Le Livre de l'apaisement (paragraphe 88)

De Elkodico.

Le Mahâbhârata

I Le Livre des commencements • II Le Livre de l'assemblée • III Le Livre de la forêt • IV Le Livre de Virata • V Le Livre des préparatifs • VI Le Livre de Bhîsma • VII Le Livre de Drona • VIII Le Livre de Karna • IX Le Livre de Shalya • X Le Livre de l'attaque nocturne • XI Le Livre des femmes • XII Le Livre de l'apaisement • XIII Le Livre de l'enseignement • XIV Le Livre du sacrifice royal • XV Le Livre du séjour en forêt • XVI Le Livre des pilons • XVII Le Livre du grand départ • XVIII Le Livre de la montée au ciel

 
Le Livre de l'apaisement

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La délivrance

12.168. Yudhishthira demande comment surmonter sa peine, quand on perd sa femme ou son fils. Bhîshma rapporte l’Entretien entre le roi Senajit et un brâhmane. Senajit se désespère de la mort de son fils. Le brâhmane lui dit qu’il devrait plutôt se lamenter sur lui-même : bientôt il mourra, et ceux qui le pleureront mourront à leur tour. Senajit lui demande comment il peut être ainsi détaché. Je ne me considère pas comme m’appartenant moi-même, lui répond le brâhmane, et je considère que le monde entier m’appartient. Tout ce que je vois m’appartient comme il appartient aux autres. Ainsi je n’éprouve ni joie ni peine. Les unions des hommes en ce monde sont transitoires. Ton fils est venu, il est parti, tu ne le connaissais pas, il ne te connaissait pas. La joie vient après la peine, la peine après la joie. C’est le corps qui les abrite, ils viennent des actes antérieurs. L’attachement entraîne la destruction. Le détachement entraîne le bonheur. La peine ne peut atteindre celui qui pratique le détachement. Son âme est sereine. Le brâhmane cite les paroles de Pingalâ : «J’ai acquis la maîtrise complète de mes sens, libérée des désirs et des espoirs, je dors tranquille».

12.169. Yudhishthira demande comment orienter sa recherche. Bhîshma rapporte l’Entretien de Medhavin avec son père. Que faut-il faire, demande Medhavin, devant la brièveté de la vie ?. Étudier le veda, avoir des enfants, offrir des sacrifices, puis se retirer dans la forêt et se livrer à la contemplation, répond le père. Comment faire cela, alors que le monde est assailli d’événements aux conséquences fatales, rétorque Medhavin. La mort, la vieillesse, les maladies, les peines qui résultent de l’attachement, assaillent le monde. Seule la vérité peut résister à la mort. Il faut donc que je mène une vie de renoncement et de vérité et atteigne à la délivrance. A quoi bon la richesse, les parents, une femme, un fils, quand on doit mourir ?. Il faut chercher son moi caché.

12.170. Yudhishthira demande comment on se procure le bonheur. Bhîshma rapporte Le discours de Sampaka. Le renoncement procure un bonheur réel. Les effets de la pauvreté et les effets du pouvoir. Le renoncement est la meilleure des choses.

12.171. Yudhishthira demande comment obtenir le bonheur quand on a besoin de richesse pour accomplir des bonnes actions. L’équinanimité, le refus de l’effort, la vérité du discours, le renoncement et le détachement devant l’action, voilà, répond Bhîshma, les cinq moyens de la délivrance, et il rapporte Les paroles de Manki. Manki essaye en vain de s’enrichir. Avec le reste de son argent, il achète une paire de boeufs, mais ceux-ci sont emportés par un chameau. L’effort est inutile si le destin n’est pas favorable, dit alors Manki. Il vaut mieux renoncer à tout attachement. Si l’on ne désire plus la richesse, on peut dormir tranquille. Celui qui renonce à tous les désirs est supérieur à celui qui voit tous ses désirs accomplis : en effet il n’y a pas de fin aux désirs. O mon âme, libère-toi du désir. Désir, je te chasse !. J’adopte le chemin de la bonté : détachement, libération des désirs, sérénité, vérité, discipline, pardon et compassion. Ainsi Manki atteignit l’immortalité. Bhîshma cite les paroles de Janaka : Ma richesse est illimitée, je ne possède rien ! « et l’Entretien entre le roi Yayâti et Vodhya. Yayâti demande à Vodhya quel est le moyen d’obtenir la sérénité. Vodhya répond qu’il suit les enseignements du sage Pingala qui avait réduit l’espoir à l’absence d’espoir, de l’orfraie, qui s’abstenait de nourriture de peur que les autres ne la lui arrachent, du serpent qui ne bâtit pas de maison mais habite celle des autres, de l’abeille sauvage qui mendie et ne craint personne, de l’artisan, tellement occupé à ce qu’il fait qu’il ne remarque même pas le roi qui passe devant lui et de l’anneau de cheville qui se porte seul.

12.172. Yudhishthira demande comment agir pour obtenir les meilleurs résultats dans ce monde et dans l’autre. Bhîshma rapporte l’Entretien entre l’asura Prahlâda et le sage Âjagara. Le roi complimente le sage sur son détachement et lui demande comment il en est arrivé à ce stade. L’origine, la croissance, le déclin et la mort de toute chose, répond Âjagara, n’ont pas de causes, les actes des créatures dépendent de leur nature, les unions sont éphémères, la mort est inévitable, la destruction certaine : Il faut prendre les choses comme elles viennent, bonnes et mauvaises, et il en a fait sa règle de conduite. Avantages de cette manière de vivre et inconvénients de la manière contraire.

12.173. Yudhishthira demande sur quoi on doit s’appuyer : parents, action, richesse ou sagesse ?. La sagesse, répond Bhîshma, et il cite l’Entretien entre Indra et un descendant de Kashyapa. Un riche vaisha renverse de son char, sans le vouloir, un descendant de Kashyapa. Celui-ci se met en colère et pense mettre fin à ses jours. Indra lui apparaît sous la forme d’un chacal et le sermonne. Comment peut-il se désespérer, alors qu’il est homme, brâhmane, instruit : il y a de quoi se réjouir !. Qu’il pense aux créatures dépourvues de langage et de mains !. Moi, le chacal, je ne songe pas à mettre fin à ses jours : c’est un péché qui me vaudrait une renaissance pire encore. Il est vrai que l’homme est soumis au désir qu’il ne peut jamais satisfaire : mais il éprouve aussi la joie. Parmi les hommes, certains sont bien plus misérables que lui, et ils ne songent pas à mettre fin à leurs jours. Qu’il mène donc une vie pieuse, sans se comparer aux autres !. Si je suis sous la forme d’un chacal, c’est à cause de ma vie antérieure. Mais si je peux retrouver, après ma vie de chacal, une naissance humaine, je serai comblé, et je saurai les fautes à éviter. Indra se fait alors reconnaître, et le descendant de Kashyapa l’adore.

12.174. Yudhishthira demande si les dons, les sacrifices, les austérités et le service du maître donnent la sagesse et une vie future heureuse. Agir ainsi, répond Bhîshma, procure des naissances heureuses. Les actes commis durant une existence antérieure portent leur fruits dans la nouvelle vie qu’on obtient. Il faut donc se comporter en vue de son bonheur futur : c’est la sagesse et la promesse d’une vie future heureuse.

12.175. Comment l’univers a-t-il été créé et comment sera-t-il détruit, demande Yudhishthira. Bhîshma rapporte l’Entretien entre Bhrigu et Bharadvâja. Comment l’univers a-t-il été créé et comment sera-t-il détruit, demande Bharadvâja. Il y a un Être Primordial (mânasa), répond Bhrigu, sans fin ni commencement, appelé l’Esprit. Il crée d’abord un Être Divin, le Principe Spirituel (mahant) qui crée l’Espace. De l’Espace nait l’Eau, de l’Eau le Feu et le Vent. Du Feu et du Vent, la Terre. Ensuite l’Être Primordial crée un lotus, d’ naît Brahmâ. Tout ce qui est créé forme le corps de Brahmâ, et Brahmâ est le Créateur de tout ce qui est créé. L’univers est infini. Le lotus, c’est la terre, sa tige c’est le Mont Meru, et Brahmâ y réside.

12.176. Comment Brahmâ a-t-il créé le monde, demande Bharadvâja. Par la force de sa volonté, répond Bhrigu. Au début, il n’y avait que l’Espace immobile. Puis l’eau naquit, et de la pression de l’eau, le vent. La friction du vent sur l’eau fit naître le feu qui dissipa l’obscurité. Le feu, combiné avec le vent, se solidifia et créa la terre.

12.177. Pourquoi Brahmâ a-t-il commencé par les cinq éléments, demande Bharadvâja. Parce que toutes les créatures sont faites de ces cinq éléments. Comment se fait-il alors qu’on ne voie pas les cinq éléments dans les créatures ? Les arbres n’ont pas de perception, on ne voit en eux ni l’espace, ni la chaleur, ni le vent, ni l’eau, ni la terre. Bhrigu montre comment les arbres possèdent les cinq éléments et sont vivants. Il en va de même pour les animaux. Les neuf odeurs, les six goûts, les seize formes, les dix touchers, les sept sons.

12.178. Comment agissent la chaleur et le vent dans le corps humain, demande Bharadvâja. Bhrigu expose le fonctionnement des cinq souffles, et la circulation de la chaleur dans le corps.

12.179. Que devient la vie quand les cinq éléments qui composent le corps se dispersent à la mort, demande Bharadvâja. Qui renaît ?

12.180. Il n’y a pas destruction de la créature vivante après la mort, répond Bhrigu. Seul le corps est détruit. En quittant le corps, la créature continue à vivre dans l’espace et ne peut être vue à cause de son extrême ténuité. Quelle est donc la nature de cette vie, demande Bharadvâja. C’est l’âme individuelle qui soutient le corps, répond Bhrigu. Cette âme individuelle est l’âme suprême, qui réside dans le corps comme une goutte d’eau sur un lotus. Cette âme ne meurt pas à la mort du corps, mais se réincarne dans un autre corps.

12.181. Bharadvâja demande comment la division en castes est possible. Brahmâ a créé tous les hommes brâhmanes, répond Bhrigu. Mais certains, en conséquence de leurs actes, se sont laissé dominer par rajas, et sont devenus kshatriya. D’autres, dominés à la fois par sattva et rajas, sont devenus vaishya. D’autres enfin, dominés par tamas, sont devenus shûdra.

12.182. Par quels actes devient-on brâhmane, kshatriya, vaishya ou shûdra, demande Bharadvâja. Bhrigu décrit le comportement caractéristique des quatre castes. La conduite à tenir pour s’absorber en brahman.

12.183. Le mensonge est une forme de tamas, continue Bhrigu, il conduit à l’enfer. Le bonheur est désirable, c’est un attribut de l’âme, il a la vertu pour racine. Et pourtant, rétorque Bharadvaja, les rishi ne semblent pas chercher le bonheur : ils semblent engagés dans une voie qui promet une meilleure récompense. Bhrigu précise : du mensonge naît tamas. ceux qui sont dominés par tamas ne sont jamais heureux et sont affligés de nombreux maux. Ce n’est pas le cas au ciel, règne le bonheur.

12.184. Bharadvaja interroge Bhrigu sur le don, sur le devoir. Il l’interroge ensuite sur les quatre périodes de la vie. Bhrigu explique ce qu’est la période des études brâhmaniques, puis la période de la vie domestique avec les devoirs propres à chacune d’entre elles.

12.185. Il parle ensuite de la période de la vie érémitique, puis de celle du détachement qui mène à brahman. Bhrigu ensuite décrit le monde de l’au delà, la «région du nord», seuls vont les justes. Bharadvaja se déclare satisfait de cet enseignement.

12.186. Yudhishthira demande à Bhîshma comment il faut se conduire. Bhîshma décrit la conduite que doit suivre l’homme sage.

12.187. Yudhishthira demande ce qu’est la connaissance de l’âme. Bhîshma montre comment la création est constituée des cinq éléments, et comment ils donnent les cinq sens dans le corps humain. L’esprit est le sixième sens, il introduit le doute, l’intelligence le septième, elle introduit la décision. L’âme est le témoin. L’intelligence s’appuie sur les sens et sur les trois tendances. Effet des trois tendances sur l’homme. Liens entre l’intelligence et l’âme. Quand l’âme, grâce à l’intelligence, restreint ce qui vient des sens, elle devient manifeste. Ainsi ceux qui savent que leur âme est indépendante du monde et qu’elle est l’Unique, sont libérés.

12.188. Bhîshma expose la technique de la méditation. Vivant à l’écart, immobile comme un morceau de bois, repoussant les perceptions, abandonnant tout, sans désirs, il faut se laisser ravir par la méditation. Il faut fixer son esprit sur le chemin de la méditation. L’esprit a tendance à errer, mais il faut le fixer dans la méditation, et contrôler tous ses sens. C’est ainsi que l’on atteint le nirvana.

12.189. Yudhishthira demande quels sont les mérites de la récitation silencieuse. Bhîshma explique qu’il faut d’abord maîtriser ses sens, renoncer, méditer. La récitation silencieuse de la gâyatrî amènera alors automatiquement à la contemplation de brahman, et elle cessera d’être nécessaire. Quand on est absorbé dans la contemplation, la méditation elle-même n’a plus d’objet : on est délivré.

12.190. Y a-t-il d’autres fins possibles pour ceux qui pratiquent la récitation silencieuse, demande Yudhishthira. Oui, répond Bhîshma, ils vont dans les différents enfers, s’ils ne suivent pas les règles de discipline, s’ils n’ont pas la foi, s’ils sont orgueilleux, s’ils cherchent des avantages personnels, s’ils n’ont pas de ferme conviction.

12.191. Quels sont ces enfers, demande Yudhishthira. Tout est enfer, répond Bhîshma, même les paradis des dieux, comparé au monde de brahman. , il n’y a plus de changement, rien de désagréable ni d’agréable, on est au delà de l’atteinte des trois tendances, libéré des sens. Il n’y a plus de distinction entre celui qui sait, ce qui est su et l’acte de savoir, le temps ne commande plus. Il n’y a plus ni joie ni peine. On dit que c’est la région suprême.

12.192. Bhîshma raconte l’Entretien d’un brâhmane avec Ikshvâku, Yama, le Temps et la Mort. Un brâhmane, fils de Pippala, fort savant, pratiquait de terribles austérités depuis mille années au pied de l’Himavant pour atteindre brahman, et récitait sans cesse la gâyatrî. La déesse Sâvitrî lui apparaît et le félicite. Qu’il continue à réciter la gâyatrî sans faiblir, et il obtiendra le monde de brahman. Après mille années encore, Dharma lui apparaît et lui offre les paradis divins. Le brâhmane ne veut pas d’un paradis, s’il doit abandonner son corps. Il désire seulement continuer à réciter la gâyatrî. Yama, le Temps et la Mort lui rendent alors visite. Le brâhmane les accueille. Ikshvâku arrive aussi, et lui offre des richesses. Le brâhmane refuse et lui propose à son tour un don. Le roi demande au brâhmane de lui donner les mérites qu’il a acquis par la récitation, puis, lorsque le brâhmane les lui donne sans hésitation, les refuse. Mais le brâhmane a donné, il ne peut reprendre. Que le roi soit également fidèle à sa parole : il a demandé, qu’il accepte. La fidélité à la parole, la vérité, est la plus haute réalité, elle supporte le monde. Mais le roi insiste : il est un kshatriya, il ne peut accepter un présent. Ou alors, que le brâhmane accepte en retour la moitié de ses mérites. Le brâhmane n’a rien demandé et ne veut rien accepter. A ce moment arrivent deux individus qui se disputent, Virûpa et Vikrita. Vikrita avait donné une vache à un brâhmane, puis donné le mérite ainsi acquis à Virûpa. Ce dernier avait à son tour donné deux vaches à un brâhmane, et insistait pour rendre à Vikrita les mérites que celui-ci lui avait donné. Ils s’en remettent au jugement d’Ikshvâku. Vikrita plaide : il n’y a pas de dette à éteindre, ce qui est donné est donné, Virûpa ne lui doit rien. Pour Virûpa, il y a injustice à refuser ce qui est offert. Ikshvaku donne raison à Virûpa. Le brâhmane montre à Ikshvâku que, selon le même principe, il doit aussi accepter les mérites qu’il lui a offerts. Mais Ikshvâku répond qu’il a aussi demandé au brâhmane d’accepter la moitié de ses propres mérites, et que cette offre aussi doit être acceptée. A ce moment, interviennent le Temps, Yama, la Mort : Virûpa et Vikrita n’étaient qu’une fiction pour tester Ikshvâku. Il a montré qu’il savait rester fidèle à son devoir de kshatriya : donner et ne pas accepter. Le ciel lui est acquis. Ainsi, conclut Bhîshma, ceux qui pratiquent la récitation silencieuse obtiennent tous les paradis : mais si, en plus, ils pratiquent le détachement, ils sont libérés et atteignent brahman.

12.193. Yudhishthira demande ce que le brâhmane et Ikshvâku ont dit après la plaidoirie de Virûpa. Le brâhmane, répond Bhîshma, a dit à Ikshvâku : avec mes mérites, tu obtiendras le ciel : laisse-moi maintenant poursuivre mes récitations. Si tu n’as plus les mérites acquis par ta récitation, puisque tu me les as donnés, et si tu désire continuer, répond Ikshvâku, faisons-le ensemble, et partageons les mérites. Et le brâhmane accepte. Les deux alors pratiquent la récitation ensemble, concentrant leur esprit et rentrant en eux-mêmes, parfaitement immobiles et absorbés. Brahmâ les reçoit en disant : ceux qui pratiquent la récitation atteignent à la même fin que les yogin, à la différence que Brahmâ lui-même leur souhaite la bienvenue. Et le brâhmane et Ikshvâku entrent dans la bouche de Brahmâ. Voilà la récompense et la fin de ceux qui pratiquent la récitation.

12.194. Yudhishthira demande quels sont les fruits du Yoga de la connaissance. Bhîshma rapporte l’Entretien de Manu avec Brihaspati. Brihaspati demande à son maître Manu quels sont les fruits de la connaissance. Normalement, répond Manu on recherche le plaisir et on évite la peine. Mais la recherche de la connaissance vient d’un désir d’éviter à la fois le plaisir et la peine. Pour cela, il faut se libérer du désir et renoncer aux actes. Renoncer aux actes, c’est ne pas s’attacher à leurs fruits. Les actes possèdent les trois tendances (sattva, rajas, tamas) et conduisent à la réincarnation. Ils sont produits par le corps, et on en jouit par son corps. Le corps est l’infrastructure du plaisir comme de la peine. Les fruits des actes, bons ou mauvais, commis dans une existence antérieure, conditionnent l’existence actuelle. Mais, il y a une réalité supérieure, brahman, le non-manifesté, ni masculin, ni féminin, ni meurtre, ni existant, ni non-existant.

12.195. Manu décrit brahman. brahman est au dessus des sens : il faut donc, pour le connaître, maîtriser ses sens, rentrer en soi-même. L’âme est la cause de l’acte, de celui qui le fait, de ce dont il est fait, du lieu et du moment il est fait, des attentes qu’il entraîne. brahman est la cause suprême. Les fruits des actes ont leur siège dans le corps, la connaissance également. Dans le corps, les sens sont subordonnés à la connaissance. L’âme n’est pas sujette à la destruction : au cours des réincarnations, elle passe d’un corps à l’autre, teintée par les actes accomplis au cours des existences. En se réincarnant, le corps retrouve les conséquences, bonnes et mauvaises, des actes commis au cours de la vie antérieure. L’âme n’est pas perceptible, mais elle peut être objet de compréhension.

12.196. L’âme habite dans le corps, elle est distincte des sens, ils ne peuvent l’appréhender. Mais on peut la comprendre à la lumière de la connaissance. On ne peut voir l’âme quand elle quitte un corps pour entrer dans un autre, mais elle est accompagnée des fruits des actes antérieurs.

12.197. Pour voir l’âme par la connaissance, continue Manu, il faut d’abord que les péchés soient détruits. Il faut, ensuite, maîtriser ses sens, et pour cela détacher son esprit des objets perceptibles. Et, naturellement, il faut être entièrement libre de désir. Alors l’esprit atteint à la compréhension, et l’on atteint brahman. Les objets perceptibles peuvent être rappelés dans l’esprit, l’esprit dans la compréhension, la compréhension dans l’âme, l’âme dans l’Absolu (brahman).

12.198. Le remède à la peine est de ne pas s’en préoccuper, continue Manu. Mais, en fait, il faut éviter à la fois la peine et le bonheur. Les possessions terrestres sont acquises et conservées avec peine : leur perte n’est donc pas un malheur. L’esprit est un attribut de la connaissance. Quand il s’unit aux facultés de connaissance, la compréhension se forme. Et la compréhension, quand elle est dirigée vers l’esprit, connaît brahman par la méditation ou le Yoga. La compréhension, rappelée dans l’esprit, quand elle aboutit à une contemplation libérée des objets des sens, méne à la connaissance de brahman. Dans le sommeil profond, les cinq sens continuent d’exister, mais sont libérés de leurs fonctions, de même brahman existe au dessus de la nature manifestée, sans attributs. Ainsi, c’est en s’abstenant des attributs qu’on atteint la délivrance.

12.199. De la connaissance naît le désir, poursuit Manu, du désir la résolution, de la résolution l’action, de l’action ses fruits. La destruction de la connaissance amène à la vision de brahman. Vishnu est supérieur au temps, il est le brahman suprême. Le renoncement aux actes conduit à la délivrance. brahman ne peut pas être connu par les Veda ni par l’étude, car il transcende tout ce que l’on peut comprendre. Il ne faut désirer rien d’autre que brahman, on ne le connaît que par inférence, par l’intelligence subtile. La compréhension purifie l’esprit, l’esprit contrôle les sens : ainsi on peut atteindre brahman.

12.200. Yudhishthira interroge Bhîshma sur Vishnu. Bhîshma donne le Récit de la création. Vishnu est appelé Purusha, il pénètre tout, s’étant fait multiple. Il créa les cinq éléments, puis se reposa, étendu sur l’eau. Il créa alors le sentiment du moi, la première de toutes les créatures. Après cela, un lotus sortit de son nombril. De ce lotus, sortit Brahmâ, puis l’asura Madhu, qui s’attaqua à Brahmâ. Vishnu le tua. Brahmâ créa les sept rishi : Marîci, Atri, Angiras, Pulatsya, Pulaha, Kratu, et, de son orteil, Daksha, le père de toutes les créatures. Marîci créa Kashyapa. Daksha eut d’abord 13 filles, dont Diti, que Kashyapa épousa. Kashyapa eut avec les différentes filles de Daksha toutes les créatures, les hommes, les gandharva, les oiseaux, les serpents, le bétail, les poissons, les arbres et les plantes, les Âditya d’Aditi, parmi lesquels Vishnu prit naissance sous la forme d’un nain, les asura de Diti et Danu. Daksha eut ensuite 10 filles qu’épousa Dharma et dont naquirent les Vasu, les Rudra, les Sâdhya et les Marut. Daksha eut ensuite 27 filles qu’il donna à Soma. Vishnu créa le jour et la nuit, les saisons, les nuages, la terre avec tout ce qu’elle comporte. De sa bouche, il créa cent brâhmanes, de ses bras cent kshatriya, de sa cuisse cent vaishya et de ses pieds cent shûdra. Puis Vishnu établit Brahmâ seigneur et maître des créatures et dispensateur du Veda, Yama maître des mânes, Kubera maître des richesses, Varuna maître des eaux, Indra maître des dieux. Au tout début, à l’âge d’or, on ne connaissait pas la mort, le sexe n’était pas nécessaire, on pouvait engendrer par la simple force de la volonté. A l’âge suivant, treta, les enfants étaient engendrés par un simple contact. Il fallut attendre l’âge treta pour que le rapprochement sexuel devienne nécessaire. A l’âge krita, les hommes doivent se marier et vivre en couple.

12.201. Yudhishthira veut en savoir plus sur les rishi. Bhîshma décrit en détail la descendance des sept rishi.

12.202. Yudhishthira interroge Bhîshma sur Vishnu. Bhîshma rapporte ce que lui en a dit Kashyapa. Les dieux étaient pressés par les asura. Ils se réfugient auprès de Brahmâ. Brahmâ envoie Vishnu, sous la forme d’un sanglier. Les asura l’attaquent, le saisissent, mais n’arrivent pas à le déplacer. Le sanglier pousse des cris terribles, l’univers tremble, les asura tombent pétrifiés, le sanglier les déchire de ses sabots. Les dieux demandent à Brahmâ quel est ce bruit. Brahmâ prononce l’éloge de Vishnu.

12.203. Yudhishthira interroge Bhîshma sur le Yoga. Bhîshma rapporte l’Entretien sur la délivrance d’un maître avec son disciple. Pour répondre aux questions de son disciple, le maître fait l’éloge de Krishna. Il est la roue du temps, sans début ni fin. Au début d’un yuga, il crée la matière primordiale dont naissent toutes les créatures. En même temps que les créatures, la connaissance des règles qui les gouvernent. Les rishi redécouvrent les Veda et leurs divisions, et les transmettent. Mais, ni les dieux, ni les rishi, ne peuvent appréhender brahman. Seul Vishnu le peut. Et c’est de lui que la science de la délivrance provient. De la matière primordiale non manifestée naît le sentiment du moi. Du sentiment du moi, les cinq éléments primordiaux. de ceux-ci, les cinq organes des sens, les cinq organes d’action et l’esprit, puis les cinq objets des sens (éléments subtils). L’existence vient donc du non manifesté, qui réside dans ce qui est l’âme de tous les êtres existants. Cette âme est le principe de connaissance. Le corps lui fournit le moyen d’acquérir la connaissance. De même que le feu réside dans un morceau de bois, mais ne peut être vu, de même l’âme réside dans le corps, mais ne peut être vue. C’est le Yoga qui la révèle. L’âme ne peut exister sans corps. A la mort, elle passe dans un autre corps avec tout le poids des actes antérieurs. C’est même le poids de ces actes qui conditionne la renaissance.

12.204. L’âme individuelle est éternelle et indestructible, continue le maître. Elle est sans attributs. Si elle perçoit les objets des sens, c’est par suite de ses actions passées. Et, ainsi, elle est engagée dans le cycle des réincarnations, elle est chargée du fruit de ses actes nouveaux. A la mort, l’âme individuelle, selon les fruits de ses actes passés, trouve un autre corps. Mais il faut bien voir que l’âme elle-même n’est pas modifiée par ces fruits, et, si tout ce qui contribue à sa misère est consumé par le feu de la connaissance, elle échappe à l’obligation de renaître.

12.205. Le maître montre la voie du non-agir. Il faut que ses propres actes créent un chemin vers la libération, et pour cela, il faut pratiquer un détachement total. La nourriture ne doit être considérée que comme un moyen de rester en vie, toutes les nourritures se valent pour cela. Il faut ensuite maîtriser ses sens. C’est le sentiment du moi qui induit à agir. Les trois tendances et leurs effets. Il faut examiner l’effet de ces trois tendances en soi-même. Le disciple demande quels effets sont à éviter. Ceux du tamas (actes accomplis par cupidité et colère) et du rajas (actes injustes, actes accomplis par désir, et avec des buts matériels) sont à éviter, seuls les effets du sattva (actes purs, teintés de bonté) sont à rechercher.

12.206. Quand on a détruit en soi les effets du tamas et du rajas, et que l’on a atteint la pureté du sattva, on arrive à la connaissance de l’Être Suprême (Vishnu). Sinon, on s’écarte de la connaissance, on cède au désir, on devient orgueilleux et égoïste, on commet toutes sortes d’actes d’ naissent des liens d’attachement qui sont source de malheur et de peine, et de l’obligation de renaître. Et l’âme doit se réincarner dans une matrice souillée par le sang et l’urine. Il faut donc éviter particulièrement les femmes, incarnation des sens : c’est à cause du désir que les hommes ont d’elles, que naissent les enfants. Il ne faut pas s’attacher à cette vermine qu’on appelle les enfants : ils naissent sous l’influence des actes de leur vie antérieure et ne sont pas nos enfants. L’âme obtient un nouveau corps en conséquence des actes antérieurs. Elle renaît misérable de devoir accepter un nouveau corps. Il faut donc tout faire pour maîtriser les sens.

12.207. Voici les règles à suivre pour atteindre brahman, poursuit le maître : il faut maîtriser le désir dès qu’il se manifeste. Il faut éviter les femmes. Comment fonctionne le désir charnel : les vaisseaux irriguant le corps. Le vaisseau manovahâ qui prend son origine dans le coeur (l’esprit) et collecte le liquide séminal créé par le désir et les aliments qui nourissent le corps. Qui restreint ses désirs et, au moment de la mort, dirige ses souffles vitaux vers le manovahâ, n’a plus à renaître.

12.208. L’homme avisé, poursuit le maître, voyant le monde sous l’emprise de la naissance et de la mort, de la maladie, de la peine, pratiquera un total détachement et ne commettra que des actes bons. Il sera en paix avec toutes les créatures et maîtrisera ses paroles, son corps, son esprit. Ainsi, il atteindra la délivrance. Par le Yoga, il comprendra comment l’âme est unie aux trois tendances et séparée d’elles : il atteindra alors brahman.

12.209. On peut, poursuit le maître, vouloir rester perpétuellement éveillé, pour éviter les fautes commises en rêvant. Lorsque les sens sont exténués de fatigue, les rêves se produisent, car l’esprit n’est jamais en repos. Or l’esprit ne perd rien de ce qui l’a marqué, les images des rêves viennent des impressions accumulées durant d’innombrables existences. Mais si l’esprit est pur, l’âme dans le corps devient brahman et prend ses attributs : connaissance pure, splendeur, permanence.

12.210. Le détachement de l’action conduit à brahman. Purusha et Prakriti sont tous deux sans commencement ni fin, inconnaissables, éternels et indestructibles. Mais Prakriti possède les trois tendances et est engagée dans la création, alors que Purusha transcende toutes les qualités : il appréhende les transformations de Prakriti. L’âme est investie par les trois tendances, mais elle ne leur est pas identique. L’univers est envahi par la puissance du Yoga qui y circule secrètement, le résultat du Yoga est la connaissance. Description des différentes manières de pratiquer le Yoga et de leurs effets.

12.211. Yudhishthira demande par quelle conduite Janaka a atteint la délivrance. Bhîshma raconte l’Histoire de Janaka. Un roi de Mithila, du nom de Janaka, était engagé dans la recherche de brahman. Une centaine de maîtres spirituels l’enseignaient, mais il n’en était pas très content. Arriva un grand ascète parfaitement accompli, Pañcashikha, un disciple d’Âsuri. Il se nourrissait du lait de Kapilâ, la femme d’Âsuri, et en était donc appelé le fils. Il défait les cent maîtres spirituels par ses arguments, et Janaka s’attache à lui. Pañcashikha l’enseigne sur la religion de délivrance exposée dans les traités Sâmkhya. Il explique les inconvénients de naître, ceux des actes religieux, ceux des différents stades de la vie. Il montre l’existence de l’âme, distincte du corps, et qui lui survit. Le corps matériel produit l’esprit et ses attributs : perception, mémoire, imagination. Le fait que le corps ne disparaisse pas immédiatement après la mort, prouve que c’est quelque chose de différent du corps qui a disparu. L’âme a donc une existence séparée du corps. Réfutation des doctrines boudhistes. Le corps n’a donc pas d’importance, et ceux qui, par le Yoga, transcendent la dépendance au corps obtiennent la libération.

12.212. Pañcashikha continue son enseignement. L’esprit est la cause des cinq sens : il existe dans trois états, le plaisir, la peine et l’absence de plaisir ou de peine. Sur les sens reposent les actes, le renoncement et la certitude de la vérité. L’association du corps et des sens n’est pas l’âme. Si l’on considère tout objet matériel comme étant fondamentalement différent de l’âme, on cesse de s’y attacher. Exposé de la science du renoncement et de sainteté. Les onze organes des sens. Chaque perception exige trois éléments : un organe de perception, sa fonction particulière et un esprit sur lequel cette fonction agit. Les états de conscience entraînés par les perceptions appartiennent aux trois tendances, sattva, rajas et tamas, suivant leurs effets. Les onze organes des sens existent de façon séparée de l’âme. La délivrance, c’est quand l’âme individuelle est reçue dans l’âme universelle, comme les rivières dans l’océan. En renonçant à tout ce qui nous attache, on est délivré, on devient incapable de différenciation, et l’on atteint la délivrance. Janaka suit les enseignements de Pañcashikha et atteint la délivrance.

12.213. Comment obtient-on le bonheur, demande Yudhishthira. La maîtrise de soi, répond Bhîshma, est la première condition. Les effets de la maîtrise de soi.

12.214. Le jeûne fait-il partie de l’ascèse, demande Yudhishthira. S’abstenir de nourriture, répond Bhîshma, n’est pas vraiment l’ascèse. L’ascèse, c’est la renonciation aux actes et l’humilité. Si l’on mange une seule fois par jour, à heure fixe, c’est comme si l’on jeûnait. En ne mangeant jamais de viande, en ne mangeant que les restes, après que les dieux et les hôtes sont nourris, on atteint des mondes de félicité dans l’autre vie.

12.215. Les actes s’attachent à l’homme, mais est-ce l’homme qui en est l’auteur ?. Bhîshma raconte l’Entretien entre Prahlada et Indra. Prahlada, le chef des asura, avait atteint un haut degré de renoncement et de sainteté, et ne se préoccupait pas des conditions matérielles dans lesquelles il vivait. Il explique à Indra que c’est parce qu’il ne se considère pas lui-même comme l’auteur de ses actions. Toute chose a son origine dans la nature.

12.216. Yudhishthira demande comment un roi, quand il a perdu sa prospérité, doit se comporter. Bhîshma rapporte l’Entretien entre Indra et Bali. Indra demande à Brahmâ il peut trouver l’asura Bali pour le combattre. Brahmâ lui indique le trouver, et lui recommande de ne pas le tuer, mais de l’interroger. Indra trouve Bali caché sous la forme d’un âne. sont les insignes de ta puissance, lui demande Indra en se moquant de lui. Tu ne vois plus les signes de ma puissance, lui répond Bali, je les ai enterrés dans une grotte. Quand mon temps reviendra, tu les verras de nouveau. Ne te moque pas de moi : les sages ne se plaignent pas dans le malheur ni ne se réjouissent dans le bonheur.

12.217. Indra continue à se moquer : ne regrettes-tu rien ?. Tout est transitoire, répond Bali, la mort attend toute créature : quand on sait cela, on ne peut rien regretter. Et cette sagesse conduit à la délivrance. Pour moi, je reste le même, indifférent, devant le succès ou l’échec. De toutes façons, le temps emporte tout. Alors, pourquoi éprouver de la joie, de l’orgueil ou de la colère ?. Comment éprouverais-je de la peine devant ma situation présente : le destin l’a ordonnée. Elle n’est pas le résultat de mes propres actes !. La prospérité survient, elle disparaît, c’est l’œuvre du temps. Et ta prospérité actuelle est l’œuvre du temps. Nous ne sommes pas les auteurs, c’est le temps qui nous agit. Le temps est brahman. Bien des Indra ont été détruits, et toi-même seras détruit, quand ton heure viendra. Ainsi, pourquoi te moquer ?

12.218. Shrî, la déesse de la prospérité sort du corps de Bali. Indra s’étonne et l’interroge. Pourquoi a-t-elle délaissé Bali ?. Je vis de vérité, de dons, de voeux, de pénitence, de prouesses et de vertu, répond-elle, et Bali s’en est écarté. Comment te garder pour toujours, demande Indra. Assigne-moi une demeure, demande Shrî. Indra lui fixe la terre pour un quart, les eaux pour un quart, le feu pour un quart, les hommes de bien pour un quart, et promet de punir tous ceux qui l’offenseront. Bali, alors, déclare qu’il vaincra tous les dieux et retrouvera sa puissance quand le soleil ne brillera plus que sur la région de brahman, le mont Meru. Indra le congédie : le soleil suivra toujours sa course !

12.219. Bhîshma rapporte l’Entretien entre Indra et Namuci. L’asura Namuci avait perdu sa prospérité, mais restait serein. Indra lui demande comment il se sent. Namuci répond qu’il n’éprouve aucune peine : il se laisse agir par le créateur et va il est poussé. Ce qui doit arriver arrive. Il accepte d’un coeur égal ce qui arrive et ne fait pas d’efforts pour obtenir un sort différent. Le sage ne s’afflige jamais, comme il ne se réjouit jamais.

12.220. Que doit faire celui qui est tombé dans la détresse, abandonné par ses amis, demande Yudhishthira. La force d’âme est la meilleure solution, répond Bhîshma. Continuer à agir droitement amène la prospérité. Bhîshma rapporte l’Entretien entre Indra et Bali. L’asura Bali, après avoir régné sur la création est défait, grâce à Vishnu, et Indra prend sa place. Indra rencontre Bali et lui demande pourquoi il ne montre aucun regret de sa position antérieure et se moque de lui. Tu n’es pour rien dans cette victoire, répond Bali. Ce n’est pas le résultat de tes actes ni celui des miens. Ce que je suis aujourd’hui, tu le seras demain. Tout est le résultat de l’action du temps. Si tu te regardes toi-même comme l’auteur de ce qui t’arrive, tu vas au devant de cruelles désillusions. C’est le temps qui meut toutes choses. Le temps te détruira également quand ce sera ton heure. Beaucoup de rois, d’asura ont atteint avant toi une haute position, tous l’ont perdue. Et pourtant, ils te ressemblaient tous par leur splendeur et leurs qualités, mais ne montraient aucun orgueil. Et le temps les a tous balayés. Toi aussi, Indra, tu devras quitter cette terre : et si tu ne chasses pas orgueil et attachement, tu ne pourras supporter la peine de perdre tes privilèges. Apprends à rester égal dans la peine et dans la joie, à mépriser le présent et le futur, à vivre dans le présent. Pourquoi te moques-tu de moi, alors que c’est le temps qui m’a mis dans cet état d’infériorité ? Ainsi, j’ai atteint la tranquillité et je supporte tes moqueries. On rencontre dans la vie gain et perte, bonheur et malheur, naissance et mort, liberté et captivité mais on n’est pas leur auteur : c’est le temps qui agit. Indra félicite Bali de sa force d’âme et fait l’éloge du temps.

12.221. Yudhishthira demande quels sont les signes d’une future grandeur ou d’une future chute. Bhîshma rapporte l’Entretien entre Shrî et Indra. Nârada fait ses ablutions dans le Gange et Indra arrive au même endroit. Ils prient ensemble, se racontent des histoires et adorent le soleil levant. Ils aperçoivent dans le ciel, à l’opposé du soleil, un objet brillant qui s’approche d’eux. C’est Shrî, la déesse de la prospérité. Indra la salue. Tout le monde voudrait bien rester avec moi, mais je réside avec les rois vertueux et victorieux, et également avec ceux qui sont attachés à la vertu, répond Shrî. Autrefois, les asura avaient une conduite droite, et je résidais avec eux depuis le début de la création. Mais la vertu et la moralité les a désertés, et je les ai quittés pour venir à toi. Indra la salue, la prend sur son char et la conduit devant l’assemblée des dieux. Présages favorables. Les Veda sont récités, personne, dieux, hommes ou Yaksha, ne dévie des chemins du devoir, la prospérité règne sur terre. Et c’est à cela, conclut Bhîshma, que l’on reconnaît les signes d’une grandeur future.

12.222. Comment atteint-on brahman, demande Yudhishthira. Par le non-agir, le contrôle des sens et l’austérité, répond Bhîshma, et il cite l’Entretien entre Jaigishavya et Asita. Asita Devala interroge Jaigishavya. Tu ne te réjouis pas quand on te félicite, tu ne te mets pas en colère quand on te blâme : pourquoi ? Jaigishavya décrit la conduite des sages et montre comment la louange ou le blâme ne peuvent les affecter, puisqu’ils ont conscience de faire ce qu’ils doivent. Ils connaissent la joie et atteignent les mondes de Brahmâ.

12.223. Y a-t-il quelqu’un qui plaise à tout le monde et soit parfaitement accompli, demande Yudhishthira. Bhîshma rapporte Les paroles de Krishna à Ugrasena. Tout le monde chante les louanges de Nârada. Quels sont ses mérites, demande Ugrasena. Krishna décrit les mérites de Nârada. 12.224. Yudhishthira interroge Bhîshma sur la création du monde et son fonctionnement. Bhîshma rapporte L’enseignement de Vyâsa à son fils Suka. Seul Brahmâ existe avant la création. Les divisions du temps. Les quatre âges. La création. Rapports entre l’effort humain, le destin et la nature. Effets des austérités. La prééminence du Veda. La connaissance du brahman. Le temps.

12.225. La dissolution.

12.226. Les devoirs du brâhmane. Exemples de rois qui ont acquis l’immortalité par leur générosité envers les brâhmanes.

12.227. Les devoirs du brâhmane (suite). Comment traverser la rivière du temps.

12.228. Les moyens d’obtenir la délivrance. Le corps humain comparé à un char permettant d’atteindre au brahman. Le Yoga, ses étapes et les pouvoirs qui y sont attachés. Le Yoga et l’école du Samkhyâ.

12.229. La sagesse permet d’atteindre la délivrance. La hiérarchie des créatures. Les meilleurs sont versés dans le Veda et attachés à l’étude de l’âme.

12.230. Les actes obligatoires et facultatifs. La cause des actes. Le brahman est la cause des actes (religieux), mais ces actes ne permettent pas de le découvrir. Le comportement des hommes dans les quatre âges.

12.231. La doctrine du Sâmkhya. Le corps humain comprend la matière (les cinq éléments), les sens, l’esprit, la connaissance, l’âme. Leurs rapports. Quand on voit sa propre âme en toutes choses, et toutes choses dans sa propre âme, on atteint au brahman. Description du brahman (le Cela). L’âme est brahman.

12.232. La voie du Yoga. Les obstacles au Yoga et comment les maîtriser. Maîtrise des sens, de l’esprit, concentration, méditation sur brahman, que l’on finit par percevoir. Les pouvoirs acquis par le Yoga. Mais l’important est la connaissance. La conduite du yogin et comment il atteint la délivrance.

12.233. Pravritti (les actes) et Nivritti (le non-agir). Les actes entraînent la destruction, le non-agir (ou connaissance), la délivrance. Les effets de la connaissance.

12.234. La conduite de l’étudiant brâhmanique.

12.235. La conduite du maître de maison.

12.236. La conduite de l’ermite itinérant et du renonçant.

12.237. La conduite du yogin.

12.238. L’Âme Universelle est présente dans toute âme individuelle. Seuls ceux qui suivent la voie du Yoga peuvent la voir.

12.239. Les cinq éléments. Leur répartition dans le corps, les sens. L’activité de l’esprit, de l’intelligence, de l’âme. Les trois tendances et leurs attributs.

12.240. L’esprit, l’intelligence et l’âme. La maîtrise des sens par l’esprit permet de voir l’âme. Il existe un état d’union entre l’âme individuelle et l’Âme Universelle.

12.241. La connaissance de l’âme, obtenue par le Yoga, conduit à la délivrance.

12.242. Le devoir premier, c’est de maîtriser ses sens, de n’attacher aucune importance aux objets extérieurs et de méditer. Comment traverser la rivière de la vie.

12.243. Il ne suffit pas d’accomplir des sacrifices et des rites religieux pour obtenir la libération. Il faut se libérer des désirs, fixer son esprit sur l’âme et pratiquer le Yoga.

12.244. Les cinq éléments, leur répartition dans le corps. Les sens et les objets des sens.

12.245. Le yogin perçoit l’âme habillée d’un corps subtil, différent du corps grossier.

12.246. L’arbre du désir. Le corps comme une ville.

12.247. Les cinquante propriétés des éléments, les neuf propriétés de l’esprit, les cinq propriétés de l’intelligence. Fin de l’enseignement de Vyâsa à son fils Suka.

12.248. Qu’est-ce que la mort, demande Yudhishthira. Bhîshma raconte l’Histoire du roi Anukampaka. Ce roi avait été vaincu par son ennemi, fait prisonnier, son fils avait été tué. Il rencontre Nârada et lui raconte ses malheurs. Nârada lui raconte l’histoire suivante : Brahmâ avait créé un grand nombre de créatures, et elles ne connaissaient pas la mort. La terre était surchargée. Alors, Brahmâ se mit en colère, et un feu sortit de lui, qui commença à détruire l’univers.

12.249. Shiva intervint, et Brahmâ lui avoua qu’il ne savait pas comment faire autrement pour soulager la terre de son fardeau. Shiva le conjure de faire cesser cette destruction totale, et Brahmâ accepte. Une femme sort alors du corps de Brahmâ. Brahmâ la salue : O Mort, détruis les créatures !

12.250. La Mort supplie Brahmâ de lui épargner cette tâche, mais il reste inflexible. C’est bien pour cela qu’il l’a suscitée. La Mort part, sans donner son accord, et se livre à des austérités terribles. Brahmâ la presse d’exécuter ses ordres et lui promet qu’elle n’encourra aucune faute en le faisant. Les larmes qu’elle a versées et retenues dans ses mains deviendront les maladies, le désir et la colère seront ses alliés. La Mort accepte et détruit indifféremment les créatures, qui ont à renaître, y compris les dieux. Voilà, conclut Nârada, comment Brahmâ a créé la Mort pour soulager la terre.

12.251. Qu’est-ce que une conduite juste, demande Yudhishthira. Ne pas faire aux autres ce que l’on ne voudrait pas qu’ils vous fassent, répond Bhîshma.

12.252 Mais le devoir varie suivant les époques et les situations. La même conduite peut être méritoire pour l’un, mauvaise pour un autre. Comment s’y retrouver ?

12.253. Bhîshma rapporte l’Entretien entre Tulâdhâra et Jâjali. L’ermite Jâjali se livre à des austérités farouches. Alors qu’il médite, complètement immobile, deux oiseaux construisent leur nid dans son chignon. Il restera immobile le temps qu’ils fassent leurs oeufs, que leurs petits naissent et grandissent, et prennent leur envol. Mais l’orgueil l’envahit : j’ai acquis de grands mérites !. Tu n’arrives pas à la cheville du marchand Tulâdhâra, l’avertit une voix céleste. Jâjali se rend à Varanasi, il rencontre Tulâdhâra. Celui-ci l’attendait.

12.254. Comment as-tu acquis ta science, demande Jâjali ? Je sais, répond Tulâdhâra que la conduite juste, de tous temps, consiste dans la bienveillance à l’égard de toutes les créatures, et je vis en accord avec ce principe de non-violence. Je vois tout les êtres d’un il égal, sans les blâmer ni les louer. Je ne crains personne et personne ne me craint, je n’ai ni désirs ni aversions. J’évite tous les actes qui peuvent blesser des créatures.

12.255 Tulâdhâra s’élève contre les sacrifices un animal est mis à mort. Les conditions d’un sacrifice pur. Les deux sortes de sacrifices et leurs fruits. Le renoncement conduit à la délivrance.

12.256. Et les oiseaux que tu as accueillis dans ton chignon sont signe que tu as compris la voie de la bienveillance envers toutes les créatures. Éloge de la foi.

12.257. Bhîshma rapporte les strophes du roi Vicakhnu sur le sacrifice et la non-violence.

12.258. Yudhishthira demande comment juger si un acte doit être accompli ou s’il faut y renoncer. Bhîshma cite l’Histoire de Cirakâra. Cirakâra réfléchissait longtemps avant d’entreprendre quoique ce soit, et on le traitait de paresseux ou de fou. Un jour, son père Gautama relève une faute grave chez sa femme et demande à Cirakâra de la tuer, puis part dans la forêt. Cirakâra réfléchit longtemps devant ce conflit de devoirs : obéir à son père et protéger sa mère, et pèse soigneusement le pour et le contre. Quand son père revient, plusieurs jours après, Cirakâra ne s’est toujours pas décidé : mais son père avait réfléchi de son côté et compris la folie de son ordre. Il le félicite d’avoir pris tant de temps à réfléchir et d’avoir ainsi évité le pire. Ainsi, il faut toujours réfléchir soigneusement avant d’entreprendre une action.

12.259. Comment un roi peut-il protéger ses sujets sans faire de mal à personne, demande Yudhishthira. Bhîshma rapporte l’Entretien entre Dyumatsena et son fils Satyavant. Dyumatsena a condamné à mort quelques uns de ses sujets. Satyavant proteste : Mettre quelqu’un à mort ne peut jamais être un acte juste. Il faut bien faire régner l’ordre, rétorque Dyumatsena !. Il y a d’autres moyens que la mort, et même les plus mauvais peuvent se repentir. D’autre part, tuer un homme revient à tuer aussi ceux qui dépendent de lui. Enfin, si un roi a une conduite juste, ses sujets suivront son exemple. Le roi doit toujours avoir une conduite non-violente.

12.260. Yudhishthira demande si le renoncement est préférable à la vie domestique. Bhîshma rapporte l’Entretien entre Kapila et la vache. Le roi Nahusha s’apprêtait à sacrifier une vache. Kapila, voyant cela, dit : Honte aux veda !. Un sage du nom de Syûmarashmi entre alors dans la vache et commence à discuter avec Kapila. Les Veda autorisent le sacrifice d’animaux, comment peut-on les mettre en doute ? Il n’y a rien de supérieur à la non-violence, déclare Kapila. Le sacrifice est la racine du monde, répond Syûmarashmi, et les animaux qui conviennent au sacrifice sont énumérés dans le Veda : il n’y a pas de scrupule à avoir.

12.261. Les fruits du sacrifice ne sont pas éternels, répond Kapila. Au contraire, en menant une vie de renonçant, les sages atteignent Brahmâ par la voie de la connaissance, et cet achèvement est éternel. Mais, rétorque Syûmarashmi, la vie domestique, avec ses sacrifices est la racine des autres modes de vie. Sans elle, rien n’est possible. Les mantra védiques récités par les brâhmanes sont nécessaires à la cohésion du monde. Le renoncement est une doctrine subversive. Il y a des sacrifices non-violents pour ceux qui veulent suivre la voie domestique, répond Kapila. Il décrit la vie du renonçant. Il enseigne Syûmarashmi.

12.262. Kapila montre l’importance de la renonciation dans les quatre stades de la vie, décrit les comportements que l’on doit avoir dans chacun, et montre que la vie de renonçant et le Yoga seuls mènent à la délivrance. Description de la délivrance.

12.263. Yudhishthira demande la valeur relative des trois buts de la vie, morale, affaires et plaisir. Bhîshma rapporte l’Entretien de Kundadhâra et de son adorateur. Un brâhmane cherche à devenir riche : pour cela, il se livre à de sévères austérités, et adore toutes sortes de divinités, sans succès. Il se met à adorer le nuage Kundadhâra dont il pense qu’il est proche des dieux. Kundadhâra, satisfait de cette adoration demande à Kubera de donner au brâhmane, non pas des richesses, mais la vertu. Le brâhmane n’est pas trop content de ce don, mais mène une vie de vertu et d’austérité et acquière par une vision divine. Il voit les rois tombés en enfer, les hommes enchaînés par le vice, et remercie Kundadhâra de la faveur qu’il lui a faite en ne demandant pas des richesses pour lui, mais la vertu.

12.264. Quel est le sacrifice que l’on offre uniquement pour la vertu, demande Yudhishthira. Bhîshma rapporte l’Histoire du brâhmane qui vivait de glanage. Satya, un brâhmane, est engagé dans un sacrifice non-violent. Un daim, qui habitait dans la même forêt, se présente à lui et demande à être sacrifié. Le brâhmane refuse, mais le daim insiste et lui procure une vision du ciel. Le brâhmane se propose alors de sacrifier le daim pour obtenir le ciel. Mais celui-ci n’était autre que Dharma, et les mérites du brâhmane diminuent considérablement pour avoir seulement formé la pensée de tuer le daim. Il se reprend, et décide de pratiquer dorénavant la non-violence.

12.265. Yudhishthira interroge Bhîshma sur le renoncement et la délivrance. Des objets des sens, répond Bhîshma, naît le désir, puis l’action, puis l’attachement. La vertu est oubliée, le péché prend place. Mais ce n’est pas ainsi que l’on atteint au bonheur. Celui qui, par contre, pratique la vertu, trouve le bonheur. Le fruit de la vertu est la maîtrise des sens. Elle conduit au renoncement. On acquièrt ainsi l’il de la connaissance, et, par , la délivrance.

12.266. Quels sont les moyens d’obtenir la délivrance, demande Yudhishthira. Contrôler les désirs, placer l’esprit sous le contrôle de l’intelligence et l’intelligence sous celui de la connaissance, puis la connaissance sous le contrôle de l’âme. Maîtriser ses paroles, son corps et son esprit conduit à la délivrance.

12.267. Bhîshma rapporte l’Entretien entre Nârada et Asita Devala. Nârada interroge Asita Devala sur la création et la destruction de l’univers. À partir des cinq éléments, et du temps, l’Âme suprême crée l’univers. De ces cinq éléments, du temps, du poids des actes passés et de l’ignorance, naissent les créatures. Dans les cinq éléments, la créature retourne après sa destruction. Les sens et leur fonctionnement. Les trois tendances, les trois états de veille, de rêve et de sommeil profond. Les réincarnations. À travers tout cela, l’âme reste immuable. Libérée du fruit des actes, elle atteint Brahmâ. C’est la délivrance.

12.268. Yudhishthira se demande comment il peut être libéré de sa soif de puissance, qui a entraîné le massacre des siens. Bhîshma raconte les Paroles de Janaka à Mandavya. Bien que je sois roi, je ne possède rien, parce que je ne désire rien. C’est le désir de posséder qui conduit à la peine, le détachement délivre de toute anxiété.

12.269. Quelle conduite suivre, demande Yudhishthira, pour atteindre Brahmâ. Bhîshma décrit la conduite du renonçant.

12.270. Quand pourrais-je abandonner la royauté et mener une vie de renonçant, demande Yudhishthira. Tout a une fin, répond Bhîshma, même les renaissances. L’âme, soumise aux effets des actes, voyage de corps en corps. Quand elle réussit à éliminer les effets des actes par la connaissance, elle atteint brahman. Bhîshma raconte l’Histoire de Vritra. Vritra a été vaincu par Indra. Toutefois, il ne se désole pas de son infortune, il a eu la chance d’apercevoir Vishnu pendant le combat, et cette vision l’a émerveillé. Il veut savoir si c’est une récompense de ses austérités passées, et quels sont les fruits de l’action.

12.271. Ushanas, le chapelain des asura, lui répond en rendant hommage à Vishnu. Sanatkumara arrive et prononce l’éloge de Vishnu. Considérations sur la durée d’un kalpa, la composition des couleurs, du noir au blanc. Le passage de l’âme aux différentes couleurs, jusqu’au blanc et à la délivrance. Vritra, ayant reçu cet enseignement, se fond en Vishnu. Yudhishthira demande si Krishna est bien Vishnu. C’est bien le cas, répond Bhîshma.

12.272. Comment Vritra, tellement dévoué à Vishnu, a-t-il pu être vaincu par Indra, demande Yudhishthira. Indra affronte Vritra en présence des dieux et des rishi, et le combat est rude. Vritra fait appel à la magie, et Vasishtha réconforte Indra. Shiva intervient et une forte fièvre se saisit de Vritra. Shiva donne son énergie à Indra.

12.273. Les effets de la fièvre sur Vritra. Indra tue Vritra de son foudre. Le péché de brâhmanicide sort du corps de Vritra et poursuit Indra. Indra se cache dans la tige d’un lotus, mais le péché de brâhmanicide le retrouve et s’attache à lui. Indra va demander secours à Brahmâ. Brahma divise le péché de brâhmanicide : un quart pour Agni, un quart pour les plantes, un quart pour les apsaras et un quart pour les eaux. Ainsi, Indra est débarrassé du péché de brâhmanicide.

12.274. Yudhishthira demande quelle est l’origine de la fièvre qui a saisi Vritra. Sur un sommet du mont Meru, répond Bhîshma, trônait Shiva, entouré de sa cour. Tous le quittent, un jour, pour assister au sacrifice de Daksha. Pârvatî lui demande pourquoi il ne s’y rend pas, lui aussi : c’est parce qu’il n’a pas part aux offrandes. Devant le chagrin de Pârvatî, il se rend au sacrifice de Daksha, et le détruit. La sacrifice prend la forme d’un daim et s’enfuit, Shiva le poursuit. Une goutte de sueur, tombée de son front, devient un être terrifiant qui consume le daim. Brahmâ intervient et accorde à Shiva une part des offrandes. Quant à l’être de sa sueur, ce sera la fièvre. Mais, pour qu’elle puisse être supportée, elle sera divisée en de nombreuses maladies particulières. La fièvre résulte donc de l’énergie de Shiva.

12.275. Comment éviter le chagrin et la mort, demande Yudhishthira. Bhîshma rapporte l’Entretien entre Nârada et Samanga. Nârada s’émerveille du caractère heureux de Samanga. Le bonheur et la peine ne durent jamais, répond Samanga. Alors, pourquoi s’attrister ?

12.276. Yudhishthira demande que faire quand on doute, quand on ne connaît pas bien les textes sacrés et quand on ne suit pas la voie du renoncement. Bhîshma rapporte l’Entretien entre Gâlava et Nârada. Gâlava demande conseil à Nârada sur la conduite à tenir. Nârada montre les qualités à rechercher en priorité, quelque soit le stade de vie auquel on se trouve, et les fréquentations que l’on doit avoir.

12.277. Comment se comporter pour être libre des attachements, demande Yudhishthira. Bhîshma rapporte les Conseils d’Arishtanemi à Sagara. La vraie félicité en ce monde, c’est la délivrance. Mais on ne peut y atteindre qu’en se libérant des attachements, c’est-à-dire en considérant toute chose d’un il égal.

12.278. Yudhishthira demande des explications sur le rôle d’Ushanas. Bhîshma raconte l’Histoire d’Ushanas. Ushanas, par ses pouvoirs, était entré dans le corps de Kubera, l’avait privé de sa liberté et lui avait dérobé toutes ses richesses. Kubera se plaint à Shiva. Shiva poursuit Ushanas pour le tuer, mais celui-ci se place sur la pointe même de la lance de Shiva. Shiva, alors, plie sa lance en deux et avale Ushanas. Puis il se livre à de sévères austérités, dont profite également Ushanas. Ushanas cherche à sortir du corps de Shiva, mais celui-ci a fermé toutes les issues. Finalement Ushanas sort par le sexe de Shiva, d’ son nom de Shukra (sperme). Shiva veut le tuer, mais Pârvatî intervient.

12.279. Quels sont les actes bénéfiques, demande Yudhishthira. Bhîshma rapporte l’Enseignement de Parâshara au roi Janaka. Parâshara expose à Janaka ce qu’est une conduite juste et ses effets : elle teinte les prochaines existences. Les fruits des actes. Il ne faut pas agir d’une manière que l’on désapprouverait chez les autres, sous peine de ridicule.

12.280. Il faut chercher constamment, dans chaque vie, à progresser. Les actes mauvais vous font régresser. Tous les actes produisent un fruit qui se retrouvera dans les prochaines vies. Ainsi, avoir une conduite droite est certainement bénéfique.

12.281. Il faut se libérer de ses dettes : envers les rishi en étudiant les veda, envers les dieux en offrant des sacrifices, envers les ancêtres par les rites de la shraddha, envers les autres en étant bienveillant, envers soi-même en écoutant les récitations védiques et en prenant soin de son corps. La richesse doit être acquise par des moyens justes.

12.282. Chaque caste doit, au mieux, remplir son rôle.

12.283. La dégradation progressive de la moralité depuis l’âge d’or. La nécessité de s’en tenir à une conduite juste, quelles que soient les circonstances.

12.284. Parâshara montre les effets de la pénitence.

12.285. D’ viennent les castes, demande Janaka. Tous les hommes descendent de Brahmâ, ils devraient être tous brâhmanes. Les uns viennent de sa bouche (les brâhmanes), répond Parâshara, les autres de ses bras (les kshatriya), de ses cuisses (les vaishya), de ses pieds (les shûdra). Il rappelle les devoirs des quatre castes.

12.286. Parâshara expose les conditions d’une progression de réincarnation en réincarnation, jusqu’à la délivrance.

12.287. Puis il montre ce qui est bon pour l’homme : connaissance, austérités, dons, détachement, renonciation, Yoga.

12.288. Yudhishthira demande à Bhîshma ce qu’il pense de la vérité, de la continence, du pardon et de la sagesse. Bhîshma rapporte l’Entretien entre les Sâdhya et un cygne. Brahmâ prend la forme d’un cygne et rencontre les Sâdhya. Ceux-ci l’interrogent sur la religion de la délivrance. Le cygne leur répond qu’elle consiste en austérité, continence, vérité et maîtrise de l’esprit. Ne pas répondre aux paroles blessantes par des paroles blessantes, mais maîtriser sa colère et pardonner, éviter la colère en toutes occasions, maîtriser ses sens conduit à l’émancipation. Quand on possède cette sagesse, on est toujours heureux.

12.289. Yudhishthira demande quelle est la différence entre le Sâmkhya et le Yoga. Les deux systèmes sont valables, répond Bhîshma, l’un est basé sur la connaissance des écritures, l’autre sur celle des sens. Il montre les achèvements du Yoga et la difficulté à le mettre en pratique.

12.290. Yudhishthira réclame des éclaircissements sur le Sâmkhya. Bhîshma expose la doctrine du Sâmkhya. L’océan de la vie. Éloge du Sâmkhya.

12.291. Yudhishthira s’interroge sur ce qui est destructible et ce qui ne l’est pas. Bhîshma rapporte l’Entretien entre Vasishtha et Karâlajanaka. Karâlajanaka demande à Vasishtha ce qui est destructible et ce qui ne l’est pas. Vasishtha explique comment se fait la création, par l’union du non-manifesté avec le manifesté, Purusha et Prakriti.

12.292. Et, par suite de l’ignorance, l’âme, bien qu’au-dessus de tout cela, subit d’innombrables incarnations et pense être impliquée dans toutes ces existences.

12.293. L’union entre Purusha et Prakriti est-elle comme celle de l’homme et de la femme, comme le disent les Veda, demande Janaka. Il faut bien comprendre le vrai sens des Veda, répond Vasishta. Il faut bien comprendre que l’âme universelle est différente de l’âme individuelle et de l’univers. L’âme universelle ne possède ni attributs, ni tendances. Mais il y a union entre l’âme individuelle et l’âme universelle. Le non-manifesté est unicité, le manifesté, variété et multiplicité.

12.294. Vasishta expose les pratiques du Yoga. Il expose encore une fois les principes du Sâmkhya.

12.295. Puis il expose ce que sont la connaissance et l’ignorance.

12.296. L’âme universelle est connaissance, l’âme individuelle, ignorance. Mais l’âme individuelle peut arriver à la connaissance, se libérer des tendances et s’unir à l’âme universelle.

12.297. Bhîshma rapporte l’Entretien entre le roi Vasumant et un brâhmane. Le roi Vasumant demande à un brâhmane ce qu’il faut faire pour s’assurer le meilleur résultat ici-bas et dans l’au-delà, quand on est esclave de ses désirs. Il faut agir avec droiture, répond le brâhmane. Chercher à agir avec patience, intelligence, tranquillité et sagesse.

12.298. Yudhishthira demande des éclaircissements sur brahman. Bhîshma rapporte l’Entretien entre Yâjnavalkya et Janaka. Yâjnavalkya expose les huit éléments de la nature et leurs seize modifications (prakriti et vikriti). Leur ordre de création.

12.299. La durée de la création. Ordre d’apparition des différents principes et leur durée.

12.300. La destruction de l’univers.

12.301. Les dominantes (adhyâtman, adhibhûta, adhidaivata). Les tendances (guna) et les qualités qui leur sont attachées.

12.302. Le mélange des tendances et ses conséquences. La nature du Non-manifesté.

12.303. L’Être suprême (Purusha) est dépourvu d’attributs, la Nature (prakriti) en est pourvue. Ils sont différents, mais existent ensemble, comme l’eau et le poisson.

12.304. Le Sâmkhya et le Yoga sont deux systèmes identiques. La pratique du Yoga. La concentration et l’extase (samadhi).

12.305. Suivant l’endroit par l’âme quitte le corps, on atteint différents mondes. Les signes prémonitoires d’une mort prochaine.

12.306. Comment Yâjnavalkya a obtenu du Sûrya la connaissance du Veda. Ses réponses à Vishvavâsu. Il faut comprendre que l’âme individuelle (jiva) est distincte de la nature (prakriti) dans laquelle elle réside pour pouvoir atteindre brahman. Cette connaissance apporte la délivrance. Janaka confie son royaume à son fils, et vit selon l’enseignement de Yâjnavalkya. Cette connaissance permet d’échapper au cycle des renaissances, conclut Bhîshma.

12.307. Comment peut-on éviter la décrépitude et la mort, demande Yudhishthira. Bhîshma rapporte l’Entretien entre Pancashikha et Janaka. On ne peut éviter la décrépitude et la mort, déclare Pancashikha. Le temps ne s’arrête pas. Mais l’âme est éternelle.

12.308. Peut-on obtenir la délivrance sans quitter le mode de vie domestique, demande Yudhishthira. Bhîshma rapporte l’Entretien entre Janaka et Sulabhâ. Sulabhâ a entendu dire que le roi Janaka suivait la religion de la délivrance. Désireuse de s’en assurer elle-même, elle se rend à Mithila, elle prend l’apparence d’une mendiante de grande beauté. Janaka lui offre l’hospitalité et l’interroge. Elle essaye de pénétrer son esprit au moyen de ses pouvoirs, mais Janaka l’en empêche par ses propres pouvoirs. Il lui explique comment il a été enseigné par Pancashikha. Mais celui-ci ne lui a pas demandé de renoncer à la royauté. Ainsi il suit la voie de la délivrance tout en menant la vie domestique. La délivrance s’atteint par la connaissance, et la connaissance est indépendante des conditions de vie. Janaka reproche à Sulabhâ d’avoir essayé de pénétrer son esprit. Sulabhâ se lance dans un cours sur les neuf erreurs dues aux mots, les neuf erreurs de jugement et les dix-huit qualités du discours. Elle lui montre qu’il n’a pas vraiment atteint la connaissance : il lui a demandé qui elle était, et donc ne voit pas son propre corps et sa propre âme dans le corps et l’âme des autres. Quelle prétention peut-il avoir à la délivrance ? Le degré de liberté d’un roi est très limité, il ne peut vraiment se dire indépendant. Et sa rebuffade était vraiment preuve qu’il ne possédait pas la connaissance.

12.309. Yudhishthira demande comment Shuka, le fils de Vyâsa, a été gagné au renoncement. Histoire de Shuka. Bhîshma lui raconte comment Vyâsa, voyant son fils mener une vie ordinaire, lui enseigne l’ensemble des Veda, et lui montre la conduite à suivre, en un long sermon, et Shuka est convaincu.

12.310. Yudhishthira demande des précisions sur la naissance de Shuka. Vyâsa se livre à des austérités terribles pour obtenir un fils de Shiva. Shiva le lui promet.

12.311. Un jour, Vyâsa est occupé à allumer un feu en frottant les bâtons à feu. Vient à passer l’apsaras Ghritâcî. Vyâsa est saisi par le désir, et, bien qu’elle se transforme en perroquet, sa semence s’échappe. Ainsi naît Shuka (perroquet) des deux bâtons à feu. Sa naissance est fêtée par les troupes célestes. Les Veda pénètrent en lui.

12.312. À la demande de son père, Shuka étudie les traités du Yoga. Vyâsa l’envoie chez Janaka pour être enseigné par lui. Le voyage de Shuka et ce qu’il voit en cours de route. Malgré les tentations, il reste ferme dans le Yoga.

12.313. Shuka est reçu avec honneur par Janaka et lui demande à être enseigné par lui. Janaka lui expose les devoirs des brâhmanes. Faut-il obligatoirement passer par les quatre stades de vie, demande Shuka. Non, si au cours de ses existences antérieures, on a atteint un certain niveau : on peut alors atteindre la délivrance au cours des études brâhmaniques. Janaka dit à Shuka qu’il a déjà atteint la connaissance et est sur la voie de la délivrance.

12.314. Autrefois Skanda avait fiché sa lance dans la montagne Âditya, mettant quiconque au défi de l’en retirer. Vishnu avait ébranlé la lance, faisant trembler la terre, mais, par délicatesse envers Skanda, ne l’avait pas retirée. Prahlâda essaye en vain de retirer la lance, et est précipité sur terre. Au pied de cette montagne, Vyâsa enseigne les Veda à ses disciples Sumantu, Vaishampâyana, Jaimini et Paila. Shuka les rejoint. Tous ensemble, ils demandent à Vyâsa d’être les seuls à posséder les Veda. Vyâsa, au contraire, les encourage à diffuser les Veda, et précise à qui il doit être imparti.

12.315. Ils se réjouissent de la réponse de Vyâsa, et demandent à quitter leur montagne pour procéder à cet enseignement. Vyâsa reste en compagnie de Shuka. Arrive Nârada, qui se plaint de ce que la montagne ne résonne plus de la récitation des Veda et demande à Vyâsa de continuer à les réciter avec son fils. Ce qu’ils font, inlassablement. Un jour, un vent violent se lève, et Vyâsa demande à son fils d’arrêter la récitation. Il décrit les sept vents, et explique que celui-ci n’en fait pas partie, mais est la respiration de Vishnu : il faut cesser de réciter les Veda quand il souffle, pour ne pas le contrarier. Vyâsa part pour le Gange.

12.316. Nârada revient visiter Shuka, resté seul. Il rapporte l’enseignement de Sanatkumâra sur les moyens d’atteindre le bien suprême. La rivière de la vie et les moyens de la traverser. La conduite à tenir.

12.317. Suite de l’enseignement de Nârada.

12.318. Suite et fin de l’enseignement de Nârada. Shuka décide de pratiquer le Yoga et de rejoindre le soleil (brahman).

12.319. Shuka entre ne méditation et contemple le Yoga. Il s’identifie au vent et traverse le ciel, adoré par toutes les créatures.

12.320. Suite du triomphe de Shuka. Il passe à travers le sommet d’une double montagne. Vyâsa essaye de le suivre. Il comprend que son fils est libéré de tout attachement, mais pas lui. Il se désole de l’avoir perdu. Shiva lui rappelle qu’il avait demandé un fils exceptionnel : il l’a obtenu. Shiva procure à Vyâsa une ombre de son fils qui restera avec lui.

12.321. Yudhishthira demande ce qu’est la délivrance et comment elle se manifeste. Bhîshma rapporte l’Entretien entre Nârada et Nârâyana. À l’âge d’or, Vishnu prit naissance de Dharma sous une quadruple forme : Nara, Nârâyana, Hari et Krishna. Nara et Narâyana se réfugient à Badarî et pratiquent l’austérité. Nârada leur rend visite et demande à Nârâyana quelle divinité il adore, lui qui est la divinité suprême. C’est Être Suprême, qui pénètre tout ce qui existe. C’est elle que l’on atteint dans la délivrance.

12.322. Nârada rappelle sa bonne conduite passée et se prépare à voir lui aussi l’Être Suprême. Il se rend sur l’île Shveta, dans l’Océan de Lait. Description des habitants. Yudhishthira demande d’ viennent ces habitants. Autrefois, répond Bhîshma, il y avait un roi du nom d’Uparicara (Vasu). Excellence d’Uparicara. Les sept rishi (Marîci, Atri, Angiras, Pulatsya, Pulaha, Kratu et Vasishtha) et Manu avaient composé un traité sur les devoirs et les observances d’après les Veda, après avoir adoré Vishnu pendant mille années. Vishnu les félicite et leur annonce que Manu, guidé par ce traité, montrera au monde le devoir à suivre, puis après lui Ushanas et Brihaspati. Cette science sera transmise à Uparicira qui deviendra un grand roi. À sa mort, ce traité disparaîtra. Après cette prédiction, Vishnu les quitte.

12.323. De fait, longtemps après, Brihaspati naît dans la race d’Angiras. Uparicara devient son disciple. Il offre un sacrifice du cheval, dans lequel aucun animal n’est sacrifié. Tous les dieux apparaissent pour prendre leur part du sacrifice. Seul Vishnu prend sa part sans se montrer, ce qui provoque la colère de Brihaspati. Ekata, Dvita et Trita, qui ont assisté au sacrifice, racontent leur histoire. Ce sont des fils de Brahmâ. Ils s’étaient livrés à de sévères austérités au bord de l’Océan de Lait, dans le but de voir Vishnu sous son propre aspect. Une voix les engage à se rendre à l’île Shveta, et , Vishnu se révélera à eux. Mais, arrivé , ils ne voient rien. Ils se livrent à de nouvelles austérités pendant cent ans. Ils voient alors les habitants de l’île, rayonnants d’énergie pure. Une lumière apparaît, brillante comme mille soleils, et les habitants de l’île se dirigent vers elle. Eux sont aveuglés, ils entendent seulement les louanges que les habitants de l’île adressent à Vishnu. Les chants de louange cessent au départ de Vishnu, mais les habitants de l’île ne leur prêtent aucune attention. Une voix, alors s’adresse à eux et leur explique que les habitants de l’île peuvent contempler Vishnu parce qu’ils sont dépourvus de tout sens extérieur, et que seuls peuvent le voir ceux qui se sont dévoués uniquement à lui au cours de nombreuses existences. Ainsi, si même eux, fils de Brahmâ, n’ont pu l’apercevoir, comment Brihaspati prétendrait-il le faire ? Brihaspati, alors, accepte de terminer le sacrifice. Uparicara devient un grand roi, dévoué à Vishnu. À sa mort, il monte au ciel, mais après quelque temps, est précipité dans les entrailles de la terre.

12.324. Yudhishthira demande pourquoi. Bhîshma rapporte un Entretien entre les brâhmanes et les dieux. Les dieux demandent aux brâhmanes de sacrifier des boucs. Mais ceux-ci protestent : spécialement à l’âge d’or, on ne peut sacrifier des animaux. Uparicara arrive sur ces entrefaites. Les dieux et les brâhmanes l’interrogent : doit-on sacrifier des animaux ou des graines ? Uparicara, pour plaire aux dieux, répond que l’on doit sacrifier des animaux. Les brâhmanes le maudissent : il sera chassé du ciel. Uparicara tombe dans un trou de la terre. Les dieux viennent à son secours et lui donnent le beurre clarifié des sacrifices pour subsistance, et lui promettent l’aide de Vishnu. Uparicara adore Vishnu. À cause de cette dévotion, Vishnu envoie Garuda chercher Uparicara pour l’amener au ciel.

12.325. Nârada arrive à l’île Shveta, il est accueilli par ses habitants. Il pratique le Yoga et entonne un hymne de louange à Vishnu. Les deux cents noms de Vishnu.

12.326. Vishnu se montre à Nârada sous sa forme réelle. Description du Seigneur. Vishnu fait l’éloge des habitants de l’île, puis se décrit lui-même à Nârada. Il disparaît ensuite. Nârada rejoint l’ermitage de Badarî. Cette eulogie de Vishnu doit être rapportée seulement à ses adorateurs. C’est ici la fin du récit de Vaishampâyana, rapporté par le barde Ugrashravas à Shaunaka. Ugrashravas continue le récit : Janamejaya abandonne la royauté et se retire dans la forêt.

12.327. Shaunaka demande des éclaircissements sur le non-agir et sur la part des dieux dans le sacrifice. Le barde rapporte ce qu’a dit Vaishampâyana à ce sujet. Les cinq disciples de Vyâsa avaient interrogé celui-ci un jour sur le même sujet. Et il avait répondu : Vishnu, par suite de mes austérités, m’a donné la connaissance du passé, du présent et du futur. Ainsi j’ai connu tout ce qui s’est passé au début du kalpa. Récit de la création. Les sept rishi et Manu, les Rudra et Brahmâ se livrent pendant mille années à des austérités sévères au bord de l’Océan de Lait, pour savoir comment agir pour le bien des mondes. Vishnu leur apparaît et leur demande de procéder à un sacrifice, et de lui en réserver une part. Ils offrent alors un grand sacrifice. Vishnu les récompense en leur donnant part aux sacrifices qui seront offerts par les hommes. Ces sacrifices leur permettront de prospérer. D’autre part, Aniruddha, Sana, Sanatsujâta, Sanaka, Sanandana, Sanatkumâra et Kapila, fils spirituels de brahman, sont chargés de transmettre la religion du non-agir (Sâmkhya. Yoga). Vishnu décrit les quatre âges. Vishnu se manifeste à Brahmâ sous la forme d’un cheval et confie le monde à Brahmâ. Il lui promet de lui venir en aide quand il faudra sous la forme d’avatars. Louanges à Vishnu.

12.328. Arjuna demande à Krishna la signification de ses noms. Brahmâ et Shiva-Rudra procèdent de Vishnu. Rapports entre Vishnu et Rudra. Explication des noms de Vishnu. Histoire de Dîrghatamas. Brihaspati essaye de violer la femme de son frère Utathya. L’embryon en son sein le prévient que la place est déjà prise. Furieux, Brihaspati le maudit : il naîtra aveugle. Mais ce fils, Dîrghatamas, se consacre à Vishnu qui lui rend la vue et lui donne le nom de Gotama. Agni et Soma sont les garants de l’univers.

12.329. Agni et Soma sont sortis des yeux de Brahmâ. De Soma viennent les brâhmanes, d’Agni les kshatriya. Les brâhmanes sont supérieurs, parce que les premiers créés. Les brâhmanes sont considérés comme Agni. Offrir de la nourriture à un brâhmane, c’est comme verser une libation dans le feu. Krishna montre la puissance des brâhmanes. Les déboires d’Indra. Pour avoir courtisé Âhalyâ, la femme de Gautama, il lui pousse une barbe verte. Maudit par Kaushika, il est privé de ses testicules qu’il remplacera par celles d’un bélier. Il est paralysé par Cyavana quand il s’oppose à ce que les Ashvin aient leur part du sacrifice. Les déboires de Shiva. Daksha, furieux de voir qu’il a détruit son sacrifice, lui fait venir un troisième oeil. Quand Shiva attaque la triple cité des démons, Ushanas, le chapelain des démons, lui lance une mèche de ses cheveux qui se transforme en serpents qui le mordent au cou : celui-ci devient bleu. Brihaspati et l’océan. Après le barattement de l’océan, Brihaspati trouve l’eau sale : il maudit l’océan, qui depuis lors est pollué avec des poissons, des requins et des tortues. Les déboires d’Indra (suite). Vishvarûpa, fils de Tvastri, est parents des asura par sa mère. Chapelain des dieux, il offre leur part de sacrifice aux dieux. Les asura s’en plaignent, et Vishvarûpa, poussé par sa mère, fait allégeance aux asura et à leur chef Hiranyakashipu. Celui-ci prend Vishvarûpa comme chapelain et renvoie son ancien chapelain Vasishtha. Vasishtha maudit Hiranyakashipu : il sera tué par un être que l’on ne connaît pas encore. Effectivement, il sera tué par Vishnu sous sa forme de Narasimha. Vishvarûpa se livre à de sévères austérités pour augmenter ses pouvoirs. Indra lui envoie des apsaras pour le tenter. Et quand elles veulent rejoindre Indra, Vishvarûpa, qui en était tombé amoureux, se fâche et boit tout le soma offert dans le sacrifice, mange toute la nourriture sacrificielle et absorbe toute l’énergie des dieux. Les dieux se plaignent à Brahmâ. Celui-ci les envoie réclamer les os de Dadhîca. Dadhîca les leur donne volontiers, et avec eux est fabriqué le foudre d’Indra. Indra s’en sert pour tuer Vishvarûpa. Il lui coupe la tête, mais de l’énergie amassée dans son corps sort un puissant asura, Vritra. Indra le tue également avec son foudre. Mais, ce faisant, il se rend coupable d’un deuxième péché de brâhmanicide. Indra va se cacher dans une tige de lotus. Pour le remplacer, Nahusha est nommé roi des dieux. Il règne sans partage. Tout ce que possédait Indra est à moi, se dit-il, sauf Shacî, l’épouse d’Indra. Nahusha ordonne à Shacî d’être à lui. Attends que je termine mon voeu, répond-elle, puis elle va demander secours à Brihaspati pour retrouver Indra. Brihaspati lui conseille d’invoquer Upashruti. Upashruti montre à Shacî son époux caché dans la tige d’un lotus dans le lac Mânasa. Indra s’inquiète de la voir si pâle. Shacî lui expose sa situation : au terme fixé elle doit rejoindre Nahusha et lui appartenir. Indra lui conseille de demander à Nahusha de venir la chercher sur un char tiré par les rishi. Ainsi est fait, tandis qu’Indra reste caché dans sa tige de roseau. Nahusha attelle des rishi à son char. Agastya le voit passer et s’indigne. Nahusha le repousse du pied. Agastya le maudit et le fait retomber sur terre, transformé en serpent. Les dieux demandent à Vishnu de restaurer Indra. Qu’il offre un sacrifice du cheval en mon honneur, demande Vishnu. Shacî va rechercher Indra, et Brihaspati officie au sacrifice, le cheval est remplacé par une antilope noire. Indra est lavé du péché de brâhmanicide et reprend sa place. Bharadvaja marque Vishnu à la poitrine. Bhrigu maudit le feu et l’oblige à manger de tout. Buddha maudit Aditi. Celle-ci avait préparé de la nourriture pour ses fils. Buddha lui demande l’aumône, et Aditi refuse. Buddha la maudit : elle enfantera Vivasvant dans la douleur, sous la forme d’un oeuf. La malédiction de Soma. Daksha a donné vingt-sept de ses filles à Soma, mais celui-ci marque une préférence pour Rohinî. Daksha maudit Soma : il sera atteint de phtisie. C’est la raison de la décroissance et de la croissance de Soma, et des taches en forme de lièvre qui le marquent. Sthûlashiras se livre à des austérités : il est rafraîchi par une brise parfumée. Les arbres, jaloux, se mettent à fleurir pour attirer ses louanges. Sthûlashiras les maudit : ils ne pourront fleurir qu’à certaines époques. Vadavâmukha convoque l’océan, et celui-ci refuse de venir. Vadavâmukha le maudit : ses eaux seront désormais salées. Bhrigu désire Umâ, la fille d’Himavant, mais celui-ci refuse de la lui donner. Bhrigu le maudit : désormais, il ne regorgera plus de pierres précieuses.

12.330. Suite de l’explication des noms de Vishnu. La bataille entre Rudra et Vishnu après la destruction du sacrifice de Daksha. Brahmâ intervient et Rudra se soumet à Vishnu.

12.331. Janamejaya demande à Vyâsa pourquoi Nârada, après avoir vu Vishnu sous sa propre forme sur les bords de l’océan de lait, s’est rendu à l’ermitage de Badarî se trouvent Nara et Nârâyana. C’est Vaishampâyana qui répond. Description de Nara et Nârâyana en pleine ascèse. Nârada leur raconte ce qu’il a vu sur l’île Shveta. Il a décidé de s’installer avec eux, pour méditer sur Vishnu et l’adorer.

12.332. Nara et Nârâyana le félicitent : personne d’autre que lui, pas même Brahmâ, n’a vu Vishnu sous son véritable aspect. Ils montrent comment tout vient de lui. Nârada s’installe avec eux.

12.333. Nârada leur demande l’origine des boulettes offertes aux mânes. Autrefois, la terre avait disparu. Vishnu, sous la forme d’un sanglier (Varâha), l’avait remise en place de ses défenses. Il était couvert de boue. En secouant la tête, il fait tomber trois boulettes de boue de ses défenses, les place sur la terre et se dédie à lui-même ces trois boulettes. Puis, il crée les mânes. Comme il a tout créé, il est à lui-même son grand-père et son père. Il s’offre à lui-même ces trois boulettes, avec les rites voulus. C’est ainsi qu’a été fondé le rite des offrandes aux mânes.

12.334. Après cela, Nârada retourne dans son propre ermitage. Vaishampâyana invite Janamejaya à tirer profit des enseignements reçus concernant Vishnu. Ugrashravas conseille à Shaunaka de faire de même. Louange à Vishnu.

12.335. Histoire d’Hayashiras. Janamejaya demande pourquoi Vishnu est apparu à Brahmâ avec une tête de cheval. Vaishampâyana reprend les choses depuis le début. Au temps de la destruction, la terre se fond dans l’eau, l’eau dans le feu, le feu dans le vent, le vent dans l’espace, l’espace dans l’esprit, l’esprit dans le manifesté (ahamkara), le manifesté dans le non-manifesté (prakriti), le non-manifesté dans l’Âme Universelle (Purusha), l’Âme Universelle dans brahman. Il ne reste plus que l’obscurité. Vishnu, dans cette obscurité, dort, couché sur les eaux. De son nombril sort un lotus se trouve Brahmâ qui prend la tendance de la Bonté (sattva) et commence à créer l’univers. Sur le lotus se trouvent deux gouttes d’eau. De l’une naît l’asura Madhu avec la tendance du Désir (rajas) et de l’autre l’asura Kaitabha avec la tendance de l’Instinct (tamas). Ces deux démons dérobent à Brahmâ les Veda qu’il venait de créer et s’enfoncent sous les eaux. Brahmâ s’adresse à Vishnu endormi, chante ses louanges et lui demande de récupérer les Veda. Vishnu assume alors une forme gigantesque avec une tête de cheval (Hayashiras), plonge dans les régions inférieures après en avoir écarté les démons au moyen d’un hymne védique et récupère les Veda, puis retourne se coucher sur son serpent. Les deux asura s’aperçoivent de la disparition des Veda, voient Vishnu endormi. Qui est-ce ? - se demandent-ils à voix haute, ce qui réveille Vishnu qui les tue tous deux et rend les Veda à Brahmâ. Louanges à Vishnu.

12.336. Janamejaya demande ce qu’est la religion de la dévotion totale (ekânta). Vaishampâyana lui montre qu’elle vient de Vishnu lui-même, et comment elle a été transmise au cours des âges. Les différentes façons de la pratiquer.

12.337. Janamejaya demande si le Sâmkhya, le Pâñcarâtra et les Aryanyaka font partie du même courant. Vaishampâyana raconte d’abord comment Vyâsa est de Vishnu à l’âge d’or. Durant le septième création, Brahmâ était sorti du nombril de Vishnu. Celui-ci l’avait chargé de procéder à la création. Mais Brahmâ ne s’en reconnaît pas capable. Vishnu lui envoie Sarasvatî pour l’aider. Une fois la création terminée, Vishnu se rend compte qu’il devra descendre sur la terre pour alléger son fardeau, et contenir la puissance des asura et des râkshasa. Il imagine déjà ses avatars. Il prononce la syllabe «bho», crée ainsi un brâhmane nommé Apântaratamas Sârasvata, et lui confie la diffusion des Veda. Vishnu, satisfait de son travail, lui annonce qu’il le fera renaître dans chaque âge. À l’âge de fer, il renaîtra de Parashâra, fils de Vasishtha, et de Satyavatî, sous le nom de Vyâsa, et lui, Vishnu, s’incarnera à la même époque sous le nom de Krishna. Quand aux différents cultes, Sâmkhya, Pâñcarâtra, Yoga, ils sont tous basés sur Vishnu.

12.338. L’Être Suprême (Purusha) est-il unique, demande Janamejaya. Vaishampâyana livre ce qui lui a enseigné Vyâsa. Il rapporte l’Entretien entre Brahmâ et Shiva. Au milieu de l’île Shveta, il y a une montagne appelée Vaijayanta. Brahmâ s’y rendait souvent pour méditer. Shiva l’y rencontre et lui demande pourquoi il a laissé sa demeure céleste et s’est réfugié seul sur cette montagne. C’est pour méditer sur le Purusha Suprême, répond Brahmâ. Il y a beaucoup de Purusha, mais ils proviennent tous du Purusha Suprême, éternel et au dessus de tous les attributs.

12.339. Description du Purusha Suprême.

12.340. Yudhishtira demande quels sont les devoirs principaux dans chaque stade de la vie. Bhîshma rapporte l’Entretien entre Nârada et Indra.

12.341. Nârada raconte à Indra l’histoire suivante. Histoire de Dharmâranya. Dans la ville de Mahâpadma, sur les bords du Gange, vivait un brâhmane de la race d’Atri, parfaitement accompli dans ses devoirs, et à la tête d’une nombreuse famille. Il réfléchit qu’il y a trois sortes de devoirs : ceux de sa caste et de son état, tels qu’ils sont fixés dans les Veda, ceux qui sont fixés dans les traités et ceux qui ont été pratiqués par des hommes éminents, bien qu’ils ne soient ni dans les Veda ni dans les traités, et il se demande lesquels il doit mettre en oeuvre. Un brâhmane accompli lui rend visite.

12.342. Il l’interroge : il désire atteindre le but suprême, mais il est lié par les attachements. Que doit-il faire ? Son hôte lui répond qu’il hésite comme lui : nombreuses sont les portes du ciel !

12.343. Mais son maître lui a dit que dans la forêt Naimisha il y a une ville habite un nâga du nom de Padmanâbha, particulièrement vertueux et sage : qu’il aille l’interroger.

12.344, Le brâhmane trouve que c’est une bonne idée. Il passe la nuit avec son hôte, et se met en route au matin.

12.345. Après un long voyage, il arrive à la maison du nâga. Mais celui-ci est parti tirer le char du soleil, il est absent pour quinze jours encore, et c’est sa femme qui reçoit le brâhmane. Le brâhmane s’installe dans le voisinage, au bord de la rivière Gomatî, pour attendre le nâga.

12.346. Les nâga de la famille de Padmanâbha s’inquiètent de voir le brâhmane assis seul à l’écart, s’abstenant de nourriture et récitant des hymnes en silence. Au bout de six jours, ils vont le trouver et lui offrent de la nourriture. Ce serait un déshonneur pour eux s’il refusait !. Il leur explique qu’il a fait le voeu de s’abstenir de nourriture jusqu’à ce que Padmanâbha revienne. S’il n’est pas revenu au bout du délai de quinze jours, il acceptera la nourriture.

12.347. Au bout de quinze jours, Padmanâbha revient. Il s’enquiert auprès de sa femme si elle a bien suivi ses devoirs. Elle le rassure et lui dit qu’un brâhmane s’est présenté, qui voulait le voir. Il est allé l’attendre sur les bords de la Gomatî, et elle a promis qu’elle lui enverrait son mari dès qu’il reviendrait.

12.348. Le nâga se demande qui peut être ce brâhmane. Est-ce vraiment un homme ? : les hommes ne peuvent voir les nâga. Son épouse le rassure : c’est un humble brâhmane, et, visiblement il a besoin de son aide. Et il ne doit pas négliger quelqu’un qui s’est présenté comme hôte. Le nâga va retrouver le brâhmane.

12.349. Le brâhmane se présente : il s’appelle Dharmâranya et est venu voir le nâga Padmanâbha : en l’attendant, il se livre au Yoga pour lui être profitable. Padmanâbha se met à la disposition du brâhmane. Celui-ci lui expose son problème : Il désire atteindre brahman, il n’est ni attaché au monde, ni complètement libéré. Mais, d’abord, il a une question :

12.350. Est-ce que le nâga peut lui décrire ce qu’il a vu en tirant le char du soleil ? Padmanâbha décrit les merveilles du soleil. Mais ce qui l’a le plus frappé, c’est de voir un jour un être qui brillait autant que le soleil lui même, venir à sa rencontre, et salué par le soleil, pénétrer en lui. Il a interrogé le soleil pour savoir qui c’était.

12.351. C’est un simple brâhmane, répond le soleil, qui a pratiqué l’abstinence, se nourrissant de glanage (uñcha), de fruits, de racines et de feuilles, quelquefois d’eau ou d’air seulement, en récitant des hymnes. Shiva, satisfait, lui a accordé le ciel.

12.352. Merci, dit le brâhmane, tu m’as montré la voie que je dois suivre !. Mais que voulais-tu me demander, insiste le nâga. J’avais des doutes sur la voie à suivre, répond le brâhmane, tu les as levés : je suivrai la voie du glanage. Le brâhmane va ensuite trouver Cyavana pour être instruit dans la voie du glanage. Cyavana a raconté l’histoire de ce brâhmane à Janaka, qui l’a racontée à Nârada, qui l’a racontée à Indra, qui l’a racontée aux Vasu, qui me l’ont racontée à moi, Bhîshma. Et je te l’ai racontée, parce qu’elle répondait à ta demande.


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Le Mahâbhârata









  • Livre VIII : 73


  • Livre X : 7879


  • Livre XII : 8485868788

  • Livre XIII : 8990

  • Livre XIV : 9192


  • Livre XVI : 96

  • Livre XVII : 97

  • Livre XVIII : 98

 

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