Le Purgatoire (La Divine Comédie) - Chant XIV

De Elkodico.

La Divine Comédie

L'Enfer

Chant IChant IIChant IIIChant IVChant VChant VIChant VIIChant VIIIChant IXChant XChant XI
Chant XIIChant XIIIChant XIVChant XVChant XVIChant XVIIChant XVIIIChant XIXChant XXChant XXI
Chant XXIIChant XXIIIChant XXIVChant XXVChant XXVIChant XXVIIChant XXVIIIChant XXIXChant XXXChant XXXIChant XXXIIChant XXXIII

Le Purgatoire

Chant IChant IIChant IIIChant IVChant VChant VIChant VIIChant VIIIChant IXChant XChant XI
Chant XIIChant XIIIChant XIVChant XVChant XVIChant XVIIChant XVIIIChant XIXChant XXChant XXI
Chant XXIIChant XXIIIChant XXIVChant XXVChant XXVIChant XXVIIChant XXVIIIChant XXIXChant XXXChant XXXIChant XXXIIChant XXXIII

Le Paradis

Chant IChant IIChant IIIChant IVChant VChant VIChant VIIChant VIIIChant IXChant XChant XI
Chant XIIChant XIIIChant XIVChant XVChant XVIChant XVIIChant XVIIIChant XIXChant XXChant XXI
Chant XXIIChant XXIIIChant XXIVChant XXVChant XXVIChant XXVIIChant XXVIIIChant XXIXChant XXXChant XXXIChant XXXIIChant XXXIII

 

Le Purgatoire - Chant XIV

« Qui est celui- qui parcourt les cercles de notre mont, avant que la mort lui ait donné le vol, et qui ouvre et ferme les yeux à son gré ? — « Je ne sais qui il est, mais je sais qu’il n’est pas seul : demande-le-lui, toi qui es plus près, et afin qu’il parle, fais-lui un doux accueil. »

Ainsi deux esprits, penchés l’un sur l’autre, discouraient de moi, à main droite. Puis, pour me parler, ils renversèrent la tête. Et l’un dit : « O âme, qui encore unie au corps t’en vas vers le ciel, par charité console-nous, et dis-nous d’ tu viens, et qui tu es. De la grâce qui t’est faite nous sommes étonnés, autant qu’on doit l’être d’une chose qui auparavant ne fut jamais. « Et moi : — Par le milieu de la Toscane s’épand un petit fleuve, qui naît dans le Falterona, et qu’un cours de cent milles ne rassasie pas. De ses rives j’apporte ce corps ; vous dire qui je suis serait parler en vain, mon nom encore ayant peu retenti. « Si mon intelligence saisit bien ta pensée, me répondit alors le premier, tu parles de l’Arno. « Et l’autre lui dit : « Pourquoi a-t-il caché le nom de cette rivière, comme on le fait des choses horribles ? « Et celui à qui cette demande était faite, ainsi s’acquitta : « Je ne sais ; mais bien est-il juste que périsse le nom de ce fleuve, qui, de sa source ( le mont alpestre dont le Pelore est un tronçon, d’eaux abonde tellement, que peu de lieux en cela le surpassent), jusque- il se rend, pour renouveler ce que le ciel évapore de la mer, d’ les fleuves tirent ce qui avec eux va, ne rencontre que gens qui, tous, tenant la vertu pour ennemie, la fuient comme une couleuvre, par le malheur du lieu, ou par la mauvaise habitude qui les aiguillonne. « D’, tant ont changé de nature les habitants de la misérable vallée, qu’il semble que Circé les ait eus dans ses pâturages.

« Parmi de sales pourceaux, plus dignes de glands que d’une autre nourriture à l’usage de l’homme, il dirige d’abord son maigre cours ; puis descendant, il trouve des roquets plus hargneux que ne le comporte leur force, et d’eux il détourne son museau dédaigneux. Il descend encore, et plus il grossit, plus le fleuve maudit et néfaste trouve de chiens qui se font loups. Ayant ensuite traversé des ravins plus sombres, il trouve les renards, si pleins de fraude, qu’ils ne craignent point qu’aucune habileté les vainque. Je le dirai, quoique d’autres m’entendent ; et bien s’en trouvera celui-, s’il se souvient de ce qu’un esprit vrai me dévoile. Je vois ton neveu, qui devient chasseur de ces loups sur la rive de l’horrible fleuve, et les épouvante tous. Il vend leur chair vivante ; puis il les tue, comme on tue une vieille bête ; beaucoup de la vie, et lui d’honneur il prive. Sanglant il sort de la triste forêt : telle il la laisse, que, comparée à ce qu’elle fut jadis, d’ici à mille ans elle ne se reboisera pas. »

Comme, à l’annonce de cruels désastres, se trouble le visage de celui qui écoute, de quelque côté que le péril le menace ; ainsi vis-je l’autre âme, qui se tenait tournée pour entendre, se troubler et s’attrister après qu’en soi elle eut recueilli les paroles.

Le dire de l’une, et la vue de l’autre me rendirent désireux de savoir leurs noms, et je les demandai avec prières. Sur quoi, celui qui le premier avait parlé, recommença : « Tu veux que je condescende à faire ce que tu n’as pas voulu faire pour moi. Mais, puisqu’en toi Dieu veut que tant reluise sa grâce, je ne te refuserai pas : sache donc que je suis Guido del Duca. Mon sang fut si enflammé d’envie, que si quelqu’un j’avais vu se réjouir, de jalousie tu m’aurais vu livide. De ce que je semai, une telle paille je moissonne. O humaine espèce, pourquoi mets-tu ton cœur d’ doit être exclu tout compagnon ? Celui-ci est Rinieri, l’ornement et l’honneur de la maison de Calboli, nul ne s’est rendu héritier de sa vertu. Et non seulement sa race, entre le et le mont et la mer et le Reno, est devenue pauvre de biens requis pour jouir du vrai et du contentement ; mais au dedans de ces limites, tant abondent les plantes vénéneuses, que sans fruit désormais serait une culture tardive.

«  est le bon Liccio, et Arrigo Menardi, Pierre Traversaro, et Guido di Carpigna ! O Romagnols tombés en bâtardise, lorsqu’à Bologne un Fabbro se fait de haute lignée ; lorsqu’à Faënza, un Bernardino di Fosco, d’une herbe rampante devient la noble tige ! Ne t’étonne point, ô Toscan, si je pleure, lorsqu’avec Guido da Prata je me rappelle Ugolin d’Azzo, qui vécut avec nous, Frédéric Tignoso et ses compagnons, la maison Traversara et les Anastagi (et l’une et l’autre race est déshéritée) : si je pleure les dames et les cavaliers, les soucis et les joies qu’en eux excitaient l’amour et la courtoisie, les cœurs sont devenus si mauvais. O Brettinoro, que ne fuis-tu, puisque ta famille, avec tant d’autres, s’en est allée pour ne pas se corrompre ? Bien fait Bagnacavallo, qui ne veut point de fils, et mal, Castrocaro, et pis, Conio, plus empressé d’engendrer de tels comtes. Bien feront les Pagani, lorsque leur démon s’en ira ; non cependant que jamais il reste d’eux une mémoire pure. O Ugolin de Fantoli, en sûreté est ton nom, parce que ne s’attend plus de toi, qui puisse en forlignant l’obscurcir. Mais va, Toscan, car trop plus maintenant me délecte le pleurer que le parler, tant notre pays m’a serré le cœur. »

Nous savions que ces chères âmes nous entendaient aller ; et ainsi, en se taisant, elles nous donnaient confiance dans le chemin.

Lorsqu’ayant avancé nous fûmes seuls, semblable à la foudre qui fend l’air, de devant nous vint une voix : « Me tuera quiconque me rencontrera. « Et elle s’enfuit, comme s’éloigne le tonnerre qui subitement déchire la nuée. Lorsque d’elle notre ouïe eut trêve, tout à coup, une autre, avec un tel fracas qu’elle ressemblait au tonnerre qui suit un autre tonnerre : « Je suis Aglaure, qui devins rocher. « Et alors, pour me serrer contre le Poète, en arrière je portai. le pied, et non en avant. Déjà partout l’air était tranquille ; et lui me dit : « Cette voix est le dur frein, qui devrait retenir l’homme dans ses bornes ; mais vous prenez l’appât, de sorte qu’à soi vous tire l’hameçon de l’antique adversaire, et ainsi peu vous sert le frein, ou l’appel.

Le ciel vous appelle ; autour de vous il tourne, vous montrant ses beautés éternelles, et votre œil à terre seulement regarde. Pour cela vous châtie celui qui voit tout. »


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