La fauvette-qui-saute-et-qui-chante (deuxième partie)

De Elkodico.

La fauvette-qui-saute-et-qui-chante


1ère partie - 2ème partie
 

La fauvette-qui-saute-et-qui-chante

Elle leva les yeux, mais la colombe avait disparu. Que faire ? « Les hommes, pensa-t-elle, ne peuvent ne m'être d'aucun secours en pareille occurrence. » Alors, elle monta jusqu'au soleil et lui dit :

- Toi qui déverses tes rayons sur les pics les plus hauts comme dans les plus creux vallons, n'as-tu pas vu une colombe blanche qui volait ?

- Non, répondit le soleil, je n'ai rien vu de ce genre ; mais je vais te donner un petit coffret, que tu ouvriras quand tu seras en grand péril.

Elle remercia le soleil et s'en alla, marchant jusqu'au moment du soir apparut la lune, qu'elle s'en fut questionner.

- Toi qui brilles toute la nuit durant sur les champs et sur les forêts, n'as-tu pas aperçu une colombe blanche qui volait ?

- Non, répondit la lune, je n'en ai vu aucune ; mais je vais te donner un neuf, que tu casseras si jamais tu te trouves en grand péril. Elle remercia la lune et s'en alla plus loin, elle rencontra le vent de la nuit qui s'était mis à souffler, et elle l'interrogea

- Toi qui souffles sur tous les bois et par-dessous toutes les feuilles, n'as-tu pas aperçu une colombe blanche qui volait ?

- Moi je n'en ai pas vu, répondit le vent nocturne, mais je vais demander aux trois autres vents si, peut-être, ils l'ont aperçue.

Le vent d'est et le vent d'ouest arrivèrent, mais ils n'avaient rien vu ; par contre, le vent du sud avait quelque chose à dire.

- La colombe blanche, oui, je l'ai vue qui volait : elle est allée jusqu'à la mer Rouge elle est redevenue un lion, maintenant que les sept ans sont passés ; et ce lion se bat avec un dragon, qui est lui-même une princesse enchantée.

- Je vais te donner un bon conseil, lui dit alors le vent de la nuit. Tu vas aller jusqu'à la mer Rouge tu verras, sur le rivage de droite, de grands roseaux ; ces roseaux, tu les compteras, et le onzième tu le couperas pour en frapper le dragon, ce qui permettra au lion de le vaincre. Alors ils repren­dront tous les deux leur vraie forme humaine. A ce moment, tu chercheras des yeux autour de toi et tu verras l'oiseau­-griffon : c'est -bas qu'il se tient, au bord de la mer Rouge ; tu monteras sur son dos avec ton bien-aimé, car l'oiseau vous ramènera tous les deux par-dessus la mer Rouge jusque chez vous. Et voici une noix que tu devras jeter quand vous serez au milieu de la mer, car elle va croître aussitôt et donner un immense noyer qui sortira de l'eau ; c'est que le griffon viendra se reposer ; parce que s'il ne pouvait pas se reposer, il n'aurait pas la force de vous porter sur toute la distance ; et si tu oubliais de lancer la noix, il vous laisserait tomber à la mer.

Elle se rendit -bas et y trouva toutes choses comme le lui avait dit le vent de la nuit. Elle compta les roseaux de la mer et coupa le onzième, dont elle frappa le dragon ; et le lion triom­pha. Les deux animaux reprirent instantanément leur forme humaine. Mais dès que la princesse, qui avait été un dragon, se trouva délivrée de l'enchantement, elle serra le jeune prince dans ses bras et sauta avec lui sur le dos de l'oiseau-griffon, qui prit son vol et les emporta tous les deux. Celle qui avait tant voyagé, et si loin, la malheureuse ! se trouva toute seule et abandonnée à nouveau ; alors elle se laissa tomber par terre et pleura. Mais après ce premier moment de désespoir et de lassitude, elle reprit tout son courage et dit : « Tant que le coq chantera, et aussi loin que soufflera le vent, j'irai et je le trouverai. »

Ainsi elle marcha et fit un long chemin, un chemin immensément long, jusqu'au jour qui l'amena enfin au château ils vivaient tous les deux : celle qui avait été dragon et celui qui avait été lion. Et la première chose qu'elle entendit, c'est qu'il allait y avoir une grande fête au château, parce que le prince et la princesse célébraient leurs noces.

- Que Dieu m'assiste encore et vienne à mon secours ! S'exclama-t-elle en apprenant la chose.

Elle ouvrit alors le coffret que le soleil lui avait donné et trouva dedans une robe aussi belle et aussi brillante que le soleil même. Elle prit la robe et s'en revêtit pour monter ensuite au château, émerveillant tout le monde sur son passage, et la fiancée elle-même, à qui cette robe plut tellement qu'elle songea aussitôt à la porter comme robe nuptiale.

- Ne consentiriez-vous pas à la vendre ? demanda-t-elle.

- Ni pour or, ni pour argent, fut la réponse, mais chair et sang en sont le prix.

La fiancée voulut savoir ce que signifiaient ces paroles et ce qu'elle entendait par .

- Que je puisse une nuit dormir dans la chambre dort le fiancé, répondit la jeune femme.

La fiancée ne voulait pas de cela, mais elle voulait pourtant tellement la robe qu'elle finit par consentir, non toutefois sans obliger le serviteur personnel du prince à lui administrer un puissant somnifère. La nuit venue, quand le prince fut endormi, elle fut introduite dans sa chambre ; une fois seule avec lui ; elle vint s'asseoir près de son lit et lui parla.

- Pendant sept ans, je t'ai suivi partout ; je suis allée chez le soleil et chez la lune et chez les quatre vents me renseigner sur toi ; et contre le dragon je t'ai aidé à vaincre, lui dit-elle. Peux-tu vouloir m'oublier complètement ?

Mais le sommeil du prince était si profond qu'il lui sembla seulement entendre le bruissement du vent dehors, dans les sapins. A l'aube, on vint la chercher et il fallut qu'elle donnât la robe de soleil. Quelle tristesse et quel désespoir pour elle, de voir que même cela n'avait encore servi à rien ! Tristement, elle quitta le château et s'en fut dans un pré, elle se laissa tomber à terre et pleura. Au milieu de ses larmes, elle songea soudain à l'œuf que lui avait donné la lune : elle le cassa pour l'ouvrir, et il en sortit une poule avec douze poussins qui étaient d'or, d'or vivant, et qui couraient et sautillaient et picoraient et pépiaient, tournant autour de la mère poule ou se glissant par‑dessus pour se cacher sous ses ailes : quelque chose de plus joli à voir cela, n'existe pas ! Séchant ses larmes, elle se leva et les poussa doucement devant elle, sur le pré, afin de les amener jusque sous les fenêtres de la fiancée, qui en fut si charmée qu'elle descendit aussitôt et lui demanda s'ils ne seraient pas à vendre.

- Ni pour or, ni pour argent, mais chair et sang en sont le prix. Laissez-moi passer encore une nuit dans la chambre dort le fiancé, dit-elle.

- Oui, je veux bien, répondit aussitôt la fiancée, qui comptait bien utiliser le même subterfuge que la veille.

Mais cette fois le prince, en allant se coucher, demanda à son serviteur quels étaient ces murmures et ces bruissements qu'il avait entendus dans la nuit ; et le serviteur lui raconta comment il avait lui administrer un somnifère parce qu'une pauvre demoiselle avait secrètement dormi dans sa chambre, et il ajouta que ce soir encore, il devait lui faire absorber le narcotique.

- Tu n'auras qu'à le verser à côté du lit, lui dit le prince.

La nuit venue, on la réintroduisit dans la chambre ; mais il reconnut sa voix dès qu'elle commença à vouloir lui conter combien les choses étaient tristes pour elle, et il sauta sur pieds en s'exclamant, à l'adresse de son épouse adorée.


- C'est maintenant seulement que je suis délivré ! Je vivais comme dans un étrange rêve, car cette princesse inconnue m'avait ensorcelé afin que je t'oublie ; mais Dieu m'a quand même arraché au bon moment à cet égarement de l'esprit et des sens !

Tous les deux, en cachette, dans la nuit, se glissèrent, hors du château et s'éloignèrent ensemble, car ils avaient à redouter le père de la princesse qui était un sorcier. Ils se mirent sur le dos de l'oiseau-griffon qui les enleva au-dessus de la mer Rouge, et lorsqu'ils furent au beau milieu de la mer, elle laissa tomber la noix. Un énorme noyer poussa aussitôt, sur lequel le griffon se reposa, après quoi il les porta d'un coup d'aile jusque chez eux, ils retrouvèrent leur enfant, un grand et beau garçon maintenant ; et depuis lors, ils ont vécu heureux ensemble jusqu'à la fin de leurs jours.


Auteur : Jacob et Wilhelm Grimm

Lagzelo-bopa-gėla

Texte en elko


Traducteur : Ziecken

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