Le Prince Tity (deuxième partie)

De Elkodico.

Le Prince Tity

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Le Prince Tity (deuxième partie)

Le prince Mirtil, qui était fort mal élevé, se mit à rire au nez de la vieille à ce discours, et lui dit qu'il aurait bien du plaisir de danser à sa noce : mais la bonne femme ne fit pas semblant de voir qu'il se moquait d'elle. Toute la cour partit, et la reine ne fut pas plutôt arrivée dans son palais, qu'elle fit cuire l'oeuf, et cassa les noix et les nèfles ; mais au lieu de trouver un diamant dans l'oeuf, elle n'y trouva qu'un petit poulet, et les noix et les nèfles étaient pleines de vers. Aussitôt, la voilà dans une colère épouvantable. " Cette vieille est une sorcière, dit-elle, qui a voulu se moquer de moi, je veux la faire mourir. " Elle assembla donc les juges pour faire le procès à la vieille femme, mais l'Eveillé, qui avait entendu tout cela, courut à la cabane, pour lui dire de se sauver.

« Bonjour, le page aux vieilles », lui dit-elle ; car on lui avait donné ce nom, depuis qu'il avait aidé à la tirer de la boue.

« Ah ! ma bonne mère, lui dit l'Eveillé, hâtez vous de vous sauver dans la maison de mon père ; c'est un très honnête homme, il vous cachera de bon coeur ; mais, si vous demeurez dans votre cabane, on enverra des soldats pour vous prendre, et vous faire mourir.

- Je vous ai bien de l'obligation, lui dit la vieille mais je ne crains point la méchanceté de la reine. »

En même temps, quittant la forme d'une vieille, elle parut à l'Eveillé sous la figure naturelle, et il fut ébloui de sa beauté. L'Eveillé voulait se jeter à ses pieds ; mais elle l'en empêcha, et lui dit :

« Je vous défends de dire au prince, ni à personne au monde, ce que vous venez de voir ; je veux récompenser votre charité : demandez-moi un don.

- Madame, lui dit l'Eveillé, j'aime beaucoup le prince mon maître, et je souhaite de tout mon coeur de lui être utile ; ainsi, je vous demande d'être invisible quand je le souhaiterai, afin de pouvoir connaître quels sont les courtisans qui aiment véritablement mon prince.

- Je vous accorde ce don, reprit la fée ; mais il faut encore que je paye les dettes de Tity : n'a-t-il pas emprunté quatre guinées à votre père ?

- Il les a rendues, reprit l'Eveillé ; il sait bien qu'il est honteux aux princes, de ne pas payer leurs dettes ; ainsi, il m'a remis les quatre guinées que la reine lui a envoyées.

- Je sais bien cela, dit la fée ; mais je sais aussi que le prince a été au désespoir de ne pouvoir rendre davantage ; car il sait qu'un prince doit récompenser noblement, et c'est cette dette que je veux payer. Prenez cette bourse qui est pleine d'or, et portez-la à votre père : il y trouvera toujours la même somme, pourvu qu'il n'y prenne que pour faire de bonnes actions. »

En même temps, la fée disparut, et l'Eveillé fut porter cette bourse à son père, auquel il recommanda le secret. Cependant, les juges, que la reine avait assemblés pour condamner la vieille, étaient fort embarrassés, et ils dirent à cette princesse :

« Comment voulez-vous que nous condamnions cette bonne femme, elle n'a point trompé Votre Majesté ; elle lui a dit, "je ne suis qu'une pauvre femme et je n'ai pas de diamants".

La reine se mit fort en colère, et leur dit :

« Si vous ne condamnez pas cette malheureuse qui s'est moquée de moi, et qui m'a fait dépenser inutilement beaucoup d'argent pour louer des chevaux, et payer des médecins, vous aurez sujet de vous en repentir. »

Les juges pensèrent en eux-mêmes, la reine est une très méchante femme ; si nous lui désobéissons, elle trouvera le moyen de nous faire périr ; il vaut mieux que la vieille périsse que nous. Tous les juges condamnèrent donc la vieille à être brûlée toute vive, comme une sorcière. Il n'y en eut qu'un seul qui dit qu'il aimerait mieux être brûlé lui-même, que de condamner une innocente. Quelques jours après, la reine trouva des faux témoins, qui dirent que ce juge avait mal parlé d'elle ; on lui ôta sa charge, et il allait être réduit à demander l'aumône avec sa femme et ses enfants ; mais l'Eveillé prit une grosse somme dans la bourse de son père, et la donnant à ce juge, il lui conseilla de passer dans un autre pays. Cependant l'Eveillé se trouvait partout, depuis qu'il pouvait se rendre invisible : il apprit beaucoup de secrets ; mais comme c'était un honnête garçon, jamais il ne rapportait rien qui pût faire mal à personne, excepté ce qui pouvait servir à son maître. Comme il allait souvent dans le cabinet du roi, il entendait que la reine disait à son mari :

« Ne sommes-nous pas malheureux, que Tity soit l'aîné ? Nous amassons beaucoup de trésors qu'il dissipera aussitôt qu'il sera roi ; et Mirtil qui est bon ménager, au lieu de toucher à ces trésors, les aurait augmentés ; n'y aurait-il pas moyen de le déshériter ?

- Il faudra voir, lui répondit le roi, et si nous ne pouvons y réussir, il faudra enterrer ces trésors, crainte qu'il ne les dissipe. » L'Eveillé entendait aussi tous les courtisans, qui, pour plaire au roi et à la reine, leur disaient du mal de Tity, et louaient Mirtil, puis au sortir de chez le roi, ils venaient chez le prince, et lui disaient qu'ils avaient pris son parti devant le roi et la reine ; mais le prince, qui savait la vérité par le moyen de l'Eveillé, se moquait d'eux dans son coeur, et les méprisait. Il y avait à la cour quatre seigneurs qui étaient fort honnêtes gens ; ceux- prenaient le parti de Tity, mais ils ne s'en vantaient pas ; au contraire, ils l'exhortaient toujours à aimer le roi et la reine, et à leur être obéissant. Il y avait un roi voisin qui envoya des ambassadeurs à Guinguet pour une affaire de conséquence. La reine, selon la bonne coutume, ne voulut pas que Tity parût devant les ambassadeurs. Elle lui dit d'aller dans une belle maison de campagne qui appartenait au roi, parce que, ajouta-t-elle, « les ambassadeurs voudront sans doute voir cette maison, et il faudra que vous en fassiez les honneurs ».


Auteur : Jeanne-Marie Leprince de Beaumont

Ogiho Titi (nutta gaho)

Texte en elko

Traducteur : Ziecken

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