naturellement avec un outil adéquat... Il dit aussi après l'avoir mieux observée, qu'elle avait quand même servir assez récemment : l'intérieur paraissait moins rouillé que l'extérieur. Il prit un rossignol qu'il détenait toujours dans une de ses poches, le tourna un quart de tour à droite, l'enfonça jusqu'à entendre un déclic, un demi-tour à gauche et la porte s'entrouvrit. Elvira remercia le forgeron et réfléchit à toute vitesse :

 ! Maître ! Vous pouvez me dire approximativement à quand remonte la...
Une décade environ. » et il retourna vers son atelier.

« Une décade... voyons... je l'ai vu faire et il a l'air de savoir ce qu'il dit : il n'aurait pas dit une décade pour dix ans, mais bien pour dix jours, ce qui est tout à fait en rapport avec la facilité avec laquelle il avait ouvert cette vieille porte. Quelqu'un d'autre connaît cette porte et s'en sert régulièrement, quelqu'un qui peut-être habite l'aile Ouest et fait un petit tour du reste du château de temps à autre ; demain j'irai lui dire un petit bonjour ».

Château royal
11/6/1674
6:50

À la vue de sa fille, aux premières heures de la matinée, le roi eut de la peine à cacher son étonnement.

Parbleu ! Voilà notre princesse levée à l'heure des valets et en tenue de gentilhomme ! Qu'est-ce donc ?
Je vais explorer les caves » (Elvira trouva plus prudent de ne pas parler tout de suite de l'aile Ouest, et, comme elle passait effectivement par les caves, ce n'était qu'un demi mensonge).
Les caves ? Mais il n'y a rien à y voir.
Sait-on jamais...
Enfin ! Tu déraisonnes !
Ah non, père ! Ça suffit ! Je n'ai pour tout univers que les murs de ce château, j'y suis enfermée vingt-quatre heures sur vingt-quatre et ça fait dix-sept ans que ça dure, tu ne vas pas rogner encore le peu d'espace dont je dispose ! J'ai demandé un encas à la gouvernante, je ne déjeunerai pas avec vous ce midi. Contrairement à beaucoup d'habitants de notre royaume, je n'ai que ce château je puisse me déplacer, eh bien je compte bien connaître tout le château !

« Tout le château ! » Qu'avait-elle voulu dire par  ? Quand, à l'âge de huit ans, elle avait demandé à son père si quelqu'un habitait l'aile Ouest, celui-ci avait répondu : « personne, l'aile Ouest est abandonnée depuis longtemps, trop de frais... » et on passa rapidement à autre chose. Et la veille, il y avait eu la révélation du forgeron-serrurier sur cette fameuse serrure. Son père s'était trompé, ou plutôt, il avait menti car lui savait la vérité : au premier sous-sol de l'aile Ouest, dans quelque pièce éclairée par un soupirail, se trouvait le repaire de Malvyna.


Auteur : Anoev

Zera Sero

Texte en attente de traduction


Traduction : Nom du traducteur

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