L'aile Ouest III

De Elkodico.

L'aile Ouest


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L'aile Ouest (troisième partie)

Château, aile Ouest 9:20

Si dehors, il faisait déjà jour, les longs couloirs arpentés par Elvira, une torche à la main étaient encore dans une quasi obscurité, seuls quelques filets de lumières passaient par les volets des pièces qu'elle visitait, pièces qui n'avaient à priori pas grand intérêt mais la princesse ne voulait négliger aucun détail, regardant derrière les rares tableaux restant accrochés aux murs, fouillant les tiroirs des bureaux et des secrétaires, soulevant la moindre latte de parquet saillante sans avoir la moindre idée de ce qu'elle cherchait, mais le désir de savoir la guidait : si la curiosité est un " défaut" féminin, ce n'était pas Elvira qui allait faire mentir le dicton. Elle ramassait çà et quelques manuscrits qu'elle se promettait de comprendre, à tête reposée, dans sa chambre, ce soir. Elle marchait, cherchait, remarchait, recherchait... et c'est au détour du huitième (ou neuvième ?) couloir qu'elle vit la salle des escaliers : un énorme hall haut de six étages au moins éclairé en grand par un puits de lumière et sillonné par un réseau d'escaliers en pierre allant dans tous les sens, se croisant à divers niveaux : un véritable entrelacs d'escaliers. Quel architecte avait bien été assez fou pour imaginer un tel assemblage. Elvira n'avait sur elle ni craie ni bobine de fil ; elle se dit qu'elle aurait être plus prévoyante ; il faut dire que le plan dont elle disposait n'était qu'en deux dimensionsétage par étageet ne pouvait pas laisser supposer une telle complication. Pas question de gaspiller sa nourriture : elle en aurait besoin, pas question de semer des manuscrits : elle était venue plutôt pour en récolter. Elle se dit alors qu'elle pourrait bien faire appel à sa mémoire, une mémoire non pas sélective mais universelle, aussi bien pour les noms de personnes, de lieux etc... que pour les événements et leur environnement. Elle descendit de deux étages sans palier intermédiaire, puis en remonta un, reprit le balcon intérieur, puis un couloir autour duquel elle examina quelques autres pièces... il n'était pas loin de midi, l'heure de manger un morceau.

Château, appartements royaux 13:00

Pendant qu'Elvira prolongeait sa pause déjeuner, les autres membres de la maisonnée commençaient à s'inquiéter. Pourtant, le roi avait été prévenu ; mais il ne faut pas quatre heures pour visiter des caves sans intérêt, c'est alors qu'il se souvint de la dernière phrase prononcée par sa fille : « Je compte bien connaître tout le château ». C'est alors qu'il comprit que les caves n'étaient qu'un point de passage et qu'en ce moment même l'unique bénéficiaire de tout son amour paternel se trouvait quelque part en plein cœur de l'aile Ouest : elle allait, sans le savoir droit vers sa perte ! Cette partie du château est un vrai labyrinthe, certains s'y sont perdus et ne sont jamais revenus. La première idée du souverain fut de mander des gardes pour partir à sa recherche, mais une telle entreprise alerterait Malvyna : c'était trop risqué. Il pensa aussi y aller seul mais un roi a aussi ses faiblesses : celle d'Edgar II, c'était un sens de l'orientation à peu près nul, raison pour laquelle il partait en campagne toujours bien escorté. Sa troisième idée fut d'appeler Dereina à la rescousse. Seulement, le temps qu'un messager aille chez elle et qu'ils fassent le trajet du retour, il serait vingt heures passées et il fallut espérer qu'Elvira fût revenue sans dommages. Au milieu de son angoisse, un fait le rassura cependant. Le jour de son baptême, les six premières fées avaient été efficaces et n'avaient pas ménagé leurs efforts, il tenta de se remémorer les dons prodigués à sa fille et se dit, d'un ton décidé : « Elle s'en sortira ». À part la reine, qui ne partageait pas le même optimisme et dont on se demandait si elle allait avaler entièrement sa serviette de table, les autres personnes présentescourtisans et domestiquespartagèrent l'avis du roi : oui elle s'en sortirait... à moins qu'elle ne tombe par hasard sur Malvyna.

Château, aile Ouest 18:00

Dehors, la nuit était tombée et Elvira avait quitté la salle des escaliers, sa torche toujours à la main, elle empruntait encore de nouveaux couloirs quand elle crut entendre comme un léger bruit. Elle continua à avancer tout droit, tourna à gauche et vit quelqu'un : une femme entre deux âges qui était entrain de filer la laine.

Hhh-hhm, bonjour madame, je ne... dérange pas, euh... si je puis me permettre.
Entrez donc, pensez... on ne rencontre pas grand monde, par ici.
Eh bien, il faut dire que, depuis que je visite cette partie du château, vous êtes la première personne que je rencontre, je ne pense pas vous avoir vu auparavant.
Votre mémoire vous ferait-elle défaut, mademoiselle Elvira ?
Vos savez mon nom ?
Vous ne me connaissez pas mais moi si, disons que, je vous connais depuis assez longtemps. J'habite cette pièce depuis... une trentaine d'années environ, et je m'y trouve bien, je dérange personne et personne ne me dérange ; que demander de plus ?
... le roi est au courant ?
Quelle question ! bien sûr ! Alors je m'occupe, je file la laine comme file le temps. Et vous, vous faites quoi pour passer le temps dans le château ?
Je lis... entre autres.
Ça ne doit pas être bien amusant pour une jeune fille de ne pas pouvoir sortir.
Comment savez-vous que...
Si vous pouviez vous promener bon vous semble, vous n'auriez pas eu l'idée saugrenue de venir jusqu'ici, je me trompe ?
C'est vrai.

Elvira se dit quand même que cette femme qui ne quittait prétendument jamais l'aile Ouest du château était au courant de beaucoup de choses : elle connaissait son prénom, sa condition quasi carcérale... ce ne pouvait pas être une simple coïncidence...

Puisque vous êtes , mademoiselle, puis-je vous demander un service ?
Bien sûr, lequel ?
Vous allez m'aider : vous allez me tenir ça.
Eh... c'est que je suis horriblement maladroite, j'aurais peur de me...
Allons, c'est pas bien sorcier Allez, attrapez-moi ça... »

Malvyna feignit un faut mouvement et la quenouille vint se planter dans la paume de la main gauche d'Elvira...

AÏE !!!
Ah ! Empotée comme ça, ça dépasse tout ce que j'avais pu prévoir ! Tenez, venez par ici, j'ai un onguent qui va vous soulager...
Ne me touchez pas ! » Elvira avait enfin réalisé à qui elle avait affaire : tout lui revenait maintenant. Qu'est-ce que l'autre en face aurait pu prévoir ? qu'Elvira serait maladroite ? et comment elle l'aurait su ? Et voilà maintenant que l'inconnue lui propose un onguent arrivé providentiellement ? Un anticoagulant oui ! « Je ne sais pas qui vous êtes, mais je vais retourner chez moi et je le saurai ! En tous cas vous êtes une ennemie, une ennemie qu'il va falloir mettre hors d'état de nuire !
C'est ça, retourne dans ta chambre, fillette !

Elvira reprit sa torche et se sauva à toute jambe, malheureusement ladite torche n'éclairait plus grand chose et l'aile Ouest allait bientôt de nouveau devenir le royaume des ténèbres... le royaume de Malvyna : « Oui fillette, ici, c'est chez moi ; toi, tu peux directement aller à la crypte, ça s'ra plus direct ! » se dit-elle. Sa torche ne lui servant plus à rien, Elvira la jeta et courut dans les couloirs obscurs, se fiant à sa mémoire et à son sens de l'orientation. Sa main gauche lui faisait horriblement mal. Dès que la princesse touchait un mur ou une rampe d'escalier, elle avait des élancements qui lui remontaient dans tout le bras. Puis peu à peu, la douleur se calma, laissant place à une envie de dormir de plus en plus forte ; mais il fallait lutter, il fallait atteindre les appartements royaux. Elvira n'avait aucune idée de l'heure qu'il pouvait être mais elle se doutait bien qu'on commençait à l'attendre. Elle atteignit la fameuse porte, puis les caves, puis trouva un univers plus familier. Elle vit dans une sorte de brouillard ses parents, deux domestiques et une personne qu'elle ne connaissait pas, puis plus rien. Elle s'écroula sur le parquet de la salle à manger. Pas de chance : ce soir , le chef cuisinier s'était surpassé. Elvira et Dereina, sans se connaître avaient des goûts culinaires communs... la fée mangerait la part de la princesse.

Château, appartements royaux 20:50

En fait, la fée Dereina était venue pour toute autre chose (elle arrivait de la commune frontalière de Matagyn afin de négocier auprès du roi, un permis de construire pour agrandir l'école de magie) et n'avait pas vraiment le cœur à manger, les autres convives non plus, du reste. On n'entendait que le bruit des couverts : on aurait dit un dîner de funérailles. Après le repas, le monarque et la fée s'isolèrent dans un petit bureau afin d'établir une discipline à suivre pour les temps à venir.

En vérité, Dereina, tout ceci est un peu ma faute.
Comment ça ?
Ça remonte à loin : À l'époque j'étais encore un jeune prince arrogant et imbu, un prince enfermé dans ses certitudes comme Elvira dans son château, plus encore parce que moi je n'avais aucune envie d'en sortir. Ma famille avait eu un différend avec celle de Malvyna ; ne me demandez pas lequel, je ne m'en souviens plus. Eh bien dès que j'eus un tant soit peu de pouvoir, au lieu d'essayer de traiter l'affaire à l'amiable comme certains me l'avaient conseillé, je m'appuyai de tout mon poids sur la loi, en conséquence, le père de Malvyna fut incarcéré. Depuis, sa fille me voue une haine incommensurable, et comme elle avait été une excellente élève à l'école des fées (vous devez en savoir quelque chose) elle avait exigé, sous peine de quelque sort, d'occuper la plus grande aile du château : l'aile Ouest. Un jour, Elviraâgée de huit ans environme demanda si quelqu'un y habitait, j'ai préféré éluder la question. Mais si je comprends la rancœur de Malvyna à mon égard, je n'admets pas qu'elle s'en prenne à mes sujets et à ma fille, qui n'y sont pour rien.
Je savais plus ou moins les grandes lignes de ce que vous venez de me dire, et je suis contente que vous m'en ayez parlé sans que je vous le demande. Ne vous en faites pas pour Malvyna, Elle avait beau être une excellente élève, par ailleurs, même dans notre école elle avait une réputation d'intrigante. Je vous ai promis que je vous aiderais en cas de coup dur et je tiens toujours mes promesses. Ne vous inquiétez pas pour votre fille, elle n'est pas morte : elle dort ou plutôt elle vit en extrême ralenti. Telle qu'elle est, elle en a pour cent ans environ.
Autrement dit...
Autrement dit, oui ; comme vous dites. Mais sait-on jamais ? Dans un premier temps, on va mettre Elvira dans la chambre froide, ensuite, on mure discrètement la dernière porte donnant accès à l'aile Ouest et enfin vous me faites confiance et tout le monde va se coucher.
Château,
12/6/1674
1:30

Dereina avait son petit plan à elle : elle avait appelé mentalement une par une toutes ses consœurs à la rescousse (pas en même temps parce qu'alors Malvyna aurait pu intercepter le message). Pour ce qu'elle allait faire, il fallait du monde : en effet, elle avait entrepris de faire dormir tout le royaume pour une durée de cent ans, ainsi, d'une part Elvira retrouverait des têtes familières à son réveil et d'autre part, le pouvoir ne serait pas vacant pendant cette période. Par ailleurs La princesse fut convoyée de la chambre froide vers sa chambre à elle puis les fées firent à ce que tout le royaume fût maintenu pendant toute cette période dans une température hivernale. Ensuite il fallait protéger tout ce petit monde plongé dans les bras de Morphée (contre les troupes de Kantalarryn, par exemple) : créer des barrières infranchissables comme par exemple transformer un simple petit bois en forêt vierge. La troisième partie du travail serait à faire un siècle plus tard : trouver quelqu'un de confiance et le convaincre afin qu'il réveille un royaume dont la population est endormie depuis une centaine d'années, mais on n'en était pas encore .


Auteur : Anoev

Zera Sero

Texte en attente de traduction


Traduction : Nom du traducteur

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