Le Prince Tity (septième partie)

De Elkodico.

Le Prince Tity

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Le Prince Tity (septième partie)

En même temps, on avertit Tity que les officiers, qu'il avait chargés d'acheter toutes les terres et les maisons qui environnaient celle de Biby, demandaient à lui parler. Il commanda qu'on les fit entrer, et ils lui montrèrent le dessein de l'ouvrage qu'ils voulaient faire en cette petite maison. Ils y avaient ajouté un grand jardin, et un grand parc, qui aurait été parfait, s'ils eussent pu abattre une petite maison, qui se trouvait au beau milieu d'une des allées de ce parc, et qui en gâtait la symétrie.

« Et pourquoi n'avez-vous pas ôté cette bicoque ? dit le roi Violent, en parlant à ces officiers et aux architectes.

- Seigneur, lui répondirent-ils, notre roi nous avait défendu de faire violence à personne, et il s'est trouvé un homme qui n'a jamais voulu vendre la maison, quoique nous ayons offert de la lui payer quatre fois plus qu'elle ne vaut.

- Si ce coquin- était mon sujet, je le ferais pendre, dit Violent.

- Vous videriez votre gobelet auparavant, dit la fée.

- Je crois que le gobelet ne pourrait lui sauver la vie, répondit Violent ; car enfin, n'est-il pas horrible qu'un roi ne soit pas maître dans ses états, et qu'il soit contraint d'abandonner un ouvrage qu'il souhaite achever, par l'obstination d'un faquin, qui devrait s'estimer trop heureux de faire sa fortune, en obligeant son maître, sans le forcer à le contraindre, ou à abandonner son dessein.

- Je ne ferai ni l'un ni l'autre, dit Tity, en riant, et je prétends que cette maison soit le plus grand ornement de mon parc.

- Oh, je vous en défie, dit Violent, elle est tellement placée, qu'elle ne peut servir qu'à le gâter.

- Voici ce que je ferai, dit Tity, elle sera environnée d'une muraille assez haute, pour empêcher cet homme d'entrer dans mon parc, mais pas assez pour lui ôter la vue, car il ne serait pas juste de l'enfermer comme dans une prison ; cette muraille continuera des deux côtés, et l'on y lira ces paroles, écrites en lettres d'or : Un roi, qui fit bâtir ce parc, aima mieux lui laisser ce défaut, que de devenir injuste à l'égard d'un de ses sujets, en lui ravissant l'héritage de ses pères, sur lequel il n'avait d'autre droit, que celui de la force.

- Tout ce que je vois me confond, dit Violent ; j'avoue que je n avais pas même l'idée des vertus héroïques qui font les grands hommes. Oui, Tity, cette muraille sera ornement de votre parc, et la belle action que vous faites en l'élevant, sera ornement de votre vie. Mais, madame, d' vient que Tity se porte naturellement aux grandes vertus, dont je n'ai pas même l'idée, comme je vous l'ai dit ?

- Grand roi, lui répondit la fée, Tity, élevé par des parents qui ne pouvaient pas le souffrir, a toujours été contredit depuis qu'il est au monde : il s'est accoutumé par conséquent, à soumettre sa volonté à celle d'autrui dans toutes les choses indifférentes. Comme il n'avait aucun pouvoir dans le royaume, pendant la vie de son père, il ne pouvait accorder aucune grâce, et qu'on savait que le roi avait envie de le déshériter, les flatteurs n'ont pas daigné le gâter, parce qu'ils ne croyaient pas avoir rien à craindre, ni à espérer de lui : ils l'ont abandonné aux honnêtes gens, que le seul devoir attachait à sa personne ; et dans leur compagnie, il a appris qu'un roi, qui est maître absolu pour faire du bien, doit avoir les mains liées, lorsqu'il est question de faire du mal ; qu'il commande à des hommes libres et non à des esclaves ; que les peuples ne se sont soumis à leurs égaux, en leur donnant la couronne, que pour se donner des pères, des protecteurs aux lois, un refuge aux pauvres et aux opprimés. Vous n'avez jamais entendu ces grandes vérités. Devenu roi dès l'âge de douze ans, les gouverneurs, à qui l'on a confié votre éducation, n'ont pensé qu'à faire leur fortune, en gagnant vos bonnes grâces. Ils ont appelé votre orgueil, noble fierté ; vos emportements, des vivacités excusables : en un mot, ils ont fait jusqu'à ce jour votre malheur, et le malheur de vos pauvres sujets, que vous avez regardés et traités en esclaves ; parce que vous pensiez, qu'ils n'étaient au monde que pour servir à vos caprices, au lieu que dans la vérité, vous n'y êtes que pour servir à les protéger, et à les défendre. »

Violent convint des vérités que lui disait la fée instruit de ses devoirs, il s'appliqua à se vaincre pour les remplir ; et fut encouragé dans ses bonnes résolutions, par l'exemple de Tity et de l'Eveillé, qui conservèrent sur le trône les vertus qu'ils y avaient apportées.


Auteur : Jeanne-Marie Leprince de Beaumont

Ogiho Titi (sauta gaho)

Texte en elko

Traducteur : Ziecken

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