La fauvette-qui-saute-et-qui-chante (première partie)

De Elkodico.

La fauvette-qui-saute-et-qui-chante


1ère partie - 2ème partie
 

La fauvette-qui-saute-et-qui-chante

Il était une fois un homme qui allait partir pour un grand voyage. À l'heure des adieux, il demanda à ses trois filles ce qu'elles aimeraient avoir à son retour. L'aînée désirait des perles, la seconde des diamants, mais la troisième lui dit :

- Je voudrais, mon cher père, pour moi une fauvette qui saute et qui chante.

- Oui, mon enfant, si je peux m'en procurer une, tu l'auras ! dit le père, qui les embrassa toutes les trois et s'éloigna.

Le temps passa et quand vint le moment, pour lui, de prendre le chemin du retour, il avait fait l'acquisition de perles et de diamants pour ses deux filles aînées, mais nulle part il n'avait pu trouver la fauvette qui saute et qui chante que désirait la cadette ; il en était bien peiné, parce que c'était aussi sa fille préférée. Son chemin traversait une grande forêt au cœur de laquelle se dressait un superbe château, et tout contre le beau château, il y avait un arbre ; et tout en haut, à la pointe de l'arbre, il y avait une fauvette qui sautait et chantait. Il la vit et s'exclama, tout heureux : « Voilà qui tombe bien ! » Et vite, il dit à son serviteur de monter à l'arbre pour attraper le petit oiseau ; mais quand l'homme approcha de l'arbre, un lion surgit de dessous, hérissant le poil et hurlant si férocement que les feuilles en tremblaient partout alentour. »

- Celui qui veut me prendre ma fauvette qui saute et qui chante, je le dévore ! Menaça le fauve d'une voix terrible.

- Je ne savais pas que l'oiseau fût à toi, répondit le voyageur ; mais je suis prêt à réparer mon tort et à me racheter à prix d'or, pourvu que tu me laisses la vie sauve.

- Rien ne peut te sauver, répondit le fauve, à moins que tu j ne me promettes la première créature que tu rencontreras en arrivant chez toi. Si tu le fais, par contre, je t'accorde non seulement la vie, mais aussi l'oiseau pour ta fille.

Le voyageur ne voulait pas accepter.

- Ce sera peut-être ma cadette, réfléchit-il. C'est celle qui m'aime le plus et elle vient toujours en courant à ma rencontre.

- Pourquoi serait-ce justement votre fille ? observa le serviteur dans son épouvante. Cela pourra tout aussi bien être un chat ou un chien !

Le père finit par se laisser convaincre, prit la fauvette qui saute et qui chante et promit au lion, en échange, la première créature qu'il rencontrerait en arrivant.

Mais quand il arriva chez lui et fut dans sa maison, la première personne qu'il rencontra n'était autre que sa fille cadette, la bien-aimée : elle accourut vers lui, lui sauta au cou et l'embrassa, tout heureuse et n'arrivant plus à contenir sa joie quand elle vit qu'il lui avait rapporté une fauvette qui saute et qui chante. Devant cette explosion de joie, le malheureux père sut pas retenir ses larmes.

- Ma chère, chère enfant, lui dit-il, ce petit oiseau, hélas ! je ne l'ai eu qu'à un prix énorme : il a fallu qu'en échange je te promette à un lion féroce qui va te déchiqueter et te dévorer dès qu'il te verra.

En sanglotant, il lui raconta comment les choses s'étaient passées ; puis il la supplia de ne pas se livrer, quoi qu'il pût advenir. Mais elle le consola et lui dit :

- La promesse que vous avez faite, mon cher père, il faut la tenir : je me livrerai et je saurai attendrir le fauve suffisamment pour vous revenir en vie et en santé, croyez-moi.

Dès le lendemain matin, elle se fit montrer le chemin, dit adieu et s'enfonça sans crainte au cœur de la forêt. Elle avait pleine confiance.

Quant au lion, la vérité était qu'il avait été enchanté, ainsi que tous les siens, et qu'il était un prince, ne devenant lion que pendant le jour pour retrouver sa forme humaine pendant la nuit. Et tous ses gens, de même, étaient des lions le jour, mais des hommes la nuit. Parvenue au château, la cadette y reçut bon accueil ; et quand la nuit fut venue, elle connut le prince qui était fort bel homme, et leurs noces furent célébrées en grande joie et magnificence. Ils s'aimaient et se plaisaient beaucoup l'un avec l'autre, dormant le jour et veillant la nuit.

Le temps passa, puis vint une fois que le prince lui dit : « Demain on donne une grande fête dans la maison de ton père pour le mariage de ta sueur aînée ; s'il te plaît de t'y rendre, mes lions te feront escorte. » Elle accepta, tout heureuse de revoir son père, et elle y alla avec les lions qui l'accompagnèrent.

Ce fut la plus grande joie à son arrivée, car ils avaient tous cru que le fauve la déchirerait, et ils la croyaient morte et dévorée depuis longtemps. A son tour, elle leur raconta quel bel homme était le prince et combien elle était heureuse de l'avoir comme époux, les assurant que tout allait au mieux pour elle ; tout le temps qu'on fêta les noces de sa sueur, elle resta avec eux ; ensuite, elle repartit pour aller vivre au cœur de la forêt.

Lorsqu'elle sut que sa deuxième sueur allait se marier et qu'elle était invitée à ses noces, elle dit à son lion : « Cette fois-ci, je n'irai pas seule : il faut que tu viennes avec moi. Mais le lion s'en défendit, déclarant que c'était trop risqué pour lui, car si jamais le moindre rayon de lumière venait à le toucher -bas, il serait changé en colombe pour sept ans et s'en irait voler avec les autres oiseaux de cette race. »

- Oh ! Insista-t-elle, viens quand même avec moi : je saurai bien veiller à ce qu'aucune lumière ne te touche !

Ils partirent donc ensemble et prirent encore avec eux leur petit enfant. -bas, elle fit murer une pièce en redoublant l'épaisseur et la solidité des cloisons pour être bien sûre que nul rayon n'y pût passer ; ainsi, quand on allumerait les flambeaux de la noce, il n'aurait qu'à s'y enfermer et il ne courrait aucun risque. Seulement, la porte avait été faite de bois trop frais et il s'y fit, à l'insu de tous, une imperceptible fente que nul ne vit ; et lorsque le brillant cortège revint de l'église avec tous ses flambeaux et ses lanternes, il défila devant la porte et un fil de lumière pas plus gros qu'un cheveu toucha le prince, qui fut à l'instant même transformé. Quand elle revint dans la pièce murée, elle le chercha mais ne le trouva point : il n'y avait qu'une colombe blanche se tenait à la place du prince. Et la colombe lui parla :

- Il faut que pendant sept ans je vole d'un bout à l'autre du monde ; mais pour t'indiquer le chemin, je vais laisser tomber tous les sept pas une goutte rouge de sang et une blanche plume. Si tu suis cette trace, tu peux me délivrer.

Alors l'oiseau s'envola par la porte et elle le suivit, et tous les sept pas il tombait une goutte rouge de sang avec une blanche plume qui lui montraient le chemin. Elle alla ainsi toujours plus loin et plus loin encore dans le vaste monde, sans voir ni regarder jamais rien autour d'elle, sans jamais prendre de repos ; et les sept ans eurent tôt fait de passer, pas tout à fait, mais presque, et déjà elle se réjouissait en pensant que la délivrance était proche, alors qu'elle en était bien loin encore !

Oui, bien loin, car une fois, il n'y eut plus de petite plume qui tomba devant elle, ni la moindre petite goutte rouge de sang.


Auteur : Jacob et Wilhelm Grimm

Lagzelo-bopa-gėla

Texte en elko


Traducteur : Ziecken

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