Le Prince Tity (troisième partie)

De Elkodico.

Le Prince Tity

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Le Prince Tity (troisième partie)

Quand Tity fut parti, la reine prépara tout pour recevoir les ambassadeurs, sans qu'il lui en coûtât beaucoup. Elle prit une jupe de velours, et la donna aux tailleurs, pour faire les deux derrières d'un habit à Guinguet et à Mirtil ; on fit les devants de ces habits de velours neuf, car la reine pensait que, le roi et le prince étant assis, on ne verrait pas le derrière de leurs habits. Pour les rendre magnifiques, elle prit les diamants qu'on avait trouvés dans les nèfles, pour servir de boutons à l'habit du roi ; elle attacha à son chapeau le diamant qui avait été trouvé dans l'oeuf, et les petits qui étaient sortis des noisettes furent employés à faire des boutons à l'habit de Mirtil, et une pièce, un collier, et des noeuds de manche à la reine. Véritablement ils éblouissaient avec tous les diamants. Guinguet et sa femme se mirent sur leur trône et Mirtil était à leurs pieds ; mais à peine les ambassadeurs furent-ils entrés dans la chambre, que les diamants disparurent, et il n'y eut plus que des nèfles, des noisettes et un oeuf. Les ambassadeurs crurent que Guinguet s'était habillé d'une manière si ridicule, pour faire affront à leur maître ; ils sortirent tout en colère, et dirent que leur maître leur apprendrait qu'il n'était pas un roi de nèfles. On eut beau les rappeler, ils ne voulurent rien écouter, et s'en retournèrent dans leur pays. Guinguet et sa femme restèrent fort honteux et fort en colère.

" C'est Tity qui nous a joué ce tour, dit-elle au roi, quand il fut seul avec elle ; il faut le déshériter, et laisser notre couronne à Mirtil.

- J'y consens de tout mon coeur ", dit le roi.

En même temps ils entendirent une voix qui leur dit, " si vous êtes assez méchants pour le faire, je vous casserai tous les os, les uns après les autres ". Ils eurent une grande peur d'entendre cette voix ; car ils ne savaient pas que l'Eveillé était dans leur cabinet, et qu'il avait entendu leur conversation. Ils n'osèrent donc faire aucun mal à Tity ; mais ils faisaient chercher la vieille de tous les côtés pour la faire mourir, et ils étaient au désespoir de ce qu'on ne pouvait la trouver. Cependant, le roi Violent, qui était celui qui avait envoyé les ambassadeurs à Guinguet, crut que véritablement on avait voulu se moquer de lui, et résolut de se venger, en déclarant la guerre à Guinguet. Ce dernier en fut d'abord bien fâché, car il n'avait pas de courage, et craignait être tué, mais la reine lui dit, " ne vous affligez pas, nous enverrons Tity commander notre armée, sous prétexte de lui faire honneur ; c'est un étourdi qui se fera tuer, et alors nous aurons le plaisir de laisser la couronne à Mirtil ". Le roi trouva cette invention admirable, et ayant fait revenir Tity de la campagne, il le nomma généralissime de ses troupes ; et pour lui donner plus d'occasions d'exposer sa vie, il lui donna un plein pouvoir pour la guerre, ou la paix. Tity, étant arrivé sur les frontières du royaume de son père, résolut d'attendre l'ennemi, et s'occupa à faire bâtir une forteresse dans un petit passage, par lequel il fallait entrer. Un jour qu'il regardait travailler les soldats, il eut soif, et voyant une maison sur une montagne voisine, il monta pour demander à boire. Le maître de la maison, qui se nommait Abor, lui en donna, et comme le prince allait se retirer, il vit entrer dans cette maison une fille si belle, qu'il en fut ébloui. C'était Biby, fille d'Abor ; et le prince, charmé de cette belle fille, retourna souvent à cette maison sous divers prétextes. Il parla souvent à Biby, et trouvant qu'elle était fort sage et qu'elle avait beaucoup d'esprit, il disait en lui-même : si j'étais mon maître, j'épouserais Biby, elle n'est pas née princesse, mais elle a tant de vertus, qu'elle est digne de devenir reine. Tous les jours il devenait plus amoureux de cette fille ; et enfin, il prit la résolution de lui écrire. Biby, qui savait fort bien qu'une honnête fille ne reçoit point de lettres des hommes, porta celle du prince à son père, sans l'avoir décachetée. Abor, voyant que le prince était amoureux de sa fille, demanda à Biby si elle aimait Tity. Biby qui n'avait jamais menti dans toute sa vie, dit à son père que le prince lui avait paru si honnête homme, qu'elle n'avait pu s'empêcher de l'aimer ; mais, ajouta-t-elle, « je sais bien qu'il ne peut pas m'épouser, parce que je ne suis qu'une bergère ; ainsi, je vous prie de m'envoyer chez ma tante qui demeure bien loin d'ici ». Son père la fit partir le même jour, et le prince fut si chagrin de l'avoir perdue, qu'il en tomba malade. Abor lui dit :

« Mon prince, je suis bien fâché de vous chagriner, mais puisque vous aimez ma fille, vous ne voudriez pas la rendre malheureuse ; vous savez bien qu'on méprise, comme la boue des rues, une fille qui reçoit les visites d'un homme qui l'aime, et qui ne veut pas l'épouser.

- Ecoutez, Abor, dit le prince, j'aimerais mieux mourir, que de manquer de respect à mon père, en me mariant sans sa permission ; mais promettez-moi de me garder votre fille, et je vous promets de l'épouser quand je serai roi : je consens à ne point la voir jusqu'à ce temps-. »

En même temps la fée parut dans la chambre, et surprit beaucoup le prince ; car il ne l'avait jamais vue sous cette figure.

« Je suis la vieille que vous avez secourue, dit-elle au prince ; et vous êtes si honnête homme, et Biby est si sage, que je vous prends tous les deux sous ma protection. Vous l'épouserez dans deux ans, mais jusqu'à ce temps, vous aurez encore bien des traverses. Au reste, je vous promets de vous rendre une visite tous les mois, et je mènerai Biby avec moi. »

Le prince fut enchanté de cette promesse, et résolut d'acquérir beaucoup de gloire pour plaire à Biby. Le roi Violent vint lui offrir la bataille, et Tity non seulement la gagna, mais encore Violent fut fait prisonnier. On conseillait à Tity de lui ôter tout son royaume, mais il dit : " Je ne veux pas faire cela : les sujets, qui aiment toujours mieux leur roi qu'un étranger, se révolteraient, et lui rendraient la couronne ; Violent n'oublierait jamais sa prison, et ce serait une guerre continuelle qui rendrait deux peuples malheureux : je veux au contraire rendre la liberté à Violent, et ne lui rien demander pour cela ; je sais qu'il est généreux, il deviendra mon ami et son amitié vaudra mieux pour nous, que son royaume qui ne nous appartient pas ; et j'éviterai par une guerre, qui coûterait la vie à plusieurs milliers d'hommes. " Ce que Tity avait prévu arriva, Violent fut si charmé de sa générosité, qu'il jura une alliance éternelle avec le roi Guinguet, et avec son fils.


Auteur : Jeanne-Marie Leprince de Beaumont

Ogiho Titi (kouta gaho)

Texte en elko

Traducteur : Ziecken

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