Le maître-voleur (quatrième partie)

De Elkodico.

Le maître-voleur
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Le maître-voleur

Lorsque la nuit fut venue, il se rendit à l'église du village avec un grand sac sur le dos, un paquet sous le bras et une lanterne à la main. Dans le sac, il y avait des crabes et dans le paquet des petites bougies. Le voleur s'installa dans le cimetière, sortit un crabe du sac, et lui colla une bougie sur le dos. Il l'alluma, posa l'animal sur le sol et le laissa marcher. Il en prit un deuxième, procéda à la même opération et continua ainsi jusqu'à ce qu'il eût retiré tous les crabes du sac. Il s'affubla alors d'une longue houppelande noire qui ressemblait à une robe de moine et fixa à son menton une longue barbe grise.

Rendu méconnaissable, il pénétra dans l'église et monta en chaire. L'horloge du clocher sonnait précisément minuit. Quand le dernier coup eut tinté, il cria très fort, d'une voix perçante :

- Oyez, pauvres pécheurs ! La fin du monde est arrivée ! Le jour du jugement dernier n'est plus éloigné ! Écoutez ! Écoutez ! Que celui qui veut aller au ciel entre dans mon sac. Je suis saint Pierre, celui qui ouvre ou ferme la porte du Paradis. Regardez, dehors, dans le cimetière, les morts sortent de leurs tombes et rassemblent leurs ossements. Venez, venez, entrez dans le sac, c'est la fin du monde !

Sa voix retentit dans tout le village. Le curé et le bedeau, qui habitaient tout près de l'église, l'avaient entendue les premiers. Lorsqu'ils virent les lumières se promenant dans le cimetière, ils comprirent que quelque chose d'inhabituel se passait et se rendirent à l'église. Ils écoutèrent le prêche du voleur pendant quelque temps. Puis le bedeau toucha le curé du coude et dit :

- Après tout, il ne serait pas mauvais de profiter de l'occasion et d'aller ensemble, sans plus de difficulté, au Paradis, avant le jugement dernier.

- Bien sûr, répondit le prêtre. C'est ce que je me disais. Si vous êtes d'accord, nous allons y aller.

- Oui, reprit le bedeau, mais la priorité vous appartient. Je vous suivrai.

Le prêtre passa donc le premier et monta en chaire le voleur tenait son sac. Il s'y faufila, suivi du bedeau. Aussitôt, le maître voleur ficela solidement le sac et le tira au bas de l'escalier. Chaque fois que les têtes des deux dupes heurtaient une marche, il criait :

- Nous franchissons déjà les montagnes !

De la même façon, il les traîna à travers le village et quand il passait dans des flaques d'eau, il disait :

- Maintenant, nous traversons déjà les nuages de pluie !

Et quand, finalement, il monta l'escalier du château, il s'écria :

- Nous sommes dans l'escalier du paradis ; nous allons entrer dans l'antichambre !

Quand il fut arrivé en haut, il jeta le sac dans la cage aux colombes et comme celles-ci battaient des ailes, il dit :

- Entendez-vous comme les anges se réjouissent et agitent leurs ailes ?

Il referma la porte de la cage et s'en fut.

Le lendemain matin, il se rendit auprès du comte et lui dit qu'il avait accompli sa troisième tâche en enlevant le curé et le bedeau en pleine église.

- les as-tu laissés ? demanda le comte.

- Ils sont en haut, dans la cage aux colombes, enfermés dans un sac et s'imaginant être au Ciel.

Le comte alla voir lui-même et vit que le voleur lui avait dit la vérité. Quand il eut libéré le curé et le bedeau de leur prison il dit :

- Tu es le roi des voleurs et tu as gagné. Mais disparais de mon pays ! Si on t'y revoit, tu peux être sûr de finir sur la potence.


Auteur : Jacob et Wilhelm Grimm

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