La princesse Rosette (première partie)

De Elkodico.

La princesse Rosette

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La princesse Rosette

Il était une fois un roi et une reine qui avaient deux beaux garçons : ils croissaient comme le jour, tant ils se faisaient bien nourrir. La reine n'avait jamais d'enfant qu'elle n'envoyât convier les fées à leur naissance ; elle les priait toujours de lui dire ce qui leur devait arriver.

Elle donna naissance à une belle petite fille, qui était si jolie, qu'on ne la pouvait voir sans l'aimer. La reine ayant bien régalé toutes les fées qui étaient venues la voir, quand elles furent prêtes à s'en aller, elle leur dit : "N'oubliez pas votre bonne coutume et dites-moi ce qui arrivera à Rosette. "(C'est ainsi que l'on appelait la petite princesse.)

Les fées lui dirent qu'elles avaient oublié leur grimoire à la maison, qu'elles reviendraient une autre fois la voir.

"Ah ! dit la reine, cela ne m'annonce rien de bon ; vous ne voulez pas m'affliger par une mauvaise prédiction. Mais, je vous en prie, que je sache tout ; ne me cachez rien. "

Elles s'en excusaient bien fort, et la reine avait encore bien plus envie de savoir ce que c'était. Enfin, la plus jeune des fées lui dit :

" Nous craignons, madame, que Rosette ne cause un grand malheur à ses frères ; qu'ils ne meurent dans quelque affaire pour elle. Voilà tout ce que nous pouvons deviner sur cette belle petite fille : nous sommes bien fâchées de n'avoir pas de meilleures nouvelles à vous apprendre. "

Elles s'en allèrent ; et la reine resta si triste, si triste, que le roi s'en aperçut à sa mine. Il lui demanda ce qu'elle avait : elle répondit qu'elle s'était approchée trop près du feu, et qu'elle avait brûlé tout le lin qui était sur sa quenouille.

"N'est-ce que cela ?" dit le roi.

Il monta dans son grenier et lui apporta plus de lin qu'elle n'en pouvait filer en cent ans.

La reine continua d'être triste : il lui demanda ce qu'elle avait. Elle lui dit qu'étant au bord de la rivière, elle avait laissé tomber sa pantoufle de satin vert dans le cours d'eau.

"N'est-ce que cela ?" dit le roi.

Il envoya quérir tous les cordonniers de son royaume, et apporta dix mille pantoufles de satin vert à la reine.

Celle-ci continua d'être triste : il lui demanda ce qu'elle avait. Elle lui dit qu'en mangeant de trop bon appétit, elle avait avalé sa bague de noce, qui était à son doigt. Le roi découvrit qu'elle mentait car il avait caché cette bague, et lui dit :

"Ma chère femme, vous mentez ! voilà votre bague que j'ai cachée dans ma bourse. "

Dame ! elle fut bien attrapée d'être prise à mentir (car c'est la chose la plus laide du monde), et elle vit que le roi boudait. C'est pourquoi elle lui dit ce que les fées avaient prédit de la petite Rosette, et que s'il savait quelque bon remède, il le dît.

Le roi s'attrista beaucoup. Il avoua enfin à la reine :

" Je ne sais point d'autre moyen de sauver nos deux fils, qu'en faisant mourir Rosette. "

Mais la reine s'écria qu'elle n'y survivrait pas.

On apprit cependant à la reine qu'il y avait dans un grand bois un vieil ermite, qui couchait dans le tronc d'un arbre, que l'on allait consulter de partout. " Il faut que j'y aille aussi, dit la reine, les fées m'ont annoncé le mal, mais elles ont oublié le remède. "

Elle monta de bon matin sur une belle petite mule blanche, toute ferrée d'or, avec deux de ses demoiselles, qui avaient chacune un joli cheval. Quand elles furent auprès du bois, la reine et ses demoiselles descendirent de cheval et se rendirent à l'arbre l'ermite demeurait. Il n'aimait guère voir des femmes ; mais quand il reconnut la reine il lui dit :

" Soyez la bienvenue ! Que me voulez-vous ? "

Elle lui conta ce que les fées avaient dit de Rosette, et lui demanda conseil. Il lui répondit qu'il fallait cacher la princesse dans une tour, sans qu'elle en sortît jamais. La reine le remercia, lui fit une bonne aumône, et revint tout raconter au roi.

Quand le roi sut ces nouvelles, il fit rapidement bâtir une grosse tour. Il y mit sa fille et, pour qu'elle ne s'ennuyât point, le roi, la reine et les deux frères allaient la voir tous les jours.

L'aîné s'appelait le grand prince, et le cadet, le petit prince. Ils aimaient leur sœur passionnément car elle était la plus belle et la plus gracieuse que l'on eût jamais vue, et le moindre de ses regards valait mieux que cent pistoles.

Quand elle eut quinze ans, le grand prince dit au roi :

" Ma sœur est assez grande pour être mariée : n'irons-nous pas bientôt à la noce ? "

Le petit prince en dit autant à la reine, mais Leurs Majestés leur firent des réponses évasives.

Mais le roi et la reine tombèrent malades. Ils moururent tous deux le même jour.

La cour s'habilla de noir, et l'on sonna les cloches partout. Rosette était inconsolable de la mort de sa maman.

Quand le roi et la reine eurent été enterrés, les marquis et les ducs du royaume firent monter le grand prince sur un trône d'or et de diamants, avec une belle couronne sur sa tête, et des habits de velours violet, chamarrés de soleils et de lunes. Et puis toute la cour cria trois fois " Vive le roi ! " L'on ne songea plus qu'à se réjouir.

Le roi et son frère décidèrent : " A présent que nous sommes les maîtres, il faut retirer notre sœur de la tour elle s'ennuie depuis longtemps. " Ils n'eurent qu'à traverser le jardin pour aller à la tour, qu'on avait bâtie la plus haute que l'on avait pu car le roi et la reine défunts voulaient qu'elle y demeurât toujours.

Rosette brodait une belle robe sur un métier qui était devant elle ; mais quand elle vit ses frères, elle se leva et prit la main du roi, lui disant :

" Bonjour, sire ! Vous êtes à présent le roi, et moi votre petite servante. Je vous prie de me retirer de la tour je m'ennuie fort. "

Et, -dessus, elle se mit à pleurer. Le roi l'embrassa, et lui dit de ne point pleurer ; qu'il venait pour l'ôter de la tour, et la mener dans un beau château. Le prince avait ses poches pleines de dragées, qu'il donna à Rosette.

" Allons, lui dit-il, sortons de cette vilaine tour ! Le roi te mariera bientôt ! Ne t'afflige point !"

Quand Rosette vit le beau jardin tout rempli de fleurs, de fruits, de fontaines, elle demeura si étonnée qu'elle ne pouvait pas dire un mot, car elle n'avait encore jamais rien vu d'aussi beau. Elle regardait de tous côtés ; elle marchait, elle s'arrêtait ; elle cueillait des fruits sur les arbres, et des fleurs dans le parterre : son petit chien, appelé Frétillon, qui était vert comme un perroquet, qui n'avait qu'une oreille, et qui dansait à ravir, allait devant elle, faisant jap, jap, jap, avec mille sauts et mille cabrioles.

Frétillon réjouissait fort la compagnie. Il se mit tout d'un coup à courir dans un petit bois. La princesse le suivit et fut émerveillée de voir, dans ce bois, un grand paon qui faisait la roue et qui lui parut si beau, si beau, qu'elle n'en pouvait détourner ses yeux.

Le roi et le prince arrivèrent auprès d'elle, et lui demandèrent à quoi elle s'amusait. Elle leur montra le paon, et leur demanda ce que c'était que cela. Ils lui dirent que c'était un oiseau dont on mangeait quelquefois.

" Quoi ! dit-elle, on ose tuer un si bel oiseau, et le manger ? Je vous déclare que je ne me marierai jamais qu'au roi des paons, et quand j'en serai la reine, j'empêcherai bien que l'on en mange. "

L'on ne peut dire l'étonnement du roi.

"Mais, ma sœur, lui dit-il, voulez-vous que nous trouvions le roi des paons ?

- il vous plaira, sire ! Mais je ne me marierai qu'à lui ! "

Après avoir pris cette résolution, les deux frères la conduisirent à leur château, il fallut apporter le paon, et le mettre dans sa chambre. Les dames qui n'avaient pas encore vu Rosette, accoururent pour la saluer : les unes lui apportèrent des confitures, les autres du sucre ; les autres des robes d'or, de beaux rubans, des poupées, des souliers en broderie, des perles, des diamants.

Pendant qu'elle causait avec des amis, le roi et le prince songeaient à trouver le roi des paons, s'il y en avait un au monde. Ils s'avisèrent qu'il fallait faire un portrait de la princesse Rosette ; et ils le firent faire si beau, qu'il ne lui manquait que la parole et lui dirent :

" Puisque vous ne voulez épouser que le roi des paons, nous allons partir ensemble, et nous irons le chercher par toute la terre. Prenez soin de notre royaume en attendant que nous revenions. "

Rosette les remercia de la peine qu'ils prenaient ; elle leur dit qu'elle gouvernerait bien le royaume, et qu'en leur absence tous son plaisir serait de regarder le beau paon et de faire danser Frétillon. Ils ne purent s'empêcher de pleurer en se disant adieu. Voilà les deux princes partis, qui demandaient à tout le monde :

" Ne connaissez-vous point le roi des paons ?

- Non, non !"

Ils passaient et allaient encore plus loin. Comme cela, ils allèrent si loin, si loin, que personne n'a jamais été si loin.

Ils arrivèrent au royaume des hannetons : il ne s'en est point encore tant vu ; ceux-ci faisaient un si grand bourdonnement que le roi avait peur de devenir sourd. Il demanda à celui qui lui parut le plus raisonnable s'il ne savait point en quel endroit il pourrait trouver le roi des paons.

"Sire, lui dit le hanneton, son royaume est à trente mille lieues d'ici. Vous avez pris le plus long chemin pour y aller.

- Et comment savez-vous cela ? dit le roi.

- C'est, répondit le hanneton, que nous vous connaissons bien, et que nous allons tous les ans passer deux ou trois mois dans vos jardins. "

Voilà le roi et son frère qui prirent le hanneton bras dessus, bras dessous : en guise d'amitié, ils dînèrent ensemble. Ils virent avec admiration toutes les curiosités de ce pays-, la plus petite feuille d'arbre vaut une pistole. Après cela, ils partirent pour achever leur voyage, et comme ils savaient le chemin, ils ne mirent pas longtemps. Ils voyaient tous les arbres chargés de paons, et tout en était si rempli qu'on les entendait crier et parler de deux lieues.

Le roi disait à son frère :

"Si le roi des paons est un paon lui-même, comment notre sœur prétend-elle l'épouser ? Il faudrait être fou pour y consentir. Voyez la belle alliance qu'elle nous donnerait, des petits paonneaux pour neveux."

Le prince n'était pas moins en peine :

" C'est , dit-il, une malheureuse fantaisie qui lui est venue dans l'esprit. Je ne sais elle a été deviner qu'il y a dans le monde un roi des paons. "


Auteur : Marie-Catherine d'Aulnoy

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