La lumière bleue (première partie)

De Elkodico.

La lumière bleue
1ère partie - 2ème partie
 

La lumière bleue

Il y avait une fois un brave soldat, nommé François, qui pendant plusieurs années avait combattu dans bien des batailles et avait toujours fait son devoir. Mais lorsque la paix fut conclue et qu'il fut congédié avec la plus grande partie de l'armée, on ne lui accorda pas la moindre pension ; il alla trouver le roi et il réclama contre cette injustice. Mais Sa Majesté, qui avait besoin de beaucoup d'argent pour bâtir un magnifique palais, l'envoya promener.

« Tu me le payeras peut-être un jour », se dit le soldat, et il s'en fut s'acheter un pain avec les derniers liards qui lui restaient. Puis il sortit de la ville et parcourut la campagne pour trouver un peu de travail comme homme de peine ; car il n'avait appris d'autre métier que celui de soldat. La journée se passa sans que personne eût voulu l'occuper.

Vers le soir, il s'engagea dans un bois, et, la nuit étant venue, il n'en était pas encore sorti. Tout à coup il aperçut de loin une lumière ; il marcha dans cette direction et finit par atteindre une maisonnette. Il y trouva une vieille femme, qui n'était autre qu'une méchante sorcière.

- Bonsoir, ma bonne femme, dit François ; je me suis égaré dans la forêt et je viens vous prier de me donner un gîte pour la nuit et une croûte pour souper.

- Une autre, répondit la sorcière, refuserait de loger un homme qui, comme toi a quelque air d'un vagabond. Mais moi j'ai bon cœur et je vais te donner de quoi calmer ta faim. Demain tu me rendras, j'espère, un petit service.

- Volontiers, dit François, si c'est dans mon pouvoir.

- Oh ! il ne s'agit que de bêcher mon jardin.

-dessus François, ayant soupé, s'en fut au grenier se coucher sur une botte de paille. Le lendemain il se mit à l'ouvrage et bêcha le jardin ; il eut de la peine à avoir fini le soir.

- Nous voilà quittes, lui dit la vieille ; mais si tu veux demain fendre en bûches ma provision de bois pour l'hiver, je te donnerai de nouveau à souper et je t'hébergerai la nuit.

François accepta et, le jour suivant, il joua de la hache jusqu'au soir ; il en était tout harassé.

- Tu as bien travaillé, dit la vieille ; aussi demain je ne te demanderai qu'un léger service qui ne te fatiguera guère. Ce sera de descendre dans le vieux puits de la cour ; il ne contient plus d'eau, mais j'y ai laissé tomber une chandelle ; j'y tiens parce qu'elle donne une belle flamme bleue et qu'elle ne s'éteint jamais.

Le lendemain François se rendit auprès du puits avec la vieille qui le laissa descendre dans un panier attaché à la corde de la poulie. Lorsqu'il fut au fond, il aperçut en effet une flamme bleue qui provenait de la chandelle magique ; une espèce d'étui était à côté, dans lequel on pouvait l'enfermer ; quand on le rouvrait, la flamme brillait de nouveau, et jamais la chandelle ne s'usait. François la prit ainsi que l'étui et agita la corde. La sorcière remonta le panier et, lorsqu'il fut arrivé à l'orifice du puits, elle tendit aussitôt la main et dit : « Allons, vite, passe-moi ma chandelle !»

Mais François, devenu méfiant, répondit :

- Auparavant je veux de nouveau avoir mes pieds sur la terre ferme.

- Donne tout de suite, dit la vieille, pleine de colère.

François refusa de nouveau ; alors, saisie de fureur, la sorcière lâcha la corde, et le pauvre François retomba au fond du puits. Lorsqu'il se fut relevé, il se souvint qu'il avait dans sa poche une pipe à moitié bourrée de tabac.

« Ce sera ma dernière consolation, se dit-il, que de me régaler encore de quelques bonnes bouffées. »

Puis, ayant allumé sa pipe à la flamme bleue, il se mit à fumer. Au bout de quelques secondes apparut devant lui un petit homme noir, qui, se prosternant avec respect, lui dit : Maître, que commandes-tu ?

Comment ?, ce que je commande ? répondit François. Pourquoi aurais-tu à m'obéir ? je n'ai jamais eu de ma vie à donner des ordres.

- Tout ce que je sais, dit le petit homme, c'est que je suis chargé d'exécuter tes volontés.

- Soit, dit François ; eh bien, tire-moi de ce vilain lieu.


Auteur : Jacob et Wilhelm Grimm

rannia dolo

Texte en elko


Traducteur : Ziecken

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