Sais-tu qui te mangera ? (sixième partie)

De Elkodico.

Sais-tu qui te mangera ?

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Sais-tu qui te mangera ? (sixième partie)

Selne et environs

25/4/1784

au cours de l’après-midi

À Selne, Leleur s'arrêta chez son fournisseur. Lætixia, qui était cachée à quelques toises de , observait le manège. Elle entendit des voix provenant de l'appartement, des voix qu'elle connaissait bien, des voix familières : la voix de sa bru, tout d'abord ; ainsi que celles de deux personnes qu'elle avait cru avoir mangées et digérées : celles de ses deux petits-enfants Anoevia et Deavo, princesse héritière et futur duc de Nakol. Avec l'aide des deux exempts qui étaient à ses ordres, elle pénétra en force dans l'appartement et fit arrêter tous ses occupants ; motif : atteinte à la sûreté de l'État ! Les exempts furent un peu étonnés (comment une fille d'une dizaine d'années et un garçonnet sensiblement plus jeune eussent-ils pu participer à un complot contre l'État ?) mais n'en laissèrent rien paraître : les ordres étaient les ordres. Toutefois, l'un d'eux profita d'un moment d'inattention de la mégère pour griffonner quelque chose sur un bout de papier, qu'il froissa et mit dans une de ses poches. Les captifs durent être attachés les uns aux autres aux poignets et embarqués sur la carriole du maître d'hôtel, sous le regard éberlué de quelques badauds, direction : la geôle de Selne. " Non " dit la reine mère : " On prend la route des falaises ". Un des exempts conduisit la carriole, l'autre accompagna Lætixia et les captifs à l'arrière, sur le plateau. Lorsque le véhicule passa devant la gendarmerie, il balança subrepticement son bout de papier. Le marchand de vin, lui, avait tout compris : la route des falaises était une voie en cul-de-sac surplombant l'Hatua. Du haut de majestueuses falaises, on dominait toute la vallée, avec ses vignes en escalier ; mais le négociant n'avait pas le cœur à admirer le paysage. Il savait aussi que c'était la route de certains malandrins qui autrefois précipitaient leurs victimes du haut de ces falaises, à l'issue de quelque agression ou règlement de comptes, pour leur imposer un silence définitif. Quand l'attelage atteignit l'extrémité de la route, celle qui dirigeait cette équipée sinistre dit avec emphase : " Tout le monde descend ! ".

* * *

Pendant ce temps, non loin de , à Selne, Akirons arrivait au triple galop. Un passant à qui il demandait la rue habite le marchand de vin, lui dit que deux hommes armés, accompagnés d'une matrone couronnée s'y étaient introduits et avaient emmenés tout le monde.

Qu'y avait-il ?
Une dame un peu forte avec une couronne...
—"(Ma mère, c'est elle qui dirige l'opération...)"
Une autre, plus jeune, très belle...
—"(Ma femme...)"
Deux enfants : un gars et une fille...
—"(Mes enfants...)"
Deux messieurs...
— "(Leleur et son fournisseur...)" Merci. sont-ils partis ?
Vers les crêtes.

Akirons fila à la gendarmerie de Selne dans l'espoir qu'il y eût, malgré la guerre, une permanence. Il s'y présenta. On lui répondit (et ça le rassura un peu) que deux des hommes du quartier s'étaient lancés à la poursuite d'un étrange attelage ayant traversé la ville à une vitesse dangereuse pour les riverains. " De plus " dit l'homme en faction, " l'un des policiers se trouvant à bord nous avaient lancé ce papier " :

Image:Ordtr.gif[1]

À la description des occupants du véhicule, le roi reprit un peu espoir : c'étaient bien eux. Il remercia l'homme en faction, et galopa vers la direction indiquée. Les crêtes, autrement dit, la route de la falaise, il connaissait pour y avoir été quand il avait douze ans : ses premières chevauchées.


* * *


" Pour vous, c'est fini ; c'est le grand plongeon. Je vous regretterai, cuistot : vous faisiez bien la cuisine, mais vous m'avez trahie. Ça, je ne saurais le pardonner. Vous, le marchand de vin, vous êtes complice... " dit Lætixia à l'adresse des deux hommes captifs. Elvira s'abstint se demander à sa belle-mère ce qu'elle faisait  : la réponse d'une folle prête à tuer n'avait plus pour elle aucune importance. Vraiment, la femme d'Akirons était d'un courage peu commun. Anoevia et Deavo étaient statufiés par la peur. " Faites votre travail ! poussez-les ! C'est un ordre ! " hurla Lætixia à l'adresse de ses deux exempts. Ce fut alors que les deux gendarmes de Selne apparurent :


UN DES GENDARMES

Arrêtez !

LÆTIXIA

De quel droit ?

LE GENDARME

Gendarmerie royale de Selne.

LÆTIXIA

Je suis la Régente ! J'ai les pleins pouvoirs !

* * *

À ce moment, Akirons apparut, crâne nu, brillant, bien reconnaissable  :

AKIRONS

Pas devant le Roi !

LÆTIXIA

Ne te mêle pas de ça, mon fils : j'ai démasqué des traîtres !

AKIRONS

(À sa mère) Ah oui ? Deavo ? Anoevia... (Aux gendarmes) Messieurs, arrêtez- ! (Aux exempts) Libérez les captifs !

LÆTIXIA

Plutôt crever !


À ce moment, l'ogresse se précipita sur les captifs qui avaient le bord de la falaise derrière eux. La chance voulut qu'ils fussent attachés les uns aux autres et qu'elle ne bondît pas du côté se trouvaient les deux hommes adultes. Ceux-ci tirèrent vivement de leur côté, ce qui jeta Deavo et Anoevia au sol. Laetixia trébucha sur cette dernière et fit un vol plané qui la fit s'écraser quelques toises en aval. Ainsi finit Lætixia : Cannibale et Ogresse Royale. Les exempts, ravis d'enfin pouvoir obéir à une personne raisonnable, coupèrent les liens des prisonniers. Akirons était une deuxième fois orphelin, il regarda machinalement vers la vallée. Derrière lui, il entendit des sanglots convulsifs : c'était Elvira qui, ayant tenu bon pendant trois jours face aux épreuves qu'elle avait subir, venait de craquer. Il la réconforta du mieux qu'il put, et il en fit de même, pour ses enfants qui, à leur tour, venaient d'ouvrir les vannes lacrymales.

Ne vous en faites plus ; tout danger est écarté, maintenant. Vous allez rentrer à Nakol...
Tu ne rentres pas avec nous ?
Eh, non, Anoevia ; la guerre n'est pas finie. Mais je pense qu'il n'y en aura plus pour bien longtemps, maintenant. Je serai certainement de retour avant deux semaines. Tu prendras bien soin de ta maman, et tu feras tout ce qu'elle te dira : c'est elle, maintenant la Régente...


Ils s'en allèrent chacun de leur côté : Akirons, vers la guerre, sa femme, ses enfants et le maître d'hôtel escortés par les exempts qui naguère les avaient arrêtés, en direction du palais de Nakol (Le roi pouvait avoir confiance en eux, à cause du dessin), le négociant en vin et les deux gendarmes se remettraient de leurs émotions en buvant une bonne pinte à la première auberge rencontrée à Selne. La vie reprenait.


Hocklenge
8/5/1784

La victoire d'Akirons et de ses alliés fut totale et écrasante : le peuple d'Hocklenge les accueillit en libérateurs. Kantalabutt et quelques irréductibles se retranchèrent dans le fort d'Orkastym, dont Bakún et ses camarades ouvrirent grand les portes ! Un nouveau noble prendrait le pouvoir en ces lieux, un homme bien plus civilisé et disposé à vivre en paix avec ses voisins : le Duc Sant-Hanrat Kantalamúrr. On rendit un hommage aux combattants tombés lors de cette guerre (Akirons se dit qu'il faudrait bien annoncer à sa femme la mort d'Edgar II, son père). Il fallait songer à la paix, maintenant ; et à construire quelque chose de nouveau.

Nakol
17/5/1784

Elvira apprit le décès de son père avec courage et, maintenant que son royal époux avait repris les rênes de l'État, elle se promit d'aller se recueillir sur sa sépulture, à Splan. Elle saluerait, en passant, Dylevja et les autres fées. Akirons éleva son ami, le comte Zonkhal au titre de marquis et n'oublia pas ses autres camarades de combat, cités par ailleurs par le duc Çybhárt, ainsi que Bakún et ses hommes. Les sujets du Roi... pardon : les citoyens du Royaume reprirent une vie normale et paisible. Au palais royal, c'était la fête : faisant table rase de son passé (sa confession fut douloureuse, mais il lui fut pardonné : après tout, il avait sauvé, au péril de sa vie, S M Elvira et ses deux enfants) Céleste Leleur avait enfin décidé à se marier ! Elvira lui dit : " C'est dommage que vous ne fassiez pas la cuisine cette fois-ci  ; j'aurais tellement aimé remanger du faon : "c'était vraiment délicieux !"

FIN


Auteur : Anoev

Tena Kiwe Wami Li ?

Texte en elko


Traducteur : Ziecken

Versions
Version 2013
Analyses
Analyse fréquentielleAnalyse syntaxique

Notes

  1. Forces de l'ordre en détresse
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