La princesse Rosette (deuxième partie)

De Elkodico.

La princesse Rosette

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La princesse Rosette

Quand ils arrivèrent à la grande ville, ils virent qu'elle était pleine d'hommes et de femmes, mais qui avaient des habits faits de plumes de paon, et qu'ils en mettaient partout comme une fort belle chose. Ils rencontrèrent le roi qui allait se promener dans un beau petit carrosse d'or et de diamants, que douze paons menaient à toute bride. Ce roi des paons était si beau, si beau, que le roi et le prince en furent charmés : il avait de longs cheveux blonds et frisés, le visage blanc, une couronne de queue de paon. Quand il les vit, il jugea que puisqu'ils avaient des habits d'une autre façon que les gens du pays, il fallait qu'ils fussent étrangers ; et pour le savoir, il arrêta son carrosse, et les fit appeler.

Le roi et le prince vinrent à lui. Ayant fait la révérence, ils lui dirent :

" Sire, nous venons de bien loin pour vous montrer un beau portrait. "

Ils tirèrent de leur valise le grand portrait de Rosette. Lorsque le roi des paons l'eut bien regardé :

" Je ne peux croire, dit-il, qu'il y ait au monde une si belle fille !

- Elle est encore cent fois plus belle, dit le roi.

- Ah ! vous vous moquez, répliqua le roi des paons.

- Sire, dit le prince, voilà mon frère qui est roi comme vous. Notre sœur, dont voici le portrait, est la princesse Rosette : nous venons vous demander si vous voulez l'épouser ; elle est belle et bien sage, et nous lui donnerons un boisseau d'écus d'or.

- Oui, dit le roi, je l'épouserai de bon cœur. Elle ne manquera de rien avec moi, je l'aimerai beaucoup : mais je vous assure que je veux qu'elle soit aussi belle que son portrait, sinon, je vous ferai mourir.

- Eh bien, nous y consentons, dirent les deux frères de Rosette.

- Vous y consentez ? ajouta le roi. Allez donc en prison, et restez-y jusqu'à ce que la princesse soit arrivée. "

Les princes le firent sans difficulté, car ils étaient bien certains que Rosette était plus belle que son portrait.

Lorsqu'ils furent dans la prison, le roi allait les voir souvent et il avait dans son château le portrait de Rosette, dont il était si fou qu'il ne dormait ni jour, ni nuit. Comme le roi et son frère étaient en prison, ils écrivirent par la poste à la princesse de faire rapidement sa malle et de venir le plus vite possible parce que, enfin, le roi des paons l'attendait. Ils ne lui dirent pas qu'ils étaient prisonniers, de peur de l'inquiéter trop.

Quand elle reçut cette lettre, elle fut tellement transportée qu'elle pensa en mourir. Elle dit à tout le monde que le roi des paons était trouvé, et qu'il voulait l'épouser. On alluma des feux de joie, on tira le canon ; l'on mangea des dragées et du sucre partout.

Elle laissa ses belles poupées à ses amies, et le royaume de son frère entre les mains des plus sages vieillards de la ville. Elle leur recommanda bien de prendre soin de tout, de ne guère dépenser, d'amasser de l'argent pour le retour du roi ; elle les pria de conserver son paon, et ne voulut emmener avec elle que sa nourrice et sa sœur de lait, avec le petit chien vert Frétillon.

Elles se mirent dans un bateau sur la mer. Elles portaient le boisseau d'écus d'or et des habits pour dix ans, à en changer deux fois par jour. Elles ne faisaient que rire et chanter. La nourrice demandait au batelier :

" Approchons - nous, approchons - nous du royaume des paons ?" Il lui disait : "Non, non !" Une autre fois elle lui demandait " Approchons-nous, approchons-nous ? "

Il lui disait :

" Bientôt, bientôt. "

Une autre fois elle lui dit :

" Approchons-nous, approchons-nous ? "

Il répliqua :

" Oui, oui. "

Et quand il eut dit cela, elle se mit au bout du bateau, assise auprès de lui, et lui dit :

" Si tu veux, tu seras riche à jamais. "

Il répondit :

"Je le veux bien !"

Elle continua :

" Si tu veux, tu gagneras de bonnes pistoles. "

Il répondit :

"Je ne demande pas mieux.

- Eh bien, dit-elle, il faut que cette nuit, pendant que la princesse dormira, tu m'aides à la jeter dans la mer. Après qu'elle sera noyée, j'habillerai ma fille de ses beaux habits, et nous la mènerons au roi des paons qui sera bien aise de l'épouser ; et, pour ta récompense, nous te donnerons plein de diamants. "

Le batelier fut bien étonné de ce que lui proposait la nourrice ; il lui dit que c'était dommage de noyer une si belle princesse, qu'elle lui faisait pitié : mais elle prit une bouteille de vin, et le fit tant boire qu'il ne savait plus rien lui refuser.


Auteur : Marie-Catherine d'Aulnoy

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