Les deux frères (quatrième partie)

De Elkodico.

Les deux frères

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Les deux frères (quatrième partie)

Le roi dit à la jeune fille :

- Est-ce la vérité que je viens d'entendre ?

- Hélas ! oui, répondit-elle, mais je mets pour condition que le mariage ne se célébrera qu'après un an et un jour.

Elle espérait que ce temps ne s'écoulerait pas sans lui apporter des nouvelles de son cher libérateur.

Cependant, sur la montagne, les animaux continuaient de dormir auprès de leur maître mort. Un gros bourdon dirigea son vol de ce côté, et s'abattit sur le nez du lièvre, mais le lièvre le chassa avec sa patte et continua à dormir. Le bourdon vint une seconde fois, mais le lièvre le chassa de nouveau et continua de dormir. Le bourdon vint une troisième fois, lui enfonçant son dard dans le nez et le lièvre se réveilla.

Aussitôt il réveilla le renard, qui s'empressa de réveiller le loup, qui réveilla l'ours, qui réveilla le lion. Lorsque le lion eut ouvert les yeux, et qu'il vit que la jeune fille avait disparu et que son maître était mort, il se mit à pousser des rugissements terribles et s'écria :

- Quel est l'auteur de ce meurtre ? Ours, pourquoi ne m'as-tu pas réveillé ?

Et l'ours dit au loup :

- Pourquoi ne m'as-tu pas réveillé ?

Et le loup au renard :

- Pourquoi ne m'as-tu pas réveillé ?

Et le renard au lièvre :

- Pourquoi ne m'as-tu pas réveillé ?

Le pauvre lièvre ne savait seul que répondre, et toute la faute pesa sur lui. En conséquence, tous les animaux voulurent tomber sur lui, mais il demanda à être entendu et dit :

- Ne me tuez pas, je promets de rendre la vie à notre maître. Je connais une montagne sur laquelle croit une racine ; quiconque a cette racine dans la bouche est guéri aussitôt de toute maladie et de toute blessure. Mais la montagne dont je vous parle se trouve à deux cents lieues d'ici.

Le lion répondit :

- Il faut qu'en vingt-quatre heures tu sois de retour avec cette racine.

Le lièvre ne fit qu'un bond, et vingt-quatre heures après il était de retour avec la racine.

Le lion replaça la tête sur les épaules du chasseur, et le lièvre lui mit la racine dans la bouche ; aussitôt tout reprit son cours naturel ; le coeur palpita de nouveau et la vie revint.

En ce moment le chasseur se réveilla ; il fut saisi d'épouvante en n'apercevant plus la jeune fille, et il se dit :

- Elle s'est enfuie sans doute pendant mon sommeil, afin de se débarrasser de moi.

Dans l'excès de son empressement, le lion avait remis de travers la tête de son maître ; celui-ci n'y prit point garde, absorbé qu'il était dans ses tristes pensées. Ce ne fut qu'à midi, lorsqu'il voulut manger, qu'il remarqua qu'il avait le visage tourné du côté du dos ; ne pouvant s'expliquer ce prodige, il demanda aux animaux ce qu'il lui était arrivé pendant son sommeil.

Le lion lui raconta alors qu'au lieu de faire la sentinelle, ils s'étaient tous endormis de fatigue ; qu'à leur réveil, ils l'avaient trouvé mort, la tête séparée du tronc ; que le lièvre était allé chercher la racine de vie, mais que lui, dans son empressement, il lui avait remis la tête de travers ; il ajouta qu'il voulait réparer sa faute. Cela dit, il arracha de nouveau la tête du chasseur, la lui replaça dans l'autre sens, et la racine du lièvre aidant, tout fut réparé.

Cependant le chasseur était triste ; il se mit à parcourir le monde et il gagnait sa vie en faisant danser ses bêtes devant les gens. Il arriva que juste un an après ce jour, il revint dans la même ville il avait délivré la fille du roi, et cette fois la ville était entièrement décorée de tenture écarlate. Il dit à l'aubergiste :

- Que signifie cela ? Il y a un an à pareil jour, la ville était toute couverte de crêpe noir ; que veut dire aujourd'hui cette décoration écarlate ?

L'aubergiste répondit :

- Il y a un an, la fille de notre roi devait être livrée au dragon, mais le maréchal a combattu contre le monstre et il l'a tué ; aussi ses noces se célèbrent-elles demain ; c'est pourquoi la ville qui était naguère tendue de crêpe noir en signe de deuil, l'est aujourd'hui de rouge ardent en signe de joie.

Le lendemain, le chasseur dit à son hôte vers l'heure du dîner : - Croiriez-vous, monsieur l'aubergiste, que je veux aujourd'hui en votre compagnie manger du pain de la table du roi ?

- Oui, répondit l'hôte, et moi, je parierais volontiers cent pièces d'or que ce ne sera pas.

Le chasseur accepta le pari et plaça sur la table une bourse avec le nombre de pièces d'or engagée par l'aubergiste. Cela fait, il appela le lièvre et lui dit :

- En route, mon cher sauteur, va me chercher du pain dont mange le roi.

« Eh ! pensa le lièvre, si je vais ainsi seul en sautant dans les rues, les chiens se mettront à mes trousses. »

Il avait pensé juste ; les chiens lui firent la chasse et voulurent goûter de sa chair succulente. Aussi fallait-il voir les bonds qu'il faisait. Il se glissa dans une guérite sans être aperçu par le factionnaire ; les chiens arrivèrent pour le saisir, mais le soldat n'entendit pas la plaisanterie, et il les reçut avec des coups de crosse qui les firent fuir en poussant des cris. Lorsque le lièvre aperçut le champ libre, il s'élança dans le palais, entra dans la chambre de la princesse, se plaça sous son siège et lui gratta légèrement le pied. La princesse cria :

- Veux-tu bien partir !

Car elle pensait que c'était son chien. Le lièvre gratta une seconde fois, et la princesse répéta les mêmes paroles, toujours dans la pensée que c'était son chien ; mais le lièvre ne la laissa pas dans cette erreur ; il gratta une troisième fois ; la princesse baissa les yeux et reconnut le lièvre à son collier ; aussitôt elle le prit dans ses bras, le porta dans son cabinet et lui dit :

- Lièvre, mon ami, que veux-tu ?

Il répondit :

- Mon maître, qui a tué le dragon, est ici, et il m'envoie pour que je demande un pain pareil à celui dont mange le roi.

À ces mots, la princesse ne se sentit pas de joie ; elle fit venir le boulanger, et lui ordonna d'apporter un pain pareil à ceux dont mangeait le roi. Le lièvre prenant la parole :

- Mais il faut, dit-il, que le boulanger me porte moi-même avec le pain, pour que les chiens ne me fassent pas de mal.


Auteur : Jacob et Wilhelm Grimm

Titre en elko

Texte en attente de traduction


Traduction : Nom du traducteur

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