Le Prince Tity (quatrième partie)

De Elkodico.

Le Prince Tity

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Le Prince Tity (quatrième partie)

Cependant, Guinguet fut fort en colère, quand il apprit que son fils avait rendu la liberté à Violent, sans lui faire payer beaucoup d'argent, et ce prince avait beau lui représenter qu'il lui avait donné l'ordre d'agir comme il le voudrait, il ne pouvait lui pardonner. Tity, qui aimait et respectait son père, tomba malade de chagrin de lui avoir déplu. Un jour qu'il était seul dans son lit, sans penser que c'était le premier jour du mois, il vit entrer deux jolis serins par la fenêtre, et fut fort surpris lorsque ces deux serins, reprenant leurs formes naturelles, lui présentèrent la fée et sa chère Biby. Il allait remercier la bonne fée, quand la reine entra dans son appartement, tenant dans ses bras un gros chat qu'elle aimait beaucoup, parce qu'il prenait les souris qui mangeaient les provisions, et qu'il ne lui coûtait rien à nourrir. D'abord que la reine vit les serins, elle se fâcha de ce qu'on les laissait courir, parce que cela gâtait les meubles. Le prince lui dit qu'il les ferait mettre dans une cage ; mais elle répondit qu'elle voulait qu'on les prît dans le moment, qu'elle les aimait beaucoup, et qu'elle les mangerait à son dîner. Le prince désespéré eut beau prier, tous les courtisans et ses domestiques couraient après les serins, et on ne l'écoutait pas. Un valet prit un balai, et fit tomber à terre la pauvre Biby. Le prince se jeta hors de son lit pour la secourir ; mais il serait arrivé trop tard, car le chat de la reine s'était échappé de ses bras, et allait la tuer d'un coup de griffe, lorsque la fée, prenant tout d'un coup la figure d'un gros chien, sauta sur le chat, l'étrangla ; ensuite, elle prit aussi bien que Biby la figure d'une petite souris, et elles s'enfuirent toutes les deux par un petit trou, qui était dans un coin de la chambre. Le prince était tombé évanoui à la vue du danger qu'avait couru sa chère Biby ; mais la reine n'y fit pas attention, elle n'était occupée que de la mort de son chat, pour lequel elle jetait des cris horribles : elle dit au roi qu'elle se tuerait s'il ne vengeait pas la mort de ce pauvre animal ; que Tity avait commerce avec des sorciers, pour lui donner du chagrin, et qu'elle n'aurait pas un moment de repos qu'il ne l'eût déshérité, pour donner la couronne à son frère. Le roi y consentit, et lui dit que le lendemain il ferait arrêter le prince, et qu'on lui ferait son procès. Le fidèle Eveillé ne s'était pas endormi dans cette occasion ; il s'était glissé dans le cabinet du roi, et vint tout de suite avertir le prince. La peur qu'il avait eue lui avait ôté la fièvre, et il se disposait à monter à cheval pour se sauver, lorsqu'il vit la fée, qui lui dit :

« Je suis lasse des méchancetés de votre mère, et de la faiblesse de votre père ; je vais vous donner une bonne armée, allez les prendre dans leur palais, vous les mettrez dans une prison avec leur fils Mirtil, vous monterez sur le trône, et vous épouserez Biby tout de suite.

- Madame, dit le prince à la fée, vous savez que j'aime Biby plus que ma vie ; mais le désir de l'épouser ne me fera jamais oublier ce que je dois à mon père, et à ma mère, et j'aimerais mieux périr tout à l'heure, que de prendre les armes contre eux.

- Venez, que je vous embrasse, lui dit la fée ; j'ai voulu éprouver votre vertu, si vous aviez accepté mes offres, je vous aurais abandonné ; mais puisque vous avez eu le courage d'y résister, je serai toujours de vos amies, et je vais vous en donner la preuve. Prenez la forme d'un vieillard, et sûr de ne pouvoir être reconnu sous cette figure, parcourez votre royaume, et vous instruirez par vous-même de toutes les injustices qu'on commet contre vos pauvres sujets, afin de les réparer quand vous serez roi ; l'Eveillé, qui restera à la cour, vous rendra compte de tout ce qui arrivera pendant votre absence

Le prince obéit à la fée, et il vit des choses qui le firent frémir. On vendait la justice, les gouverneurs pillaient le peuple, les grands maltraitaient les petits, et tout cela se faisait au nom du roi. Au bout de deux ans, l'Eveillé lui écrivit que son père était mort, et que la reine avait voulu faire couronner son frère ; mais que les quatre seigneurs qui étaient honnêtes gens, s'y étaient opposés, parce qu'il les avait avertis qu'il était vivant, et qu'ainsi, la reine s'était sauvée avec son fils dans une province, qu'elle avait fait révolter. Tity, qui avait repris sa figure, alla dans sa capitale et fut reconnu roi, après quoi il écrivit une lettre fort respectueuse à la reine, pour la prier de ne point causer de révolte : il lui offrit aussi une bonne pension pour elle et son frère Mirtil. La reine, qui avait une grosse armée, lui écrivit qu'elle voulait la couronne, et qu'elle viendrait la lui arracher de dessus la tête. Cette lettre ne fut pas capable de porter Tity à sortir du respect qu'il devait à la reine ; mais cette méchante femme ayant appris que le roi Violent venait au secours de son ami Tity, avec un grand nombre de soldats, elle fut forcée d'accepter les propositions de son fils. Ce prince se vit donc paisible possesseur de son royaume, et il épousa la belle Biby au contentement de tous ses sujets, qui furent charmés d'avoir une si belle reine.


Auteur : Jeanne-Marie Leprince de Beaumont

Ogiho Titi (elta gaho)

Texte en elko

Traducteur : Ziecken

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