Le Livre de l'apaisement

De Elkodico.

Le Mahâbhârata

I Le Livre des commencements • II Le Livre de l'assemblée • III Le Livre de la forêt • IV Le Livre de Virata • V Le Livre des préparatifs • VI Le Livre de Bhîsma • VII Le Livre de Drona • VIII Le Livre de Karna • IX Le Livre de Shalya • X Le Livre de l'attaque nocturne • XI Le Livre des femmes • XII Le Livre de l'apaisement • XIII Le Livre de l'enseignement • XIV Le Livre du sacrifice royal • XV Le Livre du séjour en forêt • XVI Le Livre des pilons • XVII Le Livre du grand départ • XVIII Le Livre de la montée au ciel

 
Le Livre de l'apaisement

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Livre XII : Le Livre de l'apaisement

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12.1. Après l’achèvement des rites funéraires, ils restent tous sur les bords de la Gangâ. Vyâsa et Nârada viennent leur rendre visite. Après les salutations d’usage, Nârada félicite Yudhishthira de sa victoire. Mais Yudhishthira ne s’en réjouit pas : il se sent responsable de la mort d’Abhimanyu et des fils de Draupadî. De plus, il ne savait pas que Karna était le fils de Kuntî, et il a été cause de sa mort. Il rappelle que Karna avait promis à sa mère de combattre Arjuna, mais d’épargner les autres Pândava. Ce n’est qu’après la mort de Karna que Yudhishthira a appris qu’il était son demi-frère. Et pourtant, il avait remarqué durant la partie de dés, alors qu’il était raillé par Karna, que les pieds de celui-ci ressemblaient à ceux de sa mère Kuntî. Que n’a-t-il cherché à en savoir plus ! Comment se fait-il que le char de Karna se soit embourbé, pourquoi a-t-il été maudit ?

12.2. Karna était jaloux de ses frères, répond Nârada. Karna avait demandé l’arme de Brahmâ à Drona, et celui-ci avait répliqué que seul un brâhmane pouvait l’obtenir. Karna alors va trouver Râma en se faisant passer pour un brâhmane de la famille de Bhrigu. Il séjourne chez Râma, apprend de lui la science des armes. Un jour, par inadvertance, il tue la vache d’un brâhmane, et, malgré ses excuses, celui-ci le maudit : la roue de son char sera avalée par la terre alors qu’il combattra Arjuna, et il aura la tête coupée par celui-ci.

12.3. Râma transmet l’arme de Brahmâ à Karna, et les formules qui l’agissent. Un jour, Râma, fatigué, s’endort, la tête sur les genoux de Karna. Un ver perce la cuisse de Karna, et celui-ci, malgré la douleur, ne réagit pas, de peur de réveiller son maître. Mais Râma est réveillé par le sang de Karna qui coule sur lui. Il demande des explications à Karna. Son regard tombe sur le ver qui meurt aussitôt : c’était autrefois un asura du nom de Prâggritsa qui avait enlevé l’épouse de Bhrigu et avait été maudit par lui : il deviendrait ver, mais serait sauvé par Râma. Râma comprend que Karna n’est pas un brâhmane pour montrer un tel courage. Karna avoue et Râma le maudit : il ne pourra pas se servir de l’arme de Brahmâ alors qu’il sera engagé dans un combat mortel.

12.4. Duryodhana s’était rendu à Râjapura, dans le royaume de Kalinga. La fille du roi Citrângada y choisissait son époux. Description de l’assemblée. Duryodhana, furieux de n’être pas choisi, enlève la princesse et se sauve. Les rois le poursuivent, mais Karna les défait tous.

12.5. Jarâsamdha défie Karna en combat singulier. Karna est sur le point de séparer ses deux parties. Jarâsamdha demande grâce et donne à Karna la souveraineté sur le royaume de Campa. La réputation de guerrier de Karna est bien établie. Il a fallu qu’Indra le prive de sa cuirasse magique, que le brâhmane et Râma le maudissent, que Kuntî le restreigne, que Shalya le rabroue, pour qu’Arjuna puisse le vaincre. Il est mort en kshatriya, il ne faut pas le plaindre, dit en conclusion Nârada.

12.6. Kuntî, voyant Yudhishthira abattu, le console : elle a fait tout ce qu’elle pouvait pour calmer l’inimitié de Karna envers ses frères. Yudhishthira lui reproche de lui avoir caché que Karna était son frère. Il maudit toutes les femmes de la terre : elles ne pourront plus garder un secret.

12.7. Yudhishthira se désespère : il aurait mieux valu qu’il mène une vie de mendiant, plutôt que d’en arriver à cette extermination de leurs parents. La victoire et la royauté ne sont pas une consolation. Les pères se livrent à l’ascétisme pour assurer le sort de leurs fils, les mères s’inquiétent, maintenant tous ces espoirs sont anéantis : qui pourra lui pardonner ? Il est vrai que la faute du massacre revient aux fils de Dhritarâshtra et à la faiblesse de ce dernier envers son fils. Mais c’est lui, Yudhishthira, qui a commis ce massacre, et il doit expier : il va se retirer dans la forêt et y mener une vie d’expiation.

12.8. Arjuna l’en dissuade : la victoire n’a pas été acquise par des moyens injustes. Si Yudhishthira se retire et que le royaume est mal gouverné, il en sera coupable. La pauvreté est déchéance. Éloge du pouvoir. Même les dieux acquièrent leur puissance par des combats mortels. La puissance d’un roi ne s’acquière pas sans combats, et le devoir d’un roi est d’être puissant. Qu’il offre plutôt un grand sacrifice qui lui fasse honneur.

12.9. Yudhishthira demande à Arjuna de le comprendre : il décrit la vie qu’il désire mener dans la forêt, une vie de renoncement. Seule, elle lui permettra de quitter le cycle des réincarnations. La sagesse qu’il a acquise lui permettra d’atteindre la délivrance.

12.10. Bhîma se rebiffe : s’il avait su que Yudhishthira voulait en arriver , il n’aurait jamais combattu, et la bataille n’aurait jamais eu lieu. C’est le devoir d’un kshatriya de tuer ses ennemis, ceux-ci n’ont qu’à pas se trouver sur son chemin. Maintenant, qu’il gouverne, sous peine de se couvrir de ridicule. Le renoncement ne convient pas à un kshatriya en pleine possession de ses moyens. Il signifie infidélité à son devoir. Chacun doit rester à sa place.

12.11. Arjuna rapporte une Conversation entre Indra et de jeunes brâhmanes. De jeunes brâhmanes abandonnent leur famille pour mener une vie de renoncement dans la forêt. Indra, sous la forme d’un oiseau d’or, leur fait l’éloge de ceux qui se nourrissent des restes du sacrifice. Ils prennent cela pour eux, mais Indra les détrompe : la vie domestique est la meilleure voie. Se nourrir des restes du sacrifice, c’est s’occuper d’abord de nourrir les siens et ses hôtes, de faire des dons, et de ne jouir que de ce qui reste. Voilà la meilleure voie. Les jeunes brâhmanes rentrent chez eux.

12.12. Nakula fait l’éloge de l’action. Distribuer un bien légitimement acquis aux brâhmanes est aussi renoncement. Mener une vie d’action, sans s’attacher aux fruits de l’action, est aussi renoncement. L’action est nécessaire aux dieux, aux ancêtres, aux hôtes. Si Yudhishthira ne distribue pas, lors de sacrifices, la richesse qu’il a acquise, il commet un péché. Renoncer, pour un roi, c’est offrir des sacrifices richement dotés. Renoncer, ce n’est pas partir dans la forêt, mais se libérer des attachements. Qu’il respecte le devoir de sa caste.

12.13. Sahadeva insiste : le mérite est d’accomplir son devoir en se libérant des attachements. L’âme est immortelle, on ne la tue pas en tuant les corps. Il faut suivre le chemin tracé par les ancêtres et considérer toutes les créatures comme une manifestation de soi-même.

12.14. Draupadî demande à Yudhishthira de céder à ses frères : il avait bien promis, lors de leur exil, que tout finirait par la victoire et le bonheur. Pourquoi, maintenant, les désespérer ? Elle rappelle les devoirs du kshatriya. Yudhishthira a démontré, par ses victoires, qu’il en était digne, lui et ses frères. Kuntî avait promis à Draupadî que Yudhishthira la rendrait heureuse : elle ne peut avoir menti ! Mais il est fou, et ses frères seront amenés à le suivre dans sa folie : il vaudrait mieux l’enfermer ! Qu’il se ressaisisse et gouverne.

12.15. Arjuna reprend la parole : c’est le bâton du châtiment qui maintient le royaume, et c’est le devoir du roi de le brandir. De toutes façons, dans ce monde, on ne peut vivre en épargnant les créatures : il faut tuer pour vivre. Même les ascètes tuent des créatures : il y en a dans l’eau, dans les fruits, par terre. Il ne sert donc à rien de se réfugier dans la forêt. Il vaut mieux suivre le devoir de sa caste. Le devoir du roi est de brandir le bâton du châtiment, afin que l’ordre règne dans le monde. Les effets positifs du châtiment. S’abstenir de ce devoir peut entraîner un mal pire encore. Yudhishthira a suivi son devoir de kshatriya, même en tuant ses ennemis, il n’a pas encouru de péché. Il n’y aucune raison d’éprouver des remords.

12.16. Bhîma demande à Yudhishthira pourquoi son entendement est ainsi obscurci : les raisons qu’il a d’assumer la royauté sont pourtant évidentes. La santé physique résulte de l’équilibre des trois humeurs, la santé mentale de celui des trois qualités. Yudhishthira se souvient du carnage, mais pourquoi ne se souvient-il pas des mauvais traitements qu’ils ont subi ? Que Yudhishthira se reprenne. Le combat qu’il doit maintenant gagner est un combat contre lui-même : accepter de suivre la voie indiquée par ses ancêtres, gouverner le royaume : c’est ainsi qu’il se réalisera.

12.17. Yudhishthira reproche à Bhîma ses attachements terrestres et l’engage au renoncement. On ne peut pas régner et pratiquer le renoncement. Or c’est par le renoncement que l’on atteint la délivrance. Toutes les créatures, dans leur diversité, ne sont qu’une seule et même chose, une émanation de la même essence suprême. Quand on comprend cela, on atteint la délivrance.

12.18. Arjuna raconte l’Entretien du roi de Videha avec son épouse. Janaka, le roi de Videha, avait abandonné son royaume pour mener une vie de renoncement. Il se nourrit de glanage. Son épouse vient le trouver : à quoi sert d’avoir abandonné le royaume et d’éprouver du désir pour une poignée de grains d’orge ? Pourra-t-il, avec cela, honorer les ancêtres, les brâhmanes et les hôtes ? Il a déçu sa mère, son épouse, les nobles de son royaume, qui comptaient sur lui : pense-t-il atteindre la délivrance ainsi ? Si une poignée d’orge et le royaume représentent pour lui la même chose, pourquoi avoir abandonné le royaume ? S’il conserve du désir pour une poignée d’orge, est son renoncement ? Il faut des gens qui donnent de la nourriture pour satisfaire ceux qui la mendient. Si le roi ne donne pas, qui le fera ? Et puis il ne suffit pas de se retirer dans le forêt et de vivre d’aumônes pour être sauvé : il faut pratiquer un vrai renoncement ! Et cela, on peut le faire également dans la vie domestique.

12.19. Yudhishthira reconnaît que les veda peuvent être interprétés de différentes manières. Mais Arjuna est un kshatriya, mal placé pour lui donner des leçons sur l’interprétation des veda. C’est une erreur de croire que rien n’est supérieur au pouvoir. De nombreux rishi, de nombreux hommes pieux ont atteint le ciel par une vie de renoncement. Ceux qui se livrent à l’action ne s’affranchissent pas du cycle des réincarnations. Mais il y a une autre issue, la délivrance, que l’on atteint par le Yoga. Il ne faut donc pas continuer à faire l’éloge du pouvoir.

12.20. Devasthâna intervient : Yudhishthira a conquis la terre, il ne doit pas l’abandonner. Il y a quatre étapes dans la vie, il faut passer par chacune d’elles, l’une après l’autre. Maintenant, il lui appartient d’offrir de grands sacrifices. L’homme a été créé pour offrir le sacrifice et le pouvoir doit s’y employer. Indra doit sa puissance aux sacrifices qu’il a offerts. Marutta l’a emporté sur Indra par les richesses qu’il a répandues dans ses sacrifices. Il faut donc se consacrer entièrement à offrir des sacrifices.

12.21. Il rapporte l’Enseignement de Brihaspati à Indra. Se contenter de ce que l’on a est la plus haute bénédiction. Si l’on ne craint ni n’est craint, si l’on restreint ses désirs et ses répugnances, on obtient la délivrance. On peut pratiquer diverses voies, la contemplation ou l’effort, le sacrifice ou le renoncement, la charité ou la mendicité, le pouvoir ou l’ascèse, ce qui importe c’est de ne faire de mal à aucune créature, de pratiquer les vertus de modestie, de vérité, de justice, de discipline. Le roi qui se comporte ainsi est sûr d’obtenir le salut.

12.22. Arjuna revient à la charge : pourquoi Yudhishthira se désespère-t-il ? Les kshatriya morts au combat ont un sort plus enviable que ceux qui offrent des sacrifices. Yudhishthira sait bien qu’un kshatriya possède un coeur ferme : il a vaincu ses ennemis, qu’il conquière son âme ! Indra a combattu huit cent dix fois, a offert de nombreux sacrifices et est devenu le chef des dieux : tout le monde l’admire. Que Yudhishthira en fasse autant et cesse de se désespérer.

12.23. Vyâsa prend la parole : Arjuna a raison. Yudhishthira doit régner, la vie de renoncement n’est pas pour lui. Qu’il porte le fardeau du royaume c’est son devoir. Et qu’il brandisse le bâton du châtiment.

12.24. Vyâsa rapporte l’Histoire de Shanka et Likhita. Ces deux frères habitent chacun un ermitage fort agréable. Un jour Likhita rend visite à Shanka. Celui-ci étant sorti, Likhita se met à cueillir des fruits et à manger. Son frère revient et lui reproche de lui avoir volé ces fruits : qu’il aille s’accuser de vol auprès du roi. Likhita va trouver le roi Sudyumna, s’accuse du vol des fruits et lui fait promettre de le châtier. Les deux mains coupées, Likhita retourne auprès de son frère pour demander son pardon. Shanka lui explique qu’il ne se sentait pas offensé mais que la vertu de son frère en avait pris un coup : qu’il aille maintenant offrir des libations aux dieux dans la rivière. Likhita s’exécute, et deux mains "semblables à deux lotus" lui poussent. C’est le résultat de mon ascèse, lui dit Shanka. Pourquoi, alors, ne m’as-tu pas purifié plutôt de ma faute ? Je ne le pouvais pas, c’est le rôle du roi, et le roi lui-même en a été purifié. Effectivement le roi, par cet acte, obtint la délivrance. Brandir le bâton du châtiment est le rôle des rois, et non de se raser la tête.

12.25. Vyâsa engage Yudhishthira à donner satisfaction à ses frères et à gouverner. Seulement après, il pourra se retirer dans la forêt. Qu’il offre des sacrifices accompagnés de riches présents. Un roi qui se conduit impartialement envers tous ses sujets, ne commet jamais de péchés. S’il se conduit prudemment et consulte les anciens, son action n’entraînera pas de péché. Vyâsa raconte l’Histoire d’Hayagrîva. Ce roi avait défait un grand nombre d’ennemis. Il fut tué en combattant des brigands et il a atteint le ciel. Sa vie est comparable à un sacrifice : son arc est le poteau du sacrifice, la corde de son arc celle qui sert à lier les victimes, ses flèches la petite cuillère et son épée la grande, son char l’autel et sa rage à combattre le feu, ses ennemis et lui même les libations. Parce qu’il a été un roi juste, qu’il a brandi le bâton du châtiment et vaincu ses ennemis, parce qu’il a protégé son peuple, il a gagné le ciel.

12.26. Yudhishthira se plaint : il n’a aucune envie de régner, et les lamentations des femmes percent son coeur. Vyâsa continue : c’est le temps qui dispense toutes choses. Il cite les Paroles de Senajit. La course du temps affecte tous les mortels, toutes les choses terrestres vont à la destruction. "Certains tuent, d’autres sont tués", cela ne n’a pas de sens, tout a été fait par le destin. A quoi sert de se lamenter ? Même mon corps ne m’appartient pas ! Le bonheur et la détresse se suivent. Le bonheur se termine en détresse, le bonheur naît de la détresse. Le sage ne tient compte ni de l’un ni de l’autre. Il extirpe tout ce qui cause du chagrin et supporte pareillement bonheur et malheur. Ainsi, l’homme sage ne s’abandonne ni à la joie ni au chagrin. Gouverner son royaume avec justice et offrir des sacrifices avec libéralité, voilà le devoir du roi.

12.27. Yudhishthira s’accuse : il a convoité le royaume et, pour cela, a exterminé sa propre race. Il revoit la chute de Bhîshma et la peine qu’il a éprouvé alors. Il revoit le mensonge qu’il a fait à Drona à propos de son fils, la mort de Karna, celle d’Abhimanyu, des fils de Draupadî. Tout cela de sa faute, parce qu’il convoitait le royaume. Il est un grand pécheur et doit expier par de sévères austérités. Vyâsa l’arrête : tout est l’oeuvre du destin. Yudhishthira a été créé pour un travail particulier, il doit l’accomplir.

12.28. Vyâsa rapporte Les Paroles d’Ashma. Janaka, roi de Videha, demande à Ashma comment se comporter quand on acquièrt des parents ou quand on les perd. Celui-ci répond : l’homme naît avec joie et chagrin. Si la joie domine, il pense : je suis de haute naissance, je peux faire ce que je veux, je ne suis pas un homme ordinaire. C’est sa perte : il dissipe en plaisirs les richesses de ses ancêtres, puis, pour les récupérer, pressure ses sujets. Le chagrin naît des attachements terrestres. Il n’y a pas moyen d’échapper à l’un ou à l’autre : il faut donc les supporter d’un coeur égal. Tout est conséquence du destin : des hommes purs succombent à la maladie, des méchants sont prospères, des puissants meurent jeunes et des misérables ont une longue vieillesse. Le temps dispose de toutes choses. On n’appartient à personne, personne ne vous appartient : les unions avec parents, femmes, enfants, amis sont transitoires, comme des rencontres de voyageurs dans une auberge. La vie tourne comme une roue. Personne n’échappe à la décrépitude et à la mort. est ton père aujourd’hui, et ton grand-père ? Ainsi, à quoi sert de se lamenter ? Il faut laisser le chagrin, et suivre la voie montrée par les veda. Janaka est consolé par ces paroles.

12.29. Arjuna demande à Krishna de réconforter Yudhishthira. Krishna prend la main de Yudhishthira et lui dit : ne te désespère pas, les morts ne reviendront pas. Ils sont morts en combattant, leur sort est enviable. Ecoute Les consolations de Nârada à Srinjaya qui avait perdu son fils. Nârada explique que toutes les créatures sont appelées à mourir : pourquoi s’en désoler ? Et il lui raconte l’histoire des anciens rois. Marutta a offert un sacrifice Indra lui-même est venu, un sacrifice célébré par Samvarta, le jeune frère de Brihaspati, un sacrifice les dons faits surpassaient en splendeur tout ce que l’on peut imaginer : si Marutta est mort, lui qui valait bien plus que ton fils, alors ne te lamente pas sur la mort de celui-ci ! Durant le règne de Suhotra, Shiva a plu sur terre une pluie d’or, une année entière. Tout cet or recueilli, Suhotra le donna aux brâhmanes lors d’un sacrifice : si Suhotra est mort, lui qui valait bien plus que ton fils, alors ne te lamente pas sur la mort de celui-ci ! Brihadratha a offert cent mille chevaux, cent mille servantes, cent mille éléphants, cent millions de taureaux en différents sacrifice : si Brihadratha est mort, lui qui valait bien plus que ton fils, alors ne te lamente pas sur la mort de celui-ci ! Shibi donna toutes ses richesses : si Shibi est mort, lui qui valait bien plus que ton fils, alors ne te lamente pas sur la mort de celui-ci ! Bharata offrit cent sacrifices du cheval : si Bharata est mort, alors ne te lamente pas sur ton fils ! Râma fit régner l’âge d’or sur son royaume, offrit dix sacrifices du cheval et régna dix mille cent ans : si Râma est mort, lui qui valait bien plus que ton fils, alors ne te lamente pas sur la mort de celui-ci ! Baghîratha, dans un de ses sacrifices offrit un million de servantes avec leurs bijoux d’or, chacune dans un char tiré par quatre chevaux, chaque char suivi par cent éléphant, chaque éléphant par mille chevaux, chaque cheval par mille vaches, chaque vache par mille moutons et chèvres. Baghîratha a fait descendre Gangâ du ciel : si Baghîratha est mort, lui qui valait bien plus que ton fils, alors ne te lamente pas sur la mort de celui-ci ! Dilîpa a donné la terre entière aux brâhmanes, il a fait faire un poteau sacrificiel en or, ses éléphants étaient revêtus d’or : si Dilîpa est mort, lui qui valait bien plus que ton fils, alors ne te lamente pas sur la mort de celui-ci ! Mândhatri est de beurre clarifié dans l’estomac de son père, d’ il fallut l’extraire, et téta le doigt d’Indra. Il soumit toute la terre, offrit de nombreux sacrifices et donna aux brâhmanes des poissons de dix lieues de long et d’une de large. Si Mândhâtri est mort, lui qui valait bien plus que ton fils, alors ne te lamente pas sur la mort de celui-ci ! Yayâti couvrit la terre d’un dense réseau d’autels sacrificiels, offrit de nombreux sacrifices et donna aux brâhmanes trois montagnes d’or. Après avoir installé son fils Pûru, il se retira dans la forêt : si Yayâti est mort, lui qui valait bien plus que ton fils, alors ne te lamente pas sur la mort de celui-ci ! Ambarîsha fit protéger les brâhmanes par un million de rois qui avaient offert eux-mêmes mille sacrifices : si Ambarisha est mort, lui qui valait bien plus que ton fils, alors ne te lamente pas sur la mort de celui-ci ! Shashabindu avait cent mille épouses et un million de fils. Chacun de ses fils épousa cent princesses qui apportèrent chacune en dot cent éléphants, avec chaque éléphant cent chars, avec chaque char cent chevaux, avec chaque cheval cent vaches, avec chaque vache cent moutons et chèvres, et il donna tout cela aux brâhmanes au cours d’un sacrifice du cheval : si Shashabindu est mort, lui qui valait bien plus que ton fils, alors ne te lamente pas sur la mort de celui-ci ! Gaya qui avait reçu d’Agni des richesses inépuisables, offrit douze sacrifices du cheval par an durant mille ans, et à chacun d’eux il donna aux brâhmanes cent mille vaches et cent mille mules. Il fit faire une estrade en or de cent coudées de long et de vingt-cinq de large, et la donna aux brâhmanes. Gaya donna aux brâhmanes autant de bétail qu’il y a de grains de sable dans la Gangâ : si Gaya est mort, lui qui valait bien plus que ton fils, alors ne te lamente pas sur la mort de celui-ci ! Ranti avait obtenu d’Indra de pouvoir satisfaire ses hôtes et les animaux venaient à lui d’eux-mêmes pour être sacrifiés : leur sang forma une rivière. Toute sa vaisselle était en or. Certaines nuits, pour satisfaire les hôtes, il fallut abattre vingt mille cent bœufs : si Ranti est mort, lui qui valait bien plus que ton fils, alors ne te lamente pas sur la mort de celui-ci ! Sagara eut soixante mille fils. Il célébra mille sacrifices du cheval et donna aux brâhmanes des palais aux colonnes en or, richement meublés. Il fit creuser la terre et l’océan s’installa dans l’excavation ainsi faite : si Sagara est mort, lui qui valait bien plus que ton fils, alors ne te lamente pas sur la mort de celui-ci ! Prithu fut un modèle de roi, sous son règne son peuple connut l’âge d’or. Au cours d’un sacrifice du cheval, il donna aux brâhmanes vingt et une montagnes d’or de mille deux cent coudées chacune : si Prithu est mort, lui qui valait bien plus que ton fils, alors ne te lamente pas sur la mort de celui-ci ! Srinjaya se déclare consolé par ce discours et Nârada lui rend son fils Suvarnashtîvin.

12.30. Krishna raconte l’Histoire de Sukumârî. Nârada et son neveu Parvata avaient demandé l’hospitalité à Srinjaya. Celui-ci charge sa fille Sukumârî de veiller sur eux. Nârada en tombe amoureux, et Parvata le maudit : le jour de son mariage avec Sukumârî, il deviendra un singe. Nârada le maudit en retour : il ne pourra plus aller au ciel. Le jour de son mariage, Sukumârî voit Nârada devenu singe, mais cela ne change rien aux sentiments de la jeune fille. Plus tard Parvata rencontre Nârada, et ils annulent mutuellement leurs malédictions. Quand Nârada se présente à elle sous sa forme normale, Sukumârî fuit, et il faudra que Parvata lui explique que c’est bien Nârada pour qu’elle accepte de rester avec lui.

12.31. A la demande de Krishna, Nârada continue l’histoire : Parvata et moi-même avons séjourné à nouveau chez Srinjaya, et, satisfaits de son hospitalité, lui avons offert un voeu. Srinjaya demande un fils semblable à Indra. Cela est accordé, il aura un fils du nom de Suvarnashtîvin, mais par égard envers Indra, ce fils ne pourra vivre longtemps. Srinjaya demande que soit levée cette dernière condition, et je lui promis de ressusciter cet enfant. Indra, jaloux des prouesses de Suvarnashtîvin le fait tuer par son foudre déguisé en tigre. Srinjaya se désespère et me fait venir. Je ressuscite alors l’enfant, comme promis, non sans avoir rappelé les exploits des anciens rois, que Krishna vient de te rapporter.

12.32. Vyâsa reprend la parole : L’austérité est le devoir du brâhmane, celui du roi, de protéger ses sujets. Il doit châtier quiconque transgresse son autorité. Les Kaurava ont transgressé l’autorité, ils devaient être châtiés. Pourquoi se lamenter ? Mais Yudhishthira persiste : il a été la cause de la mort de tant de héros ! A qui la faute ? demande Vyâsa : à l’Être Suprême ou à l’homme ? Si quelqu’un coupe une branche avec une hache, la faute est-elle à la hache ? La faute s’attache à l’agent, pas à l’outil. La faute est à attribuer à l’Être Suprême. Si l’homme était responsable de tous ses actes, alors l’Être Suprême n’existerait pas, et quoique l’on fasse, il n’y aurait aucune crainte à avoir. La destinée régit tout. Tout ce que l’on peut faire c’est éviter les mauvaises actions en ce conformant à son devoir. Le devoir du roi est de brandir le bâton du châtiment.

12.33. Yudhishthira revient à la charge : cet immense massacre a eu lieu parce qu’il convoitait le royaume. Et les femmes n’y résisteront pas, elles mourront de désespoir ! Le péché est grand, il faut l’expier.

12.34. Vyâsa réplique que c’est le temps qui a été la cause du massacre. C’est lui qui ordonne le meurtre des créatures par l’instrumentalité des créatures. Ceux qui ont péri, ont péri à cause de leurs actes. L’homme n’est qu’un outil. Les dieux et les asura se sont combattus durant trente-deux mille ans, jusqu’à ce que les dieux contrôlent le ciel. Des brâhmanes, au nombre de quatre-vingt huit mille, se sont même alliés aux asura pour dominer la terre, mais ils ont été exterminés. Ainsi Yudhishthira n’a-t-il fait qu’imiter les dieux. Il n’a fait que son devoir et n’a encouru aucun péché. Qu’il offre un sacrifice du cheval comme expiation et rende ses sujets heureux : il retrouvera ainsi le bonheur.

12.35. Yudhishthira demande quand alors il faut expier, et comment. Vyâsa répond que l’homme doit expier, qui commet des actes interdits, ou omet des actes qui sont de son devoir. Liste des fautes qui doivent être expiées, et des exceptions.

12.36. Les différents moyens d’expier ces fautes. Mais Yudhishthira n’a fait que son devoir, il n’a pas commis de faute.

12.37. Yudhishthira demande quelle nourriture est pure, quoi et à qui l’on doit donner. Vyâsa raconte La conversation des deux ascètes avec Manu. Deux ascètes interrogent Manu. Celui ci énumère les actes et les nourritures qui purifient. Un même acte peut être bon ou mauvais, il doit être jugé d’après ses résultats. Les nourritures impures. Les personnes de qui on ne doit pas accepter de la nourriture. A qui l’on ne doit pas faire de cadeaux. Donner à un brâhmane ignorant des Veda peut se faire par compassion, mais n’apporte aucun mérite.

12.38. Yudhishthira demande quels sont les devoirs des rois et des autres castes. Vyâsa lui conseille d’interroger Bhîshma : il est le mieux placé pour répondre. Yudhishthira hésite : quelle sera la réaction de Bhîshma en le voyant ? Krishna lui demande de suivre le conseil de Vyâsa. Yudhishthira se rassérène et, entouré de tous, se met en marche vers la ville. Description du cortège. La ville se pare pour le recevoir.


Le Mahâbhârata









  • Livre VIII : 73


  • Livre X : 7879



  • Livre XIII : 8990

  • Livre XIV : 9192


  • Livre XVI : 96

  • Livre XVII : 97

  • Livre XVIII : 98

 

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