Le Livre de l'apaisement (paragraphe 86)

De Elkodico.

Le Mahâbhârata

I Le Livre des commencements • II Le Livre de l'assemblée • III Le Livre de la forêt • IV Le Livre de Virata • V Le Livre des préparatifs • VI Le Livre de Bhîsma • VII Le Livre de Drona • VIII Le Livre de Karna • IX Le Livre de Shalya • X Le Livre de l'attaque nocturne • XI Le Livre des femmes • XII Le Livre de l'apaisement • XIII Le Livre de l'enseignement • XIV Le Livre du sacrifice royal • XV Le Livre du séjour en forêt • XVI Le Livre des pilons • XVII Le Livre du grand départ • XVIII Le Livre de la montée au ciel

 
Le Livre de l'apaisement

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Les devoirs du roi

12.50. Krishna et Yudhishthira arrivent en présence de Bhîshma, gisant sur son lit de flèches, entouré de nombreux sages, aux bords de la rivière Oghavatî. Ils s’approchent de lui. Krishna fait l’éloge de Bhîshma et lui demande d’éclairer Yudhishthira.

12.51. Bhîshma salue Krishna et l’adore. Krishna se manifeste à lui sous sa forme divine et lui annonce qu’il a atteint la délivrance : il n’aura plus à renaître. Dans cinquante-six jours, quand le soleil reprendra sa course vers le nord, il mourra. Il doit enseigner Yudhishthira avant de mourir.

12.52. Bhîshma souffre trop, il est trop faible, son esprit est obscurci, il se taira. Que Krishna enseigne lui-même Yudhishthira. Qui du reste oserait parler en sa présence ? Krishna soulage les souffrances de Bhîshma de façon qu’il ait à nouveau les idées claires, et lui donne sa vision divine. Après avoir salué Bhîshma, tous reviennent à la ville pour la nuit.

12.53. Réveil de Krishna. Il se livre à la méditation, les chantres entonnent les hymnes, il procède à ses ablutions, offre des libations dans le feu, fait des dons aux brâhmanes, puis envoie Yuyudhâna dire à Yudhishthira qu’il l’attend. Yudhishthira annonce à Arjuna qu’il désire se rendre sans escorte auprès de Bhîshma : les enseignements de Bhîshma ne sont pas pour le commun. Ainsi Krishna et Yuyudhâna, Yudhishthira et ses frères, se rendent-ils seuls auprès de Bhîshma, saluent les sages qui l’entourent et s’approchent de lui.

12.54. Nârada les encourage à questionner Bhîshma. Ils hésitent, Yudhishthira demande à Krishna de parler le premier. Krishna demande à Bhîshma comment il se sent et celui-ci répond qu’il ne souffre plus, que son esprit est clair, qu’il voit le passé, le présent et le futur, qu’il se souvient de tous les enseignements, et qu’il est prêt à parler. Mais pourquoi Krishna n’enseigne-t-il pas lui-même ? C’est pour augmenter la gloire de Bhîshma. Krishna a muni Bhîshma de l’intelligence divine, tout ce qu’il dira aura force de loi. C’est maintenant son devoir de parler et d’enseigner Yudhishthira, qui est digne de son enseignement.

12.55. Que Yudhishthira pose ses questions, Bhîshma est prêt à répondre. Krishna explique que Yudhishthira n’ose pas l’approcher : il se sent coupable de sa mort. C’est le devoir des kshatriya de combattre, de tuer ceux qui les défient en un combat injuste, répond Bhîshma. Yudhishthira se prosterne aux pieds de Bhîshma. Bhîshma demande à Yudhishthira de prendre un siège et de poser ses questions.

12.56. Yudhishthira demande à être enseigné sur les devoirs du roi : des devoirs du roi, le monde dépend. En premier, répond Bhîshma, le roi doit servir les dieux. Il doit toujours être prêt à l’action, être dévoué à la vérité, avoir une conduite droite, être ferme, protéger les brâhmanes, se comporter envers ses sujets comme une mère envers son enfant, appliquer un juste châtiment, ne pas se montrer trop familier avec ses serviteurs.

12.57. Le roi doit se consacrer à l’action. Il doit éliminer ceux qui s’opposent au royaume, même s’il s’agit d’un ami ou de son maître. Exemples tirés de l’histoire. Le roi doit maîtriser sa colère, tenir secrets ses avis, ne pas accorder trop de confiance, même à ses amis, peser soigneusement sa politique, administrer la justice et augmenter son trésor, nourrir les pauvres, savoir sourire, observer, pour l’imiter, le comportement des justes, choisir ses ministres et les traiter avec amitié, avoir la confiance de son peuple et lui accorder sa protection en toutes circonstances.

12.58. La protection des sujets est le devoir principal du roi. Elle se réalise par les moyens suivants : des espions et des serviteurs convenablement payés et bien traités, des impôts supportables, des hommes honnêtes aux charges du royaume, le bien de ses sujets, une politique étrangère bien menée, la promptitude à l’action. Bhîshma demande à Yudhishthira s’il veut en savoir plus. Mais le soir tombe, Yudhishthira lui annonce qu’il reviendra le lendemain et rentre en ville.

12.59. Le lendemain, ils reviennent. Après avoir salué Bhîshma, Yudhishthira lui demande d’ vient le mot roi, et comment il se fait qu’un homme, semblable en tous points aux autres, assume seul la fonction royale. Au début, répond Bhîshma, il n’y avait pas de roi. Les hommes se protégeaient les uns les autres. Mais à l’âge krita, leur entendement s’obscurcit et ils se mirent à convoiter le bien d’autrui. Ils furent sujets à l’envie, de l’envie naquit la colère, et de , l’oubli de leurs devoirs et la confusion. Les règles élémentaires ne furent plus suivies, les veda disparurent. Les dieux, affolés à l’idée que les sacrifices ne soient plus assurés, demandèrent aide à Brahmâ, et celui-ci composa un traité en cent mille leçons concernant le triple but : morale, argent et plaisir, et la délivrance. Il y traite des trois qualités, du châtiment, des rites, de la politique intérieure et étrangère, de la conduite de la guerre, de la royauté et de ses devoirs, des vices, du comportement du roi, de l’agriculture, de la médecine. Ce traité est connu sous le nom de "Politique du châtiment". Pour tenir compte de la réduction progressive de l’espérance de vie des hommes, Shiva l’abrégea en dix mille leçons, Indra en cinq mille, Brihaspati en trois mille, Ushanas en mille. Les dieux demandent à Vishnu qui sera roi. Celui-ci crée Virajas. Généalogie des premiers rois et naissance des peuples. Naissance de Prithu. Age d’or. Excellence de Prithu. Shrî naît d’un lotus sorti du sourcil de Vishnu, et épouse Dharma. Elle a pour fils Artha. Dharma, Artha et Shrî ont reçu la souveraineté. C’est une personne particulièrement accomplie qui descend du ciel sur terre pour être roi, empreinte de grandeur et incarnation partielle de Vishnu. Il est établi par les dieux, personne ne surpasse le roi. C’est pourquoi, bien qu’il soit un homme comme les autres, tout le monde lui est soumis. Dans le traité de Brahmâ, on trouve tout ce qui est connu sur terre. On y dit qu’il n’y a pas de différence entre un roi et un dieu.

12.60. Yudhishthira demande quels sont les devoirs des quatre castes et quel est leur mode de vie. Quels sont les devoirs spécifiques du roi, comment fait-il prospérer son royaume, ses sujets et lui-même. De quoi doit-il se garder, à qui doit-il se fier ? Bhîshma expose les neuf devoirs communs aux quatre castes. Discipline personnelle, étude des veda et austérités sont les devoirs particuliers du brâhmane. Un kshatriya doit donner, offrir des sacrifices, étudier les veda sous la conduite d’un maître, protéger le peuple, punir les voleurs et être valeureux au combat. Un vaishya doit donner, étudier les veda offrir des sacrifices, gagner de l’argent par des moyens honnêtes et protéger les animaux. La rémunération des vaishya. Un shûdra doit servir les trois autres castes, n’avoir aucun bien personnel, honorer les dieux dans des sacrifices mineurs. La dévotion, qui est un sacrifice, doit être pratiquée par les quatre castes. Les brâhmanes sont des dieux, ils officient dans les sacrifices pour les quatre castes, et les quatre castes doivent offrir des sacrifices par tous les moyens en leur possession.

12.61. Les quatre stages d’existence successifs : les études brâhmaniques, la vie domestique, la vie érémitique dans la forêt et le renoncement total. Un brâhmane peut, après les études védiques adopter soit la vie de mendiant, soit la vie domestique. Le comportement à avoir durant ces différents stages de la vie.

12.62. Yudhishthira demande comment il doit appliquer ces comportements à lui-même. Les quatre stages de l’existence sont faits pour les brâhmanes, les autres castes n’y sont pas obligées, répond Bhîshma. Le brâhmane qui, dans les quatre stages de son existence suit ces règles, atteint dans l’autre monde des régions de béatitude éternelle. Pour un roi, il doit pratiquer l’étude des veda, et exercer le pouvoir royal. C’est le temps qui mène le monde, sous l’influence du temps l’homme est toujours engagé dans les actions, qui détermineront sa vie future.

12.63. Les brâhmanes qui transgressent leurs devoirs deviennent des shûdra. C’est à son comportement qu’on reconnaît un vrai brâhmane. Lorsqu’ils ont correctement accompli leur vie domestique, les trois autres castes peuvent adopter une vie de mendicité. Pour un kshatriya, il doit avoir étudié les veda, engendré des fils, gouverné avec justice son royaume, offert les grands sacrifices, réglé ses affaires et établi son successeur : il peut alors adopter une vie de mendicité, mais ce n’est pas obligatoire. Les devoirs du roi sont les plus importants, ils conditionnent les devoirs des autres castes. En suivant ses devoirs, un roi peut pratiquer toute sorte de renonciation, trouver toute sorte d’initiation, acquérir toute science.

12.64. Les devoirs du roi sont faits pour assurer un juste comportement des hommes. Si la royauté est mal assumée, les hommes sont submergés par le mal : ils peuvent facilement se tromper, même de bonne foi, s’ils ne sont pas guidés. Le monde entier est conditionné par les devoirs du roi. Bhîshma raconte l’Histoire de Mândhâtri. Ce roi avait offert un sacrifice pour obtenir de voir Vishnu. Celui-ci lui apparaît sous la forme d’Indra et lui demande pourquoi il veut voir Vishnu : ni Brahmâ, ni lui-même, ne peuvent obtenir cette vision du dieu suprême. Mais il lui offre un voeu. Mândhâtri insiste : il veut voir Vishnu. Il a parfaitement rempli son devoir de roi, mais il ne sait pas comment accomplir ces devoirs supérieurs qui procèdent de Vishnu. Indra lui répond que les devoirs du roi procèdent de Vishnu, et sont supérieurs à tous les autres. Vishnu lui-même les a suivis, ce qui lui a permis de détruire les asura. S’il ne l’avait pas fait, tous les devoirs des quatre castes auraient été détruits. A chaque âge, les devoirs des brâhmanes sont établis en premier : mais c’est le devoir du roi de les protéger. C’est pour cela qu’on considère les devoirs du roi comme les plus importants. Grâce au roi, les méchants sont contenus et les bons peuvent s’épanouir.

12.65. Les devoirs du roi, si importants, doivent être exercés par des hommes accomplis, qui veulent le bien des créatures. C’est grâce à eux que les quatre castes accomplissent leur devoir, c’est pourquoi les devoirs du roi sont les plus importants. Mândhâtri demande quels devoirs doivent suivre les barbares, et il donne la liste de ceux-ci, qui sont sous la domination du roi. Les barbares, les tribus de voleurs, doivent honorer les anciens, servir leurs rois, offrir des sacrifices aux ancêtres, et faire des présents aux brâhmanes. Et que faire des hommes mauvais que l’on trouve dans les quatre castes ? Si le roi exerce correctement le châtiment, la moralité est fermement établie. Il est de la responsabilité du roi de veiller à la façon dont les hommes suivent leur devoir. Vishnu remonte alors au ciel. Bhîshma, en conclusion demande à Yudhishthira de suivre scrupuleusement ces devoirs du roi.

12.66. Yudhishthira demande plus de détails sur les quatre stages de l’existence. Les mérites acquis par ceux qui suivent les différents modes de vie s’attachent au roi, répond Bhîshma. Le roi, en faisant les dons à ceux qui le méritent, en suivant les injonctions des veda, en ayant une âme sereine, en adorant les dieux, en pratiquant le châtiment, acquière les mérites de la vie domestique. En secourant les détresses, en honorant les brâhmanes et les ancêtres, en combattant pour son royaume, il acquière les mérites de la vie érémitique dans la forêt. En protégeant toutes les créatures, il acquiert les mérites du renoncement total. En étudiant chaque jour les veda, en honorant ses maîtres, il acquiert les mérites de l’étudiant brâhmanique. En montrant compassion envers tous, il acquiert les mérites des quatre modes de vie. Que Yudhishthira s’applique donc à pratiquer les devoirs du roi.

12.67. Yudhishthira demande quels sont les principaux devoirs concernant le royaume. Le premier devoir est le couronnement d’un roi : sans roi, l’anarchie régnerait, avec toutes ses conséquences. Autrefois, en période d’anarchie, quelques hommes de bien demandèrent à Manu d’être leur roi et lui donnèrent les moyens d’exercer cette royauté : ainsi l’ordre fut rétabli. Les hommes doivent se donner un roi, le respecter, et lui donner les moyens d’exercer son pouvoir.

12.68. Yudhishthira demande pourquoi on dit que le roi est un dieu. Bhîshma cite l’Entretien de Brihaspati et Vasumanas. Vasumanas, roi de Kosala, interroge Brihaspati : comment les hommes s’épanouissent-ils, et comment sont-ils détruits ? Les devoirs des hommes, répond Brihaspati, prennent racine dans le roi. C’est par la crainte du roi que les hommes ne se détruisent pas les uns les autres. Si le roi ne régnait pas, la propriété n’existerait plus, la moralité disparaîtrait, les sacrifices cesseraient. C’est grâce à la protection du roi que les hommes peuvent dormir sans crainte. Le roi assume cinq formes : Agni quand il châtie, Âditya quand il envoie ses espions, Mrityu quand il combat, Yama quand il juge, Kubera quand il distribue ses largesses. Le châtiment est immédiat pour ceux qui s’approprient les biens appartenant au roi. On doit toujours respecter et servir le roi, le roi est le coeur de son peuple.

12.69. Yudhishthira demande quels sont les autres devoirs du roi. Le roi doit se vaincre lui-même, répond Bhîshma, et vaincre ses ennemis. Il doit placer ses garnisons, envoyer ses espions, découvrir ceux de l’ennemi. Il doit faire la paix avec l’ennemi si celui-ci est plus fort. Si l’ennemi présente des faiblesses, il doit marcher contre lui. S’il est trop fort, il doit trouver d’autres moyens pour l’affaiblir. Le roi doit percevoir les impôts, rendre la justice, choisir des ministres compétents et honnêtes, brandir opportunément le bâton du châtiment. S’il est attaqué, il doit se retrancher. Conduite à tenir en cas de siège. Le roi doit veiller aux sept constituants du royaume (lui-même, ses ministres, son trésor, ses alliés et sa capitale), suivre les six règles de la politique (régner en paix après la conclusion d’une alliance avec l’ennemi, partir en campagne, affaiblir l’ennemi par des dissensions, concentrer ses forces pour inspirer la crainte, préparer la guerre en souhaitant la paix, et conclure des alliances).

12.70. Yudhishthira demande comment on doit appliquer le châtiment. Quand le roi applique à fond la science du châtiment, répond Bhîshma, l’âge d’or krita) règne : la terre donne des fruits sans être labourée, les maladies disparaissent, les hommes vivent longtemps, il n’y a plus d’injustices. Quand le roi applique la science du châtiment aux trois-quarts, c’est l’âge tretâ : la terre produit des fruits, mais il faut labourer. Quand le roi applique la science du châtiment à moitié, c’est l’âge dvâpara : les récoltes sont moitié moins abondantes. Quand le roi abandonne complètement la science du châtiment, oppresse ses sujets, c’est l’âge kali : règnent l’injustice, les maladies, la mort prématurée, la confusion. Suivant l’âge qu’il aura fait régner, le roi aura sa récompense ou sa punition dans l’au-delà. La science du châtiment, proprement appliquée, protège les hommes : elle représente le premier devoir du roi.

12.71. Yudhishthira demande quel comportement doit avoir le roi. Bhîshma énumère les trente-six vertus : si le roi les pratique, il sera récompensé ici-bas et dans l’au-delà.

12.72. Yudhishthira demande comment il doit se conduire envers ses sujets. Avant tout honorer les brâhmanes, répond Bhîshma, rechercher l’argent et le plaisir sans colère ni convoitise, prélever les justes impôts pour remplir le trésor, gouverner avec l’aide de gens désintéressés, ne pas envier la richesse des brâhmanes, même si le trésor est vide, protéger toutes les créatures : ainsi il sera récompensé ici-bas et dans l’au-delà.

12.73. Bhîshma rapporte l’Entretien entre Purûravas et Mâtarishvan. Purûravas demande quelle est l’origine des castes. Les brâhmanes sont issus de la bouche de Brahmâ, répond Mâtarishvan, les kshatriya de ses deux bras, les vaishya de ses cuisses, les shûdra de ses pieds. Les brâhmanes ont été créés les premiers pour garder les veda, les kshatriya ensuite pour les protéger, les vaishya pour subvenir aux besoins des deux autres castes, et les shûdra pour servir. Purûravas demande si la terre appartient aux brâhmanes ou aux kshatriya. Tout appartient de droit aux brâhmanes, répond Mâtarishvan, mais la terre, par suite du refus des brâhmanes, a accepté les kshatriya comme souverains. Le roi, toutefois, doit se laisser guider par des brâhmanes vertueux et écouter leurs instructions. Ainsi son gouvernement sera juste et ses sujets vertueux. Le roi reçoit le quart des mérites de ses sujets.

12.74. Bhîshma continue son enseignement : le roi doit appointer un chapelain vertueux et savant, et s’appuyer sur lui. Il rapporte l’Entretien entre Purûravas et Kashyapa. Purûravas demande qui est supérieur, quand il y a désaccord entre les brâhmanes et les kshatriya. Quand il y a un tel désaccord, répond Kashyapa, la ruine menace le royaume. Le brâhmane et le kshatriya sont naturellement liés, ils se doivent mutuelle protection, l’un est la cause de l’amélioration de l’autre. L’un aidant l’autre, ils atteignent tous deux les plus grands accomplissements. Si les brâhmanes ne sont pas protégés, l’anarchie règne, et Rudra détruit tout sans distinction. D’ vient Rudra ? demande Purûravas. Rudra réside dans le coeur de l’homme, et étend sa destruction à partir du coeur d’un homme mauvais, comme l’incendie se propage à partir d’une maison en feu. Si le châtiment touche également les bons et les mauvais, demande Purûravas, alors pourquoi être bon ? Le bois humide, mélangé à du bois sec, brûle également : il faut éviter de se mélanger aux pêcheurs. La terre nourrit les méchants comme les bons, le soleil les réchauffe, l’eau les lave également ! Il en est ainsi ici-bas, pas dans l’au-delà. Les bons jouissent d’une grande félicité, les mauvais vont en enfer. Pour éviter la contagion du mal, le roi doit, avant même son couronnement, investir comme chapelain royal un brâhmane de grande expérience, et honorer tout spécialement les brâhmanes.

12.75. La protection et le succès du royaume repose sur le roi, reprend Bhîshma, la protection et le succès du roi sur son chapelain. Il rapporte l’Entretien entre Mucukunda et Kubera. Mucukunda, ayant soumis toute la terre, attaque Kubera. Celui-ci suscite une armée de râkshasa qui défait les forces de Mucukunda. Ce dernier réprimande son chapelain, Vasishtha, qui, par une ascèse sévère, permet à Mucukunda de défaire à son tour les râkshasa. Kubera s’étonne que Mucukunda ait voulu l’attaquer. Mucukunda lui répond que les rois doivent agrandir leur royaume par la force de leur bras et par la puissance de l’ascèse de leur chapelain. Kubera, émerveillé, lui donne la terre : Mucukunda répond qu’il n’a pas à accepter la terre en cadeau, il la conquerra lui-même par la force de son bras.

12.76. Yudhishthira demande comment un roi peut augmenter le bien-être de ses sujets : en suivant son devoir, répond Bhîshma. Si le roi suit scrupuleusement son devoir, ses sujets en feront de même. Le roi acquiert un quart des mérites de ses sujets acquis grâce à sa protection, et un quart de leurs fautes commises en raison de sa négligence. Yudhishthira demande quels mérites sont attachés à la royauté : ne vaudrait-il pas mieux, pour son salut personnel, qu’il se retire dans la forêt ? Non, répond Bhîshma, il acquerra de bien plus grands mérites en suivant son devoir de roi. Qu’il suive la voie de son père et de son grand-père !. Quels que soient les mérites attachés à la fonction royale, il est pour l’assumer : qu’il porte son fardeau. Yudhishthira demande quels sont les actes qui conduisent au ciel. S’il soulage, même provisoirement, la peur d’un de ses sujets, il est digne du ciel, répond Bhîshma. Qu’il soit donc roi des Kaurava, qu’il protège les bons et punisse les mauvais, qu’il assure la protection de ses amis et des honnêtes hommes.

12.77. Yudhishthira demande : parmi les brâhmanes, certains sont engagés dans les devoirs de leur ordre, d’autres dans d’autres devoirs. Quelle est la différence entre eux ? Les brâhmanes qui suivent les devoirs de leur ordre, répond Bhîshma, sont pareils aux dieux. Ceux qui ne le font pas sont comme des shûdra. Le roi les soumettra à l’impôt. Le roi doit s’efforcer de les remettre dans le droit chemin. Mais si un brâhmane devient voleur par nécessité, il est du devoir du roi d’assurer sa subsistance.

12.78. Yudhishthira demande de quelles richesses le roi dispose. Le roi est maître des richesses de tous, sauf des brâhmanes, s’ils suivent leurs devoirs, répond Bhîshma. Il doit assurer la subsistance des brâhmanes, afin que ceux-ci ne deviennent pas des voleurs. Bhîshma rapporte l’Entretien entre le roi des Kaikeya et le râkshasa qui voulait l’enlever. Comment peux-tu m’enlever, se plaint le roi : il n’y a aucun brâhmane dans mon royaume qui ne soit attaché à ses devoirs, les kshatriya sont parfaitement dévoués à leurs devoirs, de même que les vaishya et les shûdra. Ma conduite est droite, mon chapelain est sans reproches, j’ai toujours combattu loyalement, comment peux-tu m’enlever ? Puisqu’il en est ainsi, répond le râkshasa, rentre chez toi. C’est pourquoi, conclut Bhîshma, tu dois protéger les brâhmanes, ils te protégeront en retour.

12.79. Un brâhmane, en cas de détresse, peut adopter la conduite d’un kshatriya. Peut-il éventuellement adopter celle d’un vaishya, demande Yudhishthira. Oui, répond Bhîshma, s’il n’est pas capable de se comporter comme un kshatriya : mais il donne la liste des articles dont un brâhmane ne peut faire commerce. Quand le peuple prend les armes contre son roi, demande Yudhishthira, comment celui-ci peut-il rester le refuge ? Par des dons, des austérités, des sacrifices, en étant pacifique, répond Bhîshma : les bons, alors, se resserreront autour du roi. Les brâhmanes sont le refuge du roi quand sa puissance est contestée. Si les kshatriya sont tous hostiles aux brâhmanes, qui protégera ceux-ci, demande Yudhishthira. Il faut alors défaire les kshatriya, répond Bhîshma, par les austérités et la force. Les kshatriya sont issus des brâhmanes, le feu de l’eau, le fer de la pierre : quand le fer frappe la pierre, ou le feu se bat avec l’eau, ou les kshatriya sont hostiles aux brâhmanes, leur force est détruite. Ainsi la force des kshatriya n’a plus d’effet si elle est dirigée contre les brâhmanes. Tous prennent les armes pour venir en secours aux brâhmanes, et même les brâhmanes peuvent prendre les armes sans encourir de péchés. S’ils meurent en combattant, ils atteignent les plus hauts paradis. On voit ainsi que le bien et le mal dépendent des circonstances. Si les kshatriya ne font plus leur devoir, demande Yudhishthira, est-ce qu’un brâhmane, un vaishya ou un shûdra peut prendre leur place pour rétablir l’ordre ? Certainement, répond Bhîshma. La personne qui soulage les peines et les peurs des autres mérite le plus grand respect. Si le roi ne remplit plus son rôle, qu’un autre prenne sa place.

12.80. Yudhishthira demande quelle doit être la conduite des prêtres. Ils doivent connaître les textes et les rites, répond Bhîshma, ils doivent être loyaux, sincères, modestes et charitables. Quels honoraires doit-on donner aux prêtres, et les substituts sont-ils acceptables quand on ne peut faire autrement, demande Yudhishthira. Les honoraires aux brâhmanes sont un des membres du sacrifice : sans eux, le sacrifice est inefficace. Mais ce qui compte c’est avant tout la dévotion : l’offre d’une simple mesure de riz, quand on ne peut faire plus, est parfaitement valable. On dit que la pénitence vaut plus que le sacrifice : la pénitence, c’est s’abstenir de faire du mal, parler sans fausseté, être bienveillant et compatissant, et non seulement émacier son corps. Toute fausseté, c’est la mort, toute sincérité c’est brahman.

12.81. Comment choisir un ministre, demande Yudhishthira. Tout homme a quatre types d’amis, répond Bhîshma : ceux qui pensent comme vous, ceux qui vous sont dévoués, ceux qui vous sont liés par la naissance et ceux que l’on s’est gagnés. De plus, ceux qui sont intègres et se rangent du côté de la justice. Le roi doit toujours se méfier des quatre premiers types, et les surveiller. On doit choisir un homme intelligent, doué en affaires, sans cruauté, sans colère et indifférent aux honneurs : à celui- on peut faire toute confiance. Il faut se méfier surtout de ses parents, mais les traiter avec honneur et ne pas leur montrer qu’on se méfie d’eux : ils peuvent être nécessaire en cas d’adversité.

12.82. Yudhishthira demande comment faire pour conquérir le coeur des amis comme des ennemis. Bhîshma rapporte l’Entretien entre Krishna et Nârada. Krishna se plaint des calomnies de ses parents et de l’attitude d’Âhuka et d’Akrûra qui sont d’avis contraire : il ne sait de quel côté se ranger. Les malheurs, lui explique Nârada, ont deux origines : ses propres actes et les actes d’autrui. Baladeva a pris le parti d’Akrûra, Krishna lui-même a donné son royaume à Babhru et à Ugrasena et ne peut pas le reprendre sous peine de graves désordres : il lui faut donc employer d’autres armes. Générosité, pardon, sincérité, douceur, voilà les armes qu’il doit employer. Qu’il apaise les coeurs par des paroles bienveillantes, et reprenne le fardeau du royaume qu’il est seul à pouvoir porter : il évitera ainsi que ses parents se détruisent mutuellement.

12.83. Voilà donc le premier moyen, conclut Bhîshma. Le second : faire confiance à ceux qui défendent les intérêts du roi de façon désintéressée et les protéger. Bhîshma raconte l’Entretien entre le sage Kâlakavrikshîya et Kshemadarsha, le roi de Kosala. Kâlakavrikshîya, désireux de contrôler la conduite des officiers du royaume, s’entretient avec le peuple, tenant un corbeau dans une cage. Il les amène à parler en leur disant : mon corbeau me dit tout, le présent, le passé et le futur. Il découvre ainsi que tous les officiers du royaume sont coupables de malversations. Il va trouver Kshemadarsha et les dénonce : c’est mon corbeau qui me l’a dit ! Les officiers du royaume tuent le corbeau durant la nuit. Kâlakavrikshîya demande au roi sa protection : c’est pour ton bien que je suis venu. Il décrit quelle doit être la conduite d’un bon officier royal. Il dénonce au roi la conduite de ses officiers, et lui raconte comment ils ont tué son corbeau : il a encouru leur colère, et il préfère quitter le royaume. Les malversations sont telles que le royaume est dans un état pitoyable et dangereux. Le roi demande à Kâlakavrikshîya de l’aider à reprendre en main son royaume. Kâlakavrikshîya lui conseille de ne rien dire dans un premier temps, puis de châtier ses officiers l’un après l’autre, de crainte qu’ils ne se liguent. Qu’il évite à l’avenir d’accorder sa confiance à ceux qui n’en sont pas dignes, et qu’il surveille ses officiers : c’est son devoir. Kshemadarsha l’écoute et le prend comme chapelain, nomme un premier ministre de toute confiance, redresse son royaume et conquiert la terre.

12.84. Yudhishthira demande quelles doivent être les qualités des officiers royaux. Bhîshma énumère les qualités que l’on doit trouver chez les juges, le général en chef et les officiers, les ambassadeurs, les ministres, les conseillers, et les défauts à éviter. Les délibérations doivent rester secrètes. Le roi doit consulter ses conseillers, puis demander l’avis de son chapelain : ensuite il appliquera fermement la décision prise. Précautions à prendre pour assurer le secret des délibérations.

12.85. Bhîshma rapporte l’Entretien entre Brihaspati et Indra. Indra demande quel est, parmi tous, le comportement qui assure la célébrité. Brihaspati répond : avoir toujours des paroles aimables.

12.86. Yudhishthira demande par quels moyens un roi peut obtenir une grande renommée. En veillant à la justice, répond Bhîshma. Le roi doit nommer dans son conseil quatre brâhmanes, huit kshatriya, vingt et un vaishya, trois shûdra et un sûta. Qualités que doivent posséder ces conseillers. Le roi doit veiller à ce que la justice soit correctement rendue, sous peine de voir son royaume s’effondrer. C’est dans la justice que se trouvent les fondements du royaume. Tous doivent avoir un égal accès à la justice. Les différents types de châtiment. Un roi qui applique les châtiments selon le code n’encourt pas de péché, mais acquiert des mérites. Un roi ne doit jamais mettre à mort un messager. Qualités que doivent posséder le messager, l’aide de camp, le commandant des gardes, les ministres, le commandant en chef des armées. Mais le roi ne doit avoir entière confiance en personne.

12.87. Yudhishthira demande comment doit être la ville il habite. Bhîshma énumère les six sortes de citadelles. Il décrit comment elles doivent être aménagées et ce qu’on doit y trouver. Il montre ensuite quelles doivent être les occupations du roi et ses devoirs. Il doit se choisir un ami parmi ses sujets, un ami parmi les sujets de ses ennemis, un ami parmi les sujets de ses alliés, et un ami parmi ceux qui résident dans la forêt.

12.88. Yudhishthira demande comment consolider le royaume. Bhîshma décrit l’organisation du royaume : un chef par village, un intendant pour dix villages, un superintendant pour deux intendants, un collecteur pour cent villages, un préfet pour mille villages. Un village doit être donné au collecteur pour assurer sa subsistance, une petite ville au préfet. Un administrateur assure la coordination des préfets, un autre le contrôle des villes. Le roi lève des impôts, veillant à ne pas écraser le peuple. Le roi doit visiter les villes de son royaume et expliquer pourquoi il prélève des impôts : les ennemis qui menacent, les voleurs à arrêter, les forteresses à consolider, le maintien de l’armée. Le roi doit permettre aux vaishya de prospérer, ils sont la richesse du royaume.

12.89. Yudhishthira demande ce que doit faire le roi s’il désire plus que la puissance. Le roi doit, avant tout, s’attacher au bien-être de ses sujets, répond Bhîshma. Il doit prélever ses impôts progressivement, au juste moment. . Le roi partage les péchés comme les mérites de ses sujets : il doit donc les contrôler. Qu’il n’y ait ni mendiants ni voleurs dans le royaume. Il faut punir les fonctionnaires qui se livrent à des malversations, favoriser le commerce, flatter les riches pour qu’ils protègent le peuple.

12.90. Les fruits et les racines reviennent de droit aux brâhmanes. Aucun brâhmane ne doit manquer du nécessaire. Les kshatriya ont pour premier devoir de protéger les brâhmanes, de façon que les veda soient étudiés. Le roi doit protéger ses sujets, et, pour cela les contrôler par des agents secrets. Il doit aussi se faire rapporter comment il est perçu par le peuple, si ses décisions sont approuvées : et tenir compte de ceux qui le louent ou qui le blâment. Yudhishthira demande comment être supérieur à tous. Le roi doit toujours être attentif à ses sujets et à ses ennemis.

12.91. Bhîshma rapporte l’Entretien de Mândhâtri avec Utathya. Utathya explique à Mândhâtri que le roi est le protecteur du monde : il doit faire régner la justice. Si le roi échoue à réprimer l’injustice, le royaume se désagrège. La justice ne doit jamais s’affaiblir, pour cela le roi doit suivre son devoir de roi, son devoir vient de Brahmâ. Il faut toujours honorer les brâhmanes. C’est parce que l’asura Bali ne le faisait pas que la déesse Shrî s’est réfugiée chez Indra. Un des fils de l’injustice, c’est l’orgueil, qui conduit les rois à la ruine. Il faut s’en garder et éviter les mauvaises fréquentations. Si le roi cède au vice, des maux innombrables frappent le royaume.

12.92. Le roi doit savoir corriger les manquements des autres castes. Le roi est le maintien de toutes les créatures, mais il peut devenir leur destruction. Le pouvoir a été créé pour protéger la faiblesse : il faut prendre garde à ne pas être brûlé par les regards des faibles maltraités, la faiblesse, quand elle n’est pas protégée, est plus forte que tout pouvoir. Si un faible ne trouve personne pour le protéger, le châtiment divin tombe sur le roi. Si le roi châtie les mauvais, et ne permet pas au mal de s’étendre, son royaume est prospère. Rappel des différents devoirs du roi. Utathya engage Mândhâtri à suivre cette route : celui-ci l’écoute, et devient un roi modèle.

12.93. Yudhishthira demande comment doit se comporter un roi juste et Bhîshma rapporte l’Entretien de Vasumanas avec Vâmadeva. Vasumanas demande quels sont les devoirs du roi, et Vâmadeva lui répond d’agir toujours avec justice, et de suivre les conseils des justes. Un roi ne doit jamais considérer qu’il a assez de vertu, de plaisirs, de puissance, d’intelligence et d’amis.

12.94. La conduite d’un roi qui suit son devoir est un modèle pour le royaume. Autres règles sur la façon de se comporter, de choisir ses ministres, de s’entourer.

12.95. Le roi dont le royaume prospère, le roi qui suit son devoir n’a rien à se reprocher. Vasumanas suit ces conseils et conquiert la terre.

12.96. Yudhishthira demande comment vaincre ses ennemis. En entrant dans le territoire du roi qu’il veut soumettre, répond Bhîshma, qu’il dise à tous : je suis votre roi et je vous protégerai toujours. Payez-moi tribut ou battez-vous. Si les gens l’acceptent pour roi, il n’y aura pas de combat. Quelles sont les règles du combat, demande Yudhishthira. Bhîshma expose Les règles du combat. Si un kshatriya les enfreint, il encourt un péché. Mieux vaut mourir en combattant loyalement que vaincre déloyalement.

12.97. Il en est de même pour le roi : il ne doit jamais employer des moyens déloyaux. Conduite à tenir concernant les richesses conquises, le peuple d’un royaume conquis.

12.98. Et pourtant, dit Yudhishthira, le roi est amené à tuer en bataille un grand nombre de gens : est-ce que cela lui est pardonné ? S’il suit scrupuleusement son devoir, répond Bhîshma, le roi n’encoure pas de péché. Rien n’est supérieur à un roi qui se bat vaillamment, sans craindre pour sa vie. Un kshatriya ne doit pas mourir dans son lit, mais au combat.

12.99. Yudhishthira demande quels sont les paradis gagnés par les kshatriya qui trouvent la mort au combat. Bhîshma rapporte l’Entretien entre Ambarîsha et Indra. Ambarîsha, monté au ciel, y voit son général en chef Sudeva, comblé d’honneurs et mieux traité que lui. Il s’en étonne auprès d’Indra. C’est parce qu’il a souvent offert le sacrifice du combat, répond Indra. Description du sacrifice du combat. Par ce sacrifice, les kshatriya obtiennent le plus hautes récompenses.

12.100. Bhîshma raconte la Bataille entre Pratardana et Janaka. Janaka exhorte ses guerriers à combattre en leur montrant le sort qui les attend dans l’au-delà s’ils combattent courageusement, et il remporte la victoire. Comment disposer ses troupes. Il ne faut pas poursuivre trop loin l’ennemi en déroute.

12.101. Yudhishthira demande comment un roi doit conduire ses troupes au combat. Le roi, répond Bhîshma, doit agir avec sagesse, et soigneusement préparer son attaque. Le moment de la mise en route des armées doit être choisi judicieusement, et la route à suivre. Si c’est l’ennemi qui envahit le territoire, il faut choisir les points de résistance. Il faut choisir l’emplacement la bataille aura lieu, et la position des troupes, et le jour propice. Il faut combattre loyalement et épargner ceux qu’on ne doit pas frapper. Il faut récompenser les guerriers qui se signalent au combat. Il faut exhorter ses troupes avant le combat. Disposition des troupes pour la bataille.

12.102. Yudhishthira demande comment il faut choisir ses soldats. Bhîshma décrit la façon de combattre des différents peuples. Il décrit ensuite les caractéristiques physiques qui permettent de choisir un soldat.

12.103. Yudhishthira demande comment l’on peut savoir si l’armée sera victorieuse. Bhîshma décrit les présages. Mais la conciliation vaut mieux que la victoire par les armes, qui est toujours incertaine. Et, après la victoire, il faut pardonner. Il faut savoir montrer à la fois fermeté et douceur, et gagner la confiance de l’ennemi vaincu.

12.104. Yudhishthira demande quel comportement il faut adopter envers ses ennemis. Bhîshma cite l’Entretien entre Brihaspati et Indra. Indra demande à Brihaspati comment il peut soumettre ses ennemis. Il ne faut jamais, répond Brihaspati, leur chercher querelle. Il faut cacher ses sentiments et leur adresser des paroles conciliantes. Il faut surveiller les ennemis vaincus : ils peuvent se rebeller. Il faut produire la désunion chez l’ennemi et attendre l’occasion favorable pour le frapper. Il faut, quand l’occasion se présente, briser sa force, mais ne pas le persécuter. Il faut, en permanence, connaître ses faiblesses. Les quatre défauts à éviter pour un roi : la faiblesse, une sévérité excessive, la paresse et l’imprudence auxquels s’ajoutent les manœuvres de l’ennemi. Il ne faut pas hésiter à se prosterner parfois devant un ennemi plus puissant. Il ne faut pas attaquer tous ses ennemis à la fois. Il faut repérer les hommes pervers à leur comportement : ce sont des ennemis potentiels.

12.105. Comment doit se comporter un roi qui a perdu ses moyens, demande Yudhishthira. Bhîshma raconte l’Histoire de Kshemadarsha. Ce roi, ayant perdu toutes ses richesses, interroge Kâlakavrikshîya : que dois-je faire pour les recouvrer par des moyens justes. Toutes les richesses sont transitoires, répond le sage, il n’y a pas de raison de les regretter. La vie elle-même ne dure qu’un temps. Le destin est tout puissant. Je comprends bien cela, répond Kshemadarsha, mais la conséquence en est que je dois vivre de charité. Contente-toi de ce que tu as, sans regretter ce que tu ne peux avoir, répond Kâlakavrikshîya. N’envie pas ceux qui sont riches. Renonce aux objets du désir, va dans la forêt et nourris-toi de racines en pratiquant des austérités.

12.106. Mais si tu n’es pas prêt à mener une telle vie, poursuit le sage, voilà comment tu peux regagner ta puissance : sers humblement ton ennemi, le roi Janaka. Il te donnera des richesses, tu deviendras son bras droit. Crée ensuite la désunion chez tes ennemis et détruis-les l’un après l’autre. Fais alliance avec les ennemis de tes ennemis. Induis ton ennemi en tentation, afin qu’il se ruine. Conduis-toi avec une amitié feinte, pousse-le à combattre des ennemis puissants. Amène-le à se retirer dans la forêt, empoisonne ses éléphants et ses chevaux, et ses hommes.

12.107. Kshemadarsha rétorque qu’il ne désire pas une puissance acquise déloyalement. Ta droiture t’honore, répond Kâlakavrikshîya, et il lui promet de créer une alliance éternelle entre lui et Janaka. Il fait venir Janaka et l’engage à prendre Kshemadarsha pour ministre. Janaka fait venir Kshemadarsha à sa cour, le traite comme un ami et lui donne sa fille.

12.108. Yudhishthira demande comment il doit se conduire avec les nobles qui l’entourent. La désunion entre les nobles et le roi, répond Bhîshma, est produite par l’avarice du roi et la colère qui en résulte chez les nobles. Les nobles doivent toujours rester unis entre eux. Le roi doit donc consulter fréquemment les chefs des nobles, les honorer et agir pour le bien de la noblesse entière. Il faut empêcher les querelles internes.

12.109. Yudhishthira demande quel est, parmi les devoirs, le plus important. Honorer son père, sa mère, son maître, répond Bhîshma, leur obéir en toutes choses, les servir avec humilité, voilà le devoir le plus important, répond Bhîshma. Conduite à tenir envers eux.

12.110. Yudhishthira demande comment se régler en ce qui concerne la vérité et le mensonge. Il n’y a rien de supérieur à la vérité, répond Bhîshma, mais elle ne doit pas aller contre ce qui est juste. Est juste ce qui est pour le bien des créatures. On peut mentir pour le bien d’autrui, ou pour des motifs religieux. Il faut châtier ceux qui placent la richesse au-dessus de tout, ils vivent de ruses.

12.111. Yudhishthira demande comment surmonter les difficultés. En suivant les devoirs de sa caste, répond Bhîshma. En se conduisant bien dans tous les domaines, et en adorant Vishnu, on surmonte toutes les difficultés.

12.112. Comment reconnaître, demande Yudhishthira, la valeur d’une personne, malgré ses comportements. Bhîshma raconte l’Histoire du chacal et du tigre. Le roi Paurika, par suite de ses défauts, s’est réincarné sous forme d’un chacal. Il habite dans un crématoire, mais, pour se racheter, se nourrit des fruits tombés des arbres et adopte une conduite irréprochable. Les autres chacals le lui reprochent, mais il demeure inflexible : si sa naissance est basse, sa conduite restera noble. Un tigre l’entend, et lui propose de le prendre pour ministre. Le chacal le félicite de son choix judicieux, mais il ne veut pas quitter sa position : il est parfaitement heureux, de lui-même et de son sort. Il acceptera pourtant, à condition que le tigre s’engage à l’écouter quoi qu’il dise, à le consulter en secret, à ne pas lui demander conseil concernant ses parents et à ne pas punir ses ministres à cause de lui. Pacte conclu, le chacal devient ministre du tigre. Les ministres corrompus du tigre essayent de le neutraliser, de l’acheter, puis cherchent à le faire accuser de vol en cachant chez lui de la viande destinée au tigre. Le tigre fait une enquête, les ministres dénoncent le chacal et l’accusent de duplicité : ses paroles sont vertueuses, mais son comportement le trahit. Le tigre ordonne la mise à mort du chacal, mais sa mère intervient : il ne faut pas accepter une fausse accusation sans preuves. Et de fait, le chacal est blanchi par un témoin. Mais il demande la permission de se donner la mort : il a été trahi par le tigre, la confiance entre eux est rompue, il ne peut plus être son ministre. Le chacal se retire dans la forêt, entre en prâya et monte au ciel.

12.113. Yudhishthira demande comment doit agir un roi. Bhîshma raconte l’Histoire du chameau. Un chameau se livre à des austérités sévères, et Brahmâ lui offre un voeu. Le chameau demande que son cou s’allonge, de façon qu’il puisse saisir sa nourriture à cent lieues sans avoir à se déplacer. Ainsi, le chameau devient paresseux. Un jour, lors d’une tempête, il abrite sa tête et une portion de son cou dans une grotte. Survient un chacal affamé qui lui dévore le cou et le tue ainsi. La paresse a été cause de sa perte. Le roi doit éviter la paresse et agir avec intelligence.

12.114. Yudhishthira demande comment se comporter face à un ennemi puissant. Bhîshma rapporte l’Entretien entre l’océan et les rivières. L’océan s’étonne que les rivières lui amènent des arbres énormes, mais jamais de roseaux. Les arbres refusent de céder, les roseaux plient, répond Gangâ. Le roi doit faire comme les roseaux devant un ennemi puissant, conclut Bhîshma.

12.115. Comment répondre dans les assemblées à un ignorant plein d’arrogance, demande Yudhishthira. Ne pas céder à la colère, répond Bhîshma, et ne pas répondre : comment un imbécile pourrait-il ternir la réputation d’un juste ?

12.116. Yudhishthira demande comment choisir ses serviteurs. Il faut choisir, dans tous les domaines, des serviteurs bien nés, dévoués, sages et capables, répond Bhîshma.

12.117. Bhîshma raconte l’Histoire de l’ascète et de son chien. Un ermite, par ses austérités et sa vie pure, est l’ami des bête sauvages. Un chien s’attache tout spécialement à lui et ne le quitte jamais, se nourrissant de fruits. Un jour, arrive un léopard cruel, qui se prépare à dévorer le chien. L’ermite, pour le sauver, transforme le chien en léopard. Arrive un tigre, qui veut s’attaquer au chien transformé en léopard. L’ermite, pour le sauver, transforme le léopard en tigre. Et le chien, transformé en tigre, cesse de se nourrir de fruit, et terrorise les bêtes de la forêt. Un jour, il est attaqué par un éléphant en furie. Il cherche la protection de l’ascète, qui le transforme en éléphant. Il est plus tard attaqué par un lion, et l’ascète le transforme en lion. Un démon, un sharabha, s’en prend au lion, et l’ascète transforme son chien en sharabha. Le chien, ainsi transformé, assoiffé de sang, terrorise les bêtes de la forêt qui n’osent plus s’approcher. Un jour, il s’en prend à l’ermite lui-même, qui le retransforme incontinent en chien.

12.118. L’ascète chasse ensuite le chien de son ermitage. Un roi ne doit jamais s’entourer de gens de basse naissance, conclut Bhîshma. Les qualités que doit posséder un ministre. Les cent qualités du roi.

12.119. Bhîshma revient sur les qualités des ministres.

12.120. Yudhishthira demande comment il fera pour retenir tous les devoirs du roi. Bhîshma les lui retrace entièrement, en utilisant diverses métaphores.

12.121. Yudhishthira demande qui est le Châtiment. Bhîshma décrit le Châtiment sous sa forme incarnée, ses différentes apparences, ses noms, ses effets. Rapports entre le Châtiment et le droit.

12.122. Bhîshma raconte l’Entretien entre Vasuhoma et Mândhâtri. Mândhâtri vient rendre visite au roi Vasuhoma dans son ermitage. Il l’interroge sur l’origine du Châtiment. Brahmâ, répond Vasuhoma, donne naissance à Kshupa pour officier dans ses sacrifices. Brahmâ ayant assumé forme humaine pour ce sacrifice, le Châtiment disparaît : une grande confusion s’ensuit. Brahmâ demande secours à Vishnu, qui s’incarne sous la forme du Châtiment et établit les souverainetés des différents dieux. Le bâton du châtiment est donné à Kshupa. Kshupa le transmet à Manu, qui le transmet à son tour, et le bâton du châtiment reste éveillé dans les mains de ses différents possesseurs. En définitive, ce sont les kshatriya qui détiennent le bâton du châtiment, et ils doivent en user pour maintenir l’univers.

12.123. Yudhishthira interroge Bhîshma sur les rapports entre les trois buts de la vie : morale, argent et plaisir. L’argent a ses racines dans la morale, et le plaisir est le fruit de l’argent, répond Bhîshma, et les trois procèdent de la volonté. Mais le but final est la délivrance. Bhîshma rapporte l’Entretien entre Kâmanda et Angârishta. Angârishta demande au sage Kâmanda comment réfréner ceux qui mettent le plaisir au premier plan. La poursuite du seul plaisir, répond Kâmanda, entraîne la perte de l’intelligence, l’inattention et finalement la destruction. Pour éviter cela il faut se consacrer à l’étude des veda et respecter les brâhmanes, chercher la compagnie d’hommes vertueux.

12.124. Yudhishthira demande comment acquérir un comportement vertueux. Bhîshma rapporte l’Entretien de Duryodhana avec son père. Duryodhana brûle de jalousie devant les accomplissements de Yudhishthira et s’en ouvre à son père. Celui-ci lui répond : si tu veux acquérir une prospérité semblable à celle de Yudhishthira, adopte un comportement vertueux. Et comment acquérir un comportement vertueux, demande Duryodhana. Dhritarâshtra alors lui raconte l’Histoire de Prahrâda. Ce démon, par sa conduite irréprochable, avait soustrait à Indra la souveraineté sur les trois mondes. Indra demande alors à Brihaspati quelle est la source du bonheur : la connaissance, répond Brihaspati. Y a-t-il autre chose qui soit supérieur à la connaissance ? Ushanas peut t’en dire plus, répond Brihaspati. Ushanas, interrogé, répond que seul Prahrâda connaît la réponse. Indra, alors, se déguise en brâhmane, et va trouver Prahrâda. Il l’interroge : par quels moyens as-tu obtenu la souveraineté sur les trois mondes ? Prahrâda répond que c’est par son comportement : il suit les enseignements des brâhmanes, qui sont pour lui comme un miel. Prahrâda offre un voeu à Indra, et celui-ci demande d’obtenir un comportement semblable au sien. Prahrâda est inquiet - ce brâhmane n’est-il qu’un brâhmane ? -, mais lui accorde ce qu’il demande. Une forme, alors, sort de son corps : c’est, personnifié, le Comportement. Il le quitte pour entrer dans Indra. Une autre forme sort de son corps : le Devoir. Il doit suivre le Comportement. Puis la Vérité qui suit le Devoir, puis les Bonnes Actions qui suivent la Vérité, puis la Puissance qui suit les Bonnes Actions, puis la Prospérité qui suit la Puissance. Ainsi Prahrâda perd la souveraineté sur les trois mondes, et Indra la reprend. Duryodhana doit suivre cet enseignement de Prahrâda, conclut Dhritarâshtra, et avoir un comportement irréprochable, s’il veut acquérir une prospérité semblable à celle de Yudhishthira.

12.125. Yudhishthira interroge Bhîshma à propos de l’espoir : son espoir que Duryodhana change de conduite a été déçu. Bhîshma rapporte l’Entretien entre Sumitra et Rishabha. Le roi Sumitra blesse une gazelle, mais celle-ci fuit, et il la poursuit fort loin, espérant sans cesse pouvoir l’achever. Elle lui échappe définitivement. Il arrive alors à l’ermitage de Rishabha et raconte comment son espoir de tuer cette gazelle a été déçu : qu’y a-t-il de plus difficile à vaincre que l’espoir ?. Quelles sont les limites de l’espoir ?

12.126. Rishabha raconte l’Histoire de Vîradyumna. Alors qu’il se trouvait dans un ermitage, Rishabha reçoit la visite de l’ascète Tanu, d’une grandeur et d’une maigreur extraordinaires et s’entretient avec lui. Survient le roi Vîradyumna, qui a perdu son fils unique Bhûridyumna, et le cherche depuis longtemps, sans perdre espoir de le retrouver. Son espoir, en fait, le maintient en vie. Qu’y a-t-il de plus difficile à vaincre que l’espoir ? Tanu lui répond qu’un brâhmane a été involontairement insulté par son fils. Tanu avait, autrefois, été négligé par le roi : il avait décidé alors de mener une vie d’ascèse et de ne jamais dépendre d’autrui, et de bannir l’espoir de son esprit. Vîradyumna l’interroge encore, et Tanu répond qu’il n’y a rien qui soit aussi ténu que l’espoir, et rien qui soit aussi difficile à obtenir que ce que l’on espère. Rien n’est aussi rare qu’un quémandeur satisfait ou qu’une personne qui jamais ne méprise un quémandeur. Donc, rien n’a aussi peu de consistance que l’espoir. Après ces paroles décourageantes cependant, Tanu fait venir le fils du roi, grâce à ses pouvoirs magiques. Ainsi, Yudhishthira n’a pas de regrets à avoir, conclut Bhîshma : l’espoir qu’il avait était tellement peu consistant !

12.127. Yudhishthira interroge à nouveau Bhîshma sur le devoir. Bhîshma rapporte l’Entretien entre Gotama et Yama. Le sage Gotama a pratiqué des austérités pendant soixante mille ans dans son ermitage. Un jour, Yama lui rend visite. Gotama lui demande comment on peut se libérer de sa dette envers son père et sa mère. En pratiquant la vérité et l’austérité, répond Yama.


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  • Livre XII : 8485868788

  • Livre XIII : 8990

  • Livre XIV : 9192


  • Livre XVI : 96

  • Livre XVII : 97

  • Livre XVIII : 98

 

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