Le Livre de l'apaisement (paragraphe 87)

De Elkodico.

Le Mahâbhârata

I Le Livre des commencements • II Le Livre de l'assemblée • III Le Livre de la forêt • IV Le Livre de Virata • V Le Livre des préparatifs • VI Le Livre de Bhîsma • VII Le Livre de Drona • VIII Le Livre de Karna • IX Le Livre de Shalya • X Le Livre de l'attaque nocturne • XI Le Livre des femmes • XII Le Livre de l'apaisement • XIII Le Livre de l'enseignement • XIV Le Livre du sacrifice royal • XV Le Livre du séjour en forêt • XVI Le Livre des pilons • XVII Le Livre du grand départ • XVIII Le Livre de la montée au ciel

 
Le Livre de l'apaisement

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L’adversité

12.128. Que doit faire un roi, demande Yudhishthira, quand il n’a plus d’amis, est entouré d’ennemis, que son trésor est épuisé et son armée en déroute, qu’il est entouré de ministres corrompus, attaqué par un ennemi puissant. Doit-il avoir recours à des moyens déloyaux, ou accepter la mort ? La morale est subtile, répond Bhîshma. Les devoirs sont différents en période de détresse. Si son trésor est vide, un roi ne peut acquérir de mérites religieux, ni conserver sa vie : il est donc amené à remplir son trésor par des pratiques qui ne sont pas tout à fait conformes à la morale. Pour certains ces pratiques sont pourtant parfaitement admissibles : le devoir d’un kshatriya est de ne pas succomber à ses ennemis. Le roi peut prendre de l’argent à tout le monde, excepté aux brâhmanes. Il doit prendre ce qu’il peut, même par force, à ceux qui sont riches. De même que le roi protège le royaume, le royaume doit protéger le roi quand celui-ci est dans la détresse. Ainsi le roi ne commet pas de péchés en opprimant son peuple pour remplir son trésor : s’il ne le fait pas, un mal pire s’ensuivra. En temps de détresse, ce n’est pas un péché.

12.129. Yudhishthira demande ce que doit faire un roi dont une partie du royaume a été conquise par un ennemi puissant et dont l’armée est en déroute. Faire la paix avec son ennemi, si celui-ci est loyal, répond Bhîshma, et obtenir la restitution des parties du royaume conquises. Faire la paix avec son ennemi s’il est déloyal, et abandonner les parties conquises. Abandonner sa capitale, son trésor et même ses femmes, et fuir, si l’ennemi ne veut pas faire la paix. Sa vie sauve, il peut espérer reconquérir son royaume. Un roi ne doit jamais se rendre. Mais s’il n’y a pas d’autres moyens, il doit mourir en combattant.

12.130. Mais si on en arrive , quand les pratiques justes ne sont plus suivies, demande Yudhishthira, comment peuvent subsister les brâhmanes. Le roi ne doit, en aucun cas, opprimer les brâhmanes. Le roi ne doit jamais tenir compte des médisances. Concernant les brâhmanes, les usages doivent continuer à être suivis.

12.131. Le roi doit remplir son trésor : c’est la racine du royaume. Le roi, pour cela, doit se conduire avec détermination, mais sans cruauté. Il ne doit jamais être humble. Il doit fixer des règles, le peuple en a besoin et les brigands les craignent. Du reste, même les brigands observent certaines règles morales, il ne faut pas les détruire entièrement. Le roi, quelques soient les circonstances, doit suivre au minimum certaines règles.

12.132. Le roi doit toujours acquérir du mérite religieux et de la richesse. La richesse est nécessaire au roi, pour remplir sa fonction. On peut même dire que la richesse est supérieure à la morale : la morale dépend de la richesse.

12.133. Bhîshma rapporte l’Histoire de Kâpavya. Kâpavya est un brigand intelligent, courageux, pieux, attaché aux brâhmanes et à ses parents. Il vit de chasse. Les brigands le choisissent comme chef. Kâpavya leur impose des règles strictes. Les brigands lui obéissent et Kâpavya gagne le salut pour leur avoir imposé des limites.

12.134. Bhîshma précise qu’il ne faut jamais prendre les richesses de ceux qui s’adonnent aux sacrifices. Par contre, une richesse est inutile, si elle ne sert pas à nourrir les dieux : le roi peut la prendre pour la consacrer aux sacrifices. Ainsi, sa puissance augmentera.

12.135. Les deux régles de la réussite : être prévoyant et astucieux. Bhîshma raconte l’Histoire des trois poissons. L’un d’eux est prévoyant, le second astucieux, le troisième insouciant. Les eaux du lac dans lequel ils se trouvent baissent progressivement, et le poisson prévoyant incite les autres à partir : ni l’un ni l’autre ne l’écoutent, l’un faisant confiance à sa présence d’esprit, l’autre ne désirant rien changer à sa vie. Le poisson prudent les quittte alors. Les eaux continuant à baisser, les pêcheurs n’ont aucune peine à attrapper les poissons ils les enfilent au fur et à mesure sur une ligne. Le poisson astucieux s’accroche à la ligne avec ses dents, pour faire croire qu’il est pris : et quand les pêcheurs trempent la ligne dans une eau profonde pour laver leurs prises, il s’échappe. Le poisson insouciant, lui, trouve la mort.

12.136. Quel comportement doit avoir un roi, demande Yudhishthira, quand il est assailli par de nombreux ennemis. En période de détresse, répond Bhîshma, il faut savoir faire alliance avec ses ennemis. Bhîshma raconte l’Histoire de la souris Palita et du chat Lomasha. Au milieu d’une forêt se trouve un grand banian. Dans son tronc habite une souris pleine de sagesse, Palita, et sur ses branches, un chat, Lomasha. Un chasseur s’installe près du banian, et, chaque soir, place ses filets. Un jour, le chat est pris dans ses filets. La souris se réjouit de ce que son ennemi soit mis hors d’état de nuire, et s’approche du chat pour manger la viande qui avait servi d’appât. Elle voit alors qu’une mangouste au pied de l’arbre et un hibou dans ses branches la guettent, et se trouve dans une situation désespérée. Après avoir analysé la situation, elle propose une alliance au chat : c’est un ennemi puissant, mais il est, lui aussi dans une situation désespérée. Le chat la protégera de la mangouste et du hibou, elle le libérera des mailles du filet. Accord conclu, la souris se réfugie dans le giron du chat, la mangouste et le hibou, voyant qu’ils n’ont plus aucune chance, s’en vont. La souris ronge les mailles du filet sans se presser : le chat reproche à la souris sa lenteur, mais celle-ci rétorque qu’il importe de bien choisir le moment : quand le chasseur arrivera, elle rongera la dernière maille, ainsi le chat n’aura plus d’autre possibilité que de se sauver en hâte, et n’aura pas le temps de la manger. Ainsi est fait : le chasseur arrive, la souris libère le chat, qui se précipite dans les branches, la souris rejoint son trou. Une fois le chasseur parti, le chat vient trouver la souris et proteste de son amitié et de sa bonne foi. Mais la souris se garde bien de sortir de son trou : l’alliance était fondée sur un intérêt commun, celui-ci n’existe plus. Ils étaient ennemis, ils ont été alliés, ils sont de nouveau ennemis. L’amitié du faible avec le fort n’est pas saine : de plus elle voit bien que le chat est affamé. Ainsi, conclut Bhîshma, il faut parfois faire alliance avec un ennemi puissant. Mais il faut rester sur ses gardes. Il faut parfois faire alliance avec un ennemi, parfois faire la guerre à un allié : tout dépend des circonstances.

12.137. Yudhishthira demande comment vivre, si on ne fait confiance à personne. Bhîshma rapporte l’Entretien entre Pûjanî et Brahmadatta. Pûjanî, un oiseau femelle, vit librement dans le palais du roi Brahmadatta. Tous les jours elle va chercher au bord de l’océan deux fruits merveilleux, un pour le fils du roi, un pour son propre fils. Un jour, le fils du roi, en voulant jouer avec lui, tue l’oisillon de Pûjanî. Pûjanî, pour se venger, crève les yeux du prince. Brahmadatta s’adresse à Pûjanî : tu as subi une offense, tu as pris ta revanche, l’affaire est close : tu peux continuer à habiter ici. Mais Pujanî ne l’entend pas ainsi : il ne faut jamais faire aveuglément confiance. Les raisons sont suffisantes pour une inimitié durable : elle partira. Brahmadatta insiste, mais Pûjanî reste ferme : l’amitié n’est plus possible entre eux, ils n’oublieront jamais ce qui s’est passé. Pourtant, insiste Brahmadatta, l’animosité s’éteindra rapidement, leur affection mutuelle sera la plus forte. Peut-être, répond Pûjanî, mais elle ne pourra plus avoir confiance en lui : elle aura toujours peur qu’il veuille prendre sa revanche. C’est le destin, insiste Brahmadatta, qui a été la cause de ce qui s’est passé : il peut en vouloir au destin, pas à celui qui en est l’agent. Après ce qui s’est passé, répond Pûjanî, il ne peut y avoir de réconciliation durable : chaque fois qu’il verra son fils aveugle, le roi verra son inimitié croître. Il ne faut jamais faire confiance à celui qu’on a offensé. Mais vivre ainsi dans la peur, répond Brahmadatta, ce n’est plus vivre. Si l’on veut s’en sortir, répond Pûjanî, il ne faut pas hésiter à prendre les décisions qui s’imposent : le destin doit être aidé par l’action. Pûjanî rappelle à Brahmadatta les devoirs d’un bon roi, et s’en va.

12.138. Que doit faire un roi, demande Yudishtira, quand la fin d’un âge s’approche. Bhîshma rapporte l’Entretien entre Bharadvâja et le roi Shatruntapa. Shatruntapa interroge Bharadvâja : Comment acquérir des richesses, les augmenter, les protéger et les utiliser ? Le roi, répond Bharadvâja, doit toujours brandir le bâton du châtiment. En cas de déboires, il doit prendre conseil, montrer ses prouesses, combattre avec habileté et même se retirer avec sagesse. Il doit feindre l’humilité et rester sur ses gardes. Il ne doit pas hésiter à rendre visite à ses ennemis. Il doit user modérément de la boisson, du jeu, des femmes, de la chasse et de la musique. Il doit soigneusement peser les circonstances, être d’une prudence extrême. Il doit honorer les ennemis de ses ennemis, surveiller ses ennemis. Il ne doit jamais faire entièrement confiance et attendre les occasions favorables. Il doit s’attacher ses sujets par des paroles agréables, des honneurs et des dons. Il doit être ferme quand il le faut, et doux quand il le faut. Shatruntapa suit ces instructions et sa prospérité est grande.

12.139. Yudhishthira demande ce que doit faire un brâhmane lorsque le droit n’est plus honoré, avec toutes les conséquences que cela entraîne, et comment doit se comporter le roi. Bhîshma répond que du roi dépend que cela ne se produise pas. Il rapporte l’Entretien entre Vishvâmitra et un hors-caste. A la fin de l’âge treta, règne un terrible sécheresse, Indra a cessé de pleuvoir, et la détresse envahit la terre. Les hommes, poussés par la famine, abandonnent toute retenue. Vishvâmitra, affamé, arrive un jour dans un village de hors-caste. Le village est dans un état de déjection épouvantable. Vishvâmitra mendie sa nourriture, mais n’obtient rien. Il voit dans une hutte un morceau de viande, une cuisse de chien, et décide de la voler : le vol est admissible en période de détresse. Il attend la nuit et entre dans la hutte : mais le hors-caste ne dort pas et menace de le tuer. Vishvâmitra, honteux, dit qui il est. Le hors-caste lui rend hommage et lui demande ce qu’il veut : Vishvâmitra avoue qu’il est mort de faim et qu’il avait l’intention de voler la cuisse de chien : la faim le pousse, rien ne compte plus, ni le vol, ni que la nourriture soit impure. Le hors-caste le sermonne : il n’y a rien de plus impur que la viande de chien, la cuisse de plus est la partie la plus impure du corps, le vol d’un hors caste est en outre un péché honteux. Que Vishvâmitra ne se laisse pas aller à un acte aussi éloigné de son devoir. Les brâhmanes sont comme le feu, ils purifient ce qu’ils absorbent, répond Vishvâmitra. Il faut faire tout le nécessaire pour rester en vie : la vie est meilleure que la mort. Ce n’est qu’en restant en vie qu’il pourra continuer ses austérités. Le hors-caste essaye par tous les moyens de le dissuader, mais Vishvâmitra reste imperméable à tous les arguments du hors-caste : il n’a pas d’autres moyens de survie. Il finit par prendre cette cuisse de chien, et, avant de la faire cuire, offre un sacrifice et Indra se remet à pleuvoir. Puis il mange la cuisse de chien, et expie ensuite son péché par ses austérités. Ainsi, conclut Bhîshma, quand on est tombé dans la détresse, tous les moyens sont bons pour préserver sa vie.

12.140. Yudhishthira s’indigne : est la morale dans tout cela ? Il ne s’agit pas ici de morale, répond Bhîshma, mais de sagesse et d’expérience. La morale ne doit pas être un tout en soi, il faut l’adapter par une sagesse dérivée de diverses sources. Il faut se préparer à affronter les circonstances défavorables avant qu’elles ne se produisent. Et même si, dans ces circonstances, le roi agit d’une façon qui ne paraît pas conforme à la morale, c’est ainsi qu’il doit agir. Il ne s’agit pas de dire que les veda se trompent : c’est ce que font les gens mauvais pour justifier leur conduite. Le roi doit se reposer sur son intelligence et sa sagesse, nourries par les veda. Le roi ne doit être ni sévère, ni faible. Y a-t-il une règle, demande Yudhishthira, qu’on ne doit violer en aucune circonstance ? Il faut toujours honorer les brâhmanes, répond Bhîshma.

12.141. Quels mérites a-t-on à accueillir ceux qui demandent asile, demande Yudhishthira. Bhîshma raconte l’Histoire de l’oiseleur et du pigeon. Un cruel oiseleur est surpris par une tempête, l’eau monte, il est dans une grande détresse, ce qui ne l’empêche pas de capturer une pigeonne transie de froid. La tempête cesse cependant, mais la nuit tombe et l’oiseleur se réfugie sous un arbre : il demande asile à l’arbre, aménage une couche et s’endort.

12.142. Dans les branches de l’arbre, habite un pigeon. Sa femme est partie le matin, mais n’est pas revenue, et il est très inquiet : la tempête a été si violente !. Il fait l’éloge de sa femme et se lamente. Mais la pigeonne, capturée par l’oiseleur, l’entend. Elle supplie son mari de respecter les règles de l’hospitalité et de venir en aide à l’oiseleur qui a demandé asile : il a faim et froid. Le pigeon s’émerveille de la vertu de sa femme, et se met au service de l’oiseleur. Celui-ci demande un feu pour se réchauffer, puis de quoi manger. Le pigeon, n’ayant rien d’autre à lui offrir, s’immole dans le feu pour lui servir de repas.

12.143. L’oiseleur est plein de remords : il décide de changer de vie et de se livrer à l’ascèse. Il libère la pigeonne.

12.144. La pigeonne se désespère de la mort de son mari et se lamente. Elle s’immole dans le feu. Un char divin vient les chercher, elle et son mari, et les conduit au ciel.

12.145. L’oiseleur les voit passer dans leur char divin. Il les envie et décide d’obtenir le même sort. Il se livre à des austérités extrêmes. Il périt dans un incendie de forêt : tous ses péchés sont lavés, et il monte au ciel. Ainsi, conclut Bhîshma, accueillir ceux qui demandent asile est vraiment un acte méritoire.

12.146. Yudhishthira demande comment on peut se laver de ses péchés. Bhîshma rapporte l’Entretien entre Indrota et Janamejaya. Le roi Janamejaya a tué un brâhmane. Accablé par ce péché, il se retire dans la forêt et entreprend des austérités sévères. Il rencontre Indrota, le fils de Shunaka, et se jette à ses pieds. Indrota le rejette : tu es un grand pécheur, ne me touche pas !. Il lui prédit l’enfer.

12.147. Janamejaya reconnaît ses torts, mais il voudrait se libérer de son péché : que doit-il faire ? Indrota lui conseille de pacifier son coeur, et d’agir de telle sorte que les brâhmanes lui pardonnent. Il lui demande de jurer qu’il ne fera jamais de tort à un brâhmane.

12.148. Les cinq moyens de se purifier, explique Indrota, sont le sacrifice, les dons, la compassion, les veda et la vérité. Également les pèlerinages aux lieux sacrés. Indrota indique un certain nombre de lieux de pèlerinage. Mais, surtout, qu’il continue à régner et fasse voeu de ne jamais faire de tort aux brâhmanes. Indrota indique divers moyens de se libérer de ses péchés. Une vie juste lave du péché. Puis Indrota assiste Janamejaya lors de son sacrifice du cheval, et le roi Janamejaya, purifié de son péché, règne heureusement.

12.149. Est-il déjà arrivé qu’un mort revienne à la vie, demande Yudhishthira. Bhîshma rapporte l’Histoire du chacal, du vautour et de l’enfant mort. Le fils d’un brâhmane était mort d’une maladie infantile. La famille du brâhmane escorte le corps de l’enfant au bûcher funéraire, mais, écrasée de chagrin, ne se décide pas à l’y déposer. Un vautour les exhorte à partir : personne n’est jamais ressuscité, à quoi bon se lamenter ainsi. La mort est le sort commun. Les parents de l’enfant le déposent à terre et se préparent à partir. Un chacal alors leur adresse la parole : n’ont-ils aucune affection pour cet enfant, qu’ils abandonnent ainsi ? Il pourrait revenir à la vie. Même les animaux montrent plus d’amour pour leurs petits. Ne l’écoutez pas, reprend le vautour, pleurez plutôt sur vous-mêmes. Le sort de cet enfant est le résultat de ses actions antérieures. Qu’y peuvent ses parents ? La mort est inévitable, c’est le sort commun, partez. Non, répond le chacal, restez, l’effort humain doit seconder le destin. Il ne faut jamais perdre espoir. J’ai plus de mille ans, répond le vautour, et je n’ai jamais vu un mort retrouver la vie. Rentrez chez vous, ce cadavre est rigide comme un morceau de bois. Votre affection pour cet enfant n’y peut rien. Ne vous laissez pas convaincre, poursuit le chacal : on connaît des exemples d’enfants morts qui ont retrouvé la vie. Il faudrait pour cela qu’un dieu le fasse revivre, rétorque le vautour. Pas du tout, poursuit le chacal, je sens que cet enfant est vivant, restez. Partez, dit le vautour, et endroit est horrible la nuit. Restez, dit le chacal, vous n’avez rien à craindre tant que le soleil luit. Le soleil est couché, dit le vautour. Il n’en est rien, répond le chacal. Tandis que les parents hésitent, ne sachant que résoudre, arrive Shiva, qui ressuscite l’enfant. Ainsi, conclut Bhîshma, ils ont obtenu ce qu’ils voulaient grâce à leur espoir, leur tenacité et la grâce du dieu.

12.150. Si, par folie, on provoque un ennemi puissant quand on est faible, et que celui-ci marche contre vous, que doit-on faire, demande Yudhishthira. Bhîshma rapporte l’Histoire de l’arbre et du vent. Il y avait, dans une forêt, un arbre centenaire, gigantesque. Nârada le félicite de sa beauté : sûrement il est l’ami du vent, il est protégé par lui, car rien ne lui résiste. Pas du tout, répond l’arbre, le vent n’est pas mon ami, le vent ne m’est rien. Du reste, je ne le crains pas, je suis huit fois plus fort que lui. Tout le monde, les dieux eux-mêmes, doivent craindre le vent, c’est le plus fort des dieux, répond Nârada. Tu es stupide, tous les arbres le craignent et courbent la tête devant lui !. Je lui rapporterai tes propos méprisants.

12.151. Nârada rapporte au vent les propos de l’arbre. Celui-ci va trouver l’arbre et lui explique que c’est parce que Brahmâ a une fois dormi sous ses branches, qu’il l’a jusqu’ici épargné. Mais il va lui apprendre à le mépriser !. L’arbre rit : Je n’ai pas peur de toi, je suis plus fort que toi. Demain, répond le vent, je te montrerai ma force. Durant la nuit, l’arbre réfléchit : il reconnait qu’il s’est vanté un peu légèrement. Mais il trouve la solution : il se débarasse de toutes ses branches, de toutes ses feuilles et de toutes ses fleurs : ainsi, il ne donnera pas prise au vent. Quand le vent arrive, le lendemain, il éclate de rire : c’est exactement ce que je voulais te faire !. L’arbre a honte et se repent de sa folie. De même, conclut Bhîshma, un fou qui provoque la colère d’un ennemi puissant doit se repentir : les onze armées de Duyodhana ont été défaites par la seule valeur d’Arjuna.

12.152. Quelle est l’origine du péché, demande Yudhishthira. C’est de la cupidité que naît le péché, répond Bhîshma. Les conséquences de la cupidité. Les qualités des vertueux.

12.153. Yudhishthira demande ce qu’est l’ignorance. Ignorance et cupidité, répond Bhîshma, ont la même nature et produisent les mêmes effets. L’ignorance se nourrit de la cupidité.

12.154. Quel est le devoir le plus important, demande Yudhishthira. Le plus important des devoirs, répond Bhîshma, c’est le contrôle de soi-même. Les effets du contrôle de soi-même. Ce qu’est le contrôle de soi-même.

12.155. L’austérité, ses effets, ses diffférentes formes.

12.156. Yudhishthira demande ce qu’est la vérité. La vérité est un devoir éternel, répond Bhîshma. Les treize formes de la vérité. La vérité pèse plus lourd que cent sacrifices du cheval.

12.157. D’ viennent les treize vices, demande Yudhishthira. Bhîshma montre leur origine et comment les surmonter.

12.158. Yudhishthira demande ce qu’est la malveillance et ses effets. Bhîshma décrit comment agit un homme malveillant.

12.159. Bhîshma montre comment se comporter envers les brâhmanes. Les sacrifices "alternatifs". Nécessité des honoraires aux brâhmanes : sans eux, le sacrifice produit des effets contraires. Règles de conduite des brâhmanes. Les cinq cas l’on peut mentir. Les différents péchés, la peine encourue et comment s’en racheter.

12.160. Nakula demande quelle est la meilleure arme pour le combat : l’arc ou l’épée ? Bhîshma fait le récit de La création du monde, puis de la rébellion des asura. Brahmâ ordonne un grand sacrifice. Du feu du sacrifice naît un être terrifiant qui prend la forme d’une épée splendide. Brahmâ la donne à Shiva qui défie les asura et les défait. Transmission de cette épée à travers les siècles, de Shiva à Vishnu, puis à Manu et à ses descendants, à Shibi et à ses descendants, à Bharadvâja, Drona, Kripa et finalement aux Pândava. Les huit noms de l’épée. L’arc fut créé par Prithu.

12.161 Bhîshma se tait, et Yudhishthira rentre en ville avec les autres. Il les interroge : Entre devoir, argent et plaisir, quel est le plus important ? Le devoir, répond Vidura, l’argent, répond Arjuna, les deux, répondent les jumeaux. Le plaisir, affirme Bhîma. La délivrance, résume Yudhishthira, est encore supérieure. Les autres approuvent.

12.162 Yudhishthira revient auprès de Bhîshma et l’interroge à nouveau : Comment choisir un ami ? Bhîshma décrit les défauts de ceux qu’il faut éviter, puis les qualités de ceux qu’il faut rechercher. Yudhishthira demande à Bhîshma de lui parler de l’ingratitude. Bhîshma raconte l’Histoire du brâhmane Gautama. Un brâhmane, Gautama, arrive à un village de chasseurs et demande l’aumône à un d’entre eux. Celui-ci lui donne une maison, une femme et le nécessaire pour vivre. Gautama, vivant avec les chasseurs, apprend à se servir d’un arc, et part à la chasse avec les autres. Il devient semblable à eux. Un brâhmane, ancien ami de Gautama, arrive un jour à ce village. Comme il est de moeurs pures, il cherche un brâhmane qui lui donne à manger et tombe sur Gautama qui revient de la chasse, portant sur ses épaules des animaux morts, et souillé de sang. Il lui reproche sa conduite. Gautama se repent, et décide d’abandonner le village des chasseurs pour revenir à une vie pure.

12.163. Le lendemain, Gautama part vers la mer et rencontre une caravane de marchands. La caravane est attaquée par des éléphants sauvages, et détruite. Gautama fuit vers le nord et se trouve seul. Il arrive dans une forêt magnifique, trouve une endroit particulièrement idéal au pied d’un banian et s’y endort. Arrive l’habitant des lieux, l’oiseau céleste Râjadharman, fils de Kashyapa et d’une fille de Daksha, qui salue le brâhmane et lui offre l’hospitalité.

12.164. Râjadharman entoure Gautama d’attentions, le nourrit de poissons, lui prépare une couche et l’évente de ses ailes. Gautama lui explique qu’il est très pauvre, et désire gagner le bord de la mer pour s’y enrichir. Râjadharman lui promet son aide et, le lendemain, lui indique la route à suivre : qu’il aille, de sa part, trouver Virupâksha, un roi râkshasa très riche. Gautama arrive à la ville de Virupâksha, et est reçu par lui.

12.165. Virupâksha interroge Gautama et apprend la vie peu recommandable qu’il a menée. Mais c’est un brâhmane, et il est envoyé par Râjadharman. Il le reçoit donc avec honneur, le fait participer à une réception cent brâhmanes éminents ont été invités et le couvre de cadeaux. Gautama, portant difficilement l’or qu’il a récolté, retourne au banian Râjadharman lui offre de nouveau une hospitalité parfaite. Gautama, cependant, se demande il trouvera la nourriture nécessaire à son voyage.

12.166. Râjadharman dort à côté de lui : il le tue et le fait rôtir pour avoir des provisions de bouche, puis il reprend la route. Virupâksha s’inquiète de ne plus recevoir, comme chaque matin, la visite de Râjadharman et soupçonne Gautama. Il envoie son fils, qui trouve les restes de l’oiseau céleste sous le banian, poursuit Gautama, le capture et le ramène. Les râkshasa se lamentent de la mort de Râjadharman. Virupâksha demande à ses sujets de dévorer Gautama, mais ils refusent : sa chair est trop impure. Gautama est haché en morceaux, et sa viande est offerte aux chasseurs : mais ceux-ci, à leur tour, refusent de la manger. Même les cannibales ne mangent pas la chair d’une personne ingrate, ni les vers qui se nourrissent de cadavres !

12.167. Virupâksha accomplit les rites funéraires pour Râjadharman. La vache céleste Surabhi apparaît au dessus du bûcher funéraire, l’inonde de son lait et Râjadharman est ressuscité. Indra arrive sur les lieux et raconte la malédiction qui frappait Râjadharman : Brahmâ, pour le punir de ne s’être pas présenté à lui alors qu’il l’attendait, l’avait condamné à ne pas mourir. C’est pourquoi il a été ressuscité. Râjadharman demande à Indra de ressusciter son ami Gautama, ce qui est fait. Gautama retourne dans le village des chasseurs, a de nombreux fils, aussi vils que lui, et est maudit par les dieux qui le condamnent à un enfer terrible. Voilà la punition réservée aux ingrats.


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Le Mahâbhârata









  • Livre VIII : 73


  • Livre X : 7879


  • Livre XII : 8485868788

  • Livre XIII : 8990

  • Livre XIV : 9192


  • Livre XVI : 96

  • Livre XVII : 97

  • Livre XVIII : 98

 

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