Sais-tu qui te mangera ? (cinquième partie)

De Elkodico.

Sais-tu qui te mangera ?

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Sais-tu qui te mangera ? (cinquième partie)

Avril 1784

En fait le maître d'hôtel avait une grande affection pour Anoevia qui le lui rendait bien. Il eût été peiné de lui faire le moindre mal (Eh, oui, même les pervers ont leurs "faiblesses)". Leleur avait demandé ce délai pour échafauder et mettre en pratique un plan pour épargner Anoevia et pour envoyer vers le front, un courrier urgent afin d'alerter le roi Akirons de risques que couraient ses proches. Le maître d'hôtel savait que la reine ne s'arrêterait pas en si bon chemin ! Il enleva bien la jeune princesse, mais ce fut pour la mettre à l'abri chez un marchand de vins de Selne et la remplaça par une fillette de sa taille, laquelle eut été tout récemment renversée par un carrosse. S M Lætixia ne s'était jamais autant régalée. Elvira se lamentait de la disparition de sa fille. Sa belle-mère compatit hypocritement en pestant contre les bêtes qui peuplent encore les forêts royales. Son fils, inquiet de la disparition de sa sœur avait perdu l'appétit, au grand désespoir de sa grand-mère, qui aimerait bien le voir engraisser un peu. " Allez, mon p'tit, c'est du faon. Mange, tu ne sais pas qui te mangera ! ". À ces mots, Céleste Leleur, qui était présent pensa qu'il avait été diablement perspicace : Lætixia ne s'arrêterait pas . Aussi, durant la nuit suivante, il emmena Deavo pendant son sommeil vers un lieu sûr, d' il le conduirait le lendemain chez le marchand de vin de Selne était réfugiée sa sœur. Puis, n'ayant pas sous la main de juvénile cadavre de substitution, il prit dans la chambre froide, des morceaux d'agneau dont il fit un succulent ragoût bien épicé afin que sa maîtresse ne reconnût pas une différence de saveur avec la viande de la veille. Le lendemain, à neuf heures, la reine mère lui demanda : " est mon petit-fils ? Je ne l'ai pas vu dans sa chambre. "

Connaissant également les étranges petits-déjeuners de la reine mère, Leleur se dit que ledit petit-fils l'avait échappé belle.

Je l'ai travaillé cette nuit : j'en ai confectionné un ragoût aux épices dont Sa Majesté me donnera des nouvelles.
Je n'aime pas beaucoup ces initiatives personnelles, Leleur ! J'aurais voulu le manger cru pour ma collation matinale. Soit, vous avez voulu me faire plaisir, mais prochainement, évitez ce genre de fantaisie.
Je dois aviser Sa Majesté que nous allons encore manquer de vin des côtes de l'Hatua, je dois me rendre à Selne dès ce jour.
Soit, mais revenez vite, quand j'aurai mangé votre succulent ragoût, je vous commanderai autre chose.


Le maître d'hôtel se dit qu'autre chose pourrait bien être Sa Majesté Elvira en personne. Si Akirons n'avait pas reçu le pli ou s'il tardait à venir, il se pourrait fort bien qu'il appréciât, sans le savoir, son épouse bien-aimée entre les crudités et le fromage ! Le cuisinier trouva, dans quelque couloir des communs du palais, l'épouse du roi Akirons désespérée de la disparition de son fils, après celle de sa fille. Il l'attira discrètement et sans cérémonie dans un recoin.

Mes enfants... mes enfants...
Pas de panique, Vot'Majesté. Votre fille est en lieu sûr. Quant à votre fils, il est ici. Vous allez partir discrètement avec S A Deavo et moi à Selne. Personne ne doit nous voir quitter le palais. Votre belle-mère croira manger votre fils ce midi lors de son déjeuner, en fait, j'ai fait un ragoût d'agneau.
Qu'avons-nous mangé hier ? C'était réellement du faon ?
Ou...i.

Le maître d'hôtel n'allait certainement pas dire qu'une fillette morte accidentée avait constitué le plat de résistance de la veille. S A Elvira avait déjà eu son compte d'émotions ! Ainsi, vers 10h35, une carriole pleine de fûts "presque" vides quitta la capitale en direction de Selne. Les retrouvailles chez le marchand de vin furent émouvantes. Cependant, à Nakol, la reine mère commençait à douter de son maître d'hôtel qui, à deux reprises rapprochées, s'était rendu à Selne. D'autant plus que sa bru avait disparu. Elle se rendit aux cuisines pour aller fouiller dans les cuves à déchets, qu'elle trouva absolument vides (Leleur avait pris de sages précautions avant de partir). S M Lætixia soupçonna quelque tromperie et se promit d'éveiller sa vigilance. Le soir venu, au retour de son maître-queux, elle s'adressa à lui.


Figurez-vous, mon cher, que ma bru a disparu. Ne l'auriez-vous pas vu, par hasard ?
Que nenni. Elle a partir à la recherche de ses enfants, mettez-vous à sa place : sa fille et son fils disparaissent en deux jours. La pauvre doit être au désespoir. Au fait, le ragoût était comment ?
Délectable. Par ailleurs, je suis allée faire un tour dans les cuisines et n'ai vu aucun relief dans les cuves prévues à cet effet. J'aurais eu grand plaisir d' y voir les têtes. Leurs visages étaient si jolis : je les aurais fait empailler, ça m'aurait fait un souvenir.
Que Sa Majesté me pardonne, je les ai données aux chiens...
Une princesse et un duc ! Je vous trouve bien léger, Leleur ! C'est la deuxième fois que vous prenez une initiative ! Je vous soupçonne de me tromper : prenez garde !

Céleste Leleur commençait à avoir des sueurs froides. Combien de temps tiendrait-il encore devant cette folle ? "Empailler" ! Le pauvre maître d'hôtel marchait sur des charbons ardents. Sa maîtresse était peut-être folle, mais ce n'était pas une imbécile et il le savait. Celle-ci était maintenant persuadée que son cuisinier attitré la roulait dans la farine (!) mais elle ne savait comment faire pour le confondre. La solution était sans doute à Selne ; elle se promit d'avoir l'œil. Mais le gâte-sauce était mariole, il ne tomberait pas naïvement dans le premier piège venu : il convenait de le surveiller très discrètement.


Aux portes d’Hocklenge
24/4/1784

La capitale de Kantalabutt était encerclée de toutes parts, mais résistait depuis trois jours. On commençait à déplorer des pertes importants des deux côtés des fortifications. Le prince Kantalabutt II, fils de l'autre, était passé de vie à trépas. Le père d'Elvira, Edgar II en avait fait autant, ainsi que de nombreux soldats de part et d'autre. Par contre, Akirons, qui pourtant s'exposait au danger, tout comme Zonkhal et quelques hommes de leur trempe, avaient une chance insolente. Le duc Çybhárt pouvait être fier de ses hommes. Vers huit heures, un messager tout exténué de son voyage et tout ému des dangers qu'il eut à courir porta un pli au nouveau roi. Celui-ci le remercia, ouvrit le pli, le lut et pâlit :


"Votre Majesté"

"Je crois être en mon devoir de vous relater qu'un grave danger menace votre épouse et votre descendance. Sa Majesté votre mère tourne folle et m'a mandé de luy faire manger la princesse Anoevia. Je l'ai mise à l'abri chez un négociant en vin, à Selne, et je me promets d'en faire autant pour son frère et sa mère. mais je crains que bientost, Madame votre mère découvre la supercherie. De grace, je vous en conjure, venez la raisonner ; vu son autorité politique, je crains aussi pour ma vie."

"Votre dévoué serviteur"


"Céleste Leleur."

Akirons qui se souvint de la mise en garde avortée de son ami, le comte Zonkhal, s'en voulut de ne pas avoir été plus méfiant ; jamais il n'aurait pu penser que sa mère oserait aller jusqu'à... Il montra la lettre au duc Çybhárt et invoqua la Raison d'État pour partir au plus vite. Celui-ci ne se fit pas prier, compte tenu du motif de la demande et de la qualité du demandeur. Lequel reprit la direction du nord-ouest en priant le ciel qu'il ne soit pas déjà trop tard ! Il atteint les Toolemnare le lendemain et croisa cette bonne fée Dylevja qu'il connaissait bien. Il lui demanda s'il était possible de ralentir le temps afin de rattraper son retard. Celle-ci répondit par la négative mais elle fit boire au cheval un philtre qui le rendrait infatigable et extrêmement rapide. Ainsi il serait à Selne dans des délais raisonnables.


Nakol

Palais Royal
25/4/1784

10:22


Lætixia n'ayant toujours par revu sa bru et, trouvant à son cuisinier un regard de biais, décida qu'elle le suivrait à distance respectable lors de son prochain achat de vin à Selne. Ce qui ne saurait tarder. Par ailleurs son appétit devenait de plus en plus exigent et son caractère de plus en plus exécrable. était-elle donc, la bonne dame, toujours d'humeur joviale (ou presque), aimant la bonne table et les succulents breuvages ? C'était devenu un fauve humain prêt à mordre dans tout ce qui bouge ; un fauve n'ayant pas eu sa ration de viande humaine. Même les exempts en avaient peur. L'ogresse se révélait telle qu'en elle même. Les ragots de la cour prenaient corps de plus en plus. C'est la bouche encore sanguinolente de son dernier petit déjeuner qu'elle somma à deux exempts de l'accompagner le jour Leleur chargea ses fûts vides sur sa carriole.


Auteur : Anoev

Tena Kiwe Wami Li ?

Texte en elko


Traducteur : Ziecken

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