Contes d'Eolwen

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Ici sont regroupés les différents récits du monde d'Eolwen que l'on a pu retrouver.


Siwe mueç lei wen

"Entre ciel et terre" ; ce récit est aussi connu sous le titre français de "Lune de miel".


Il y eut un temps très lointain où les éléments étaient encore mêlés dans la lumière : Nin l'Eau, Çem l'Air, Saa le Feu, et Ewo la Terre. Pourtant ils prirent conscience du ciel au-dessus de leurs têtes, et du sol en-dessous de leurs pieds, et décidèrent d'explorer les beautés qu'ils observaient. Ewo le Fort, attiré par les sculptures des pics et les forêts mystérieuses, descendit sur terre. Nin la Douce, charmée par les ruisseaux, les torrents et les rivières qui dévalaient les plaines, descendit avec lui. Çem la Sereine, enchantée par le souffle des vents et par l'immensité du firmament, monta vers le ciel. Saa le Flamboyant, intrigué par l'éclat lointain des étoiles et par les lueurs étranges des nuées, monta avec elle.


Ainsi le temps passa pour les dieux célestes, et pour les dieux terrestres, tandis qu'ils découvraient le monde qui les entourait. Une fleur s'ouvrit et deux étoiles apparurent : Nyis la Pure, fille de Nin et d'Ewo, ainsi que Mael la Fière et Meol le Sage, enfants de Çem et de Saa. Nyis grandit en courant comme le vent dans les plaines, jouant dans les ruisseaux ; et les jeunes Mael et Meol enviaient de loin les promesses de la terre. Pour les amuser, Çem et Saa leur offrirent un peu de terre et d'eau. Les deux enfants mélangèrent l'argile. Meol en forma de petites figures aux traits de son entourage et des dieux terrestres qu'il devinait parfois : féminines ou masculines, aux cheveux noirs comme la nuit, roux comme le feu, blonds comme les reflets sur l'eau, bruns comme la terre, et aux yeux gris comme les nuages, bruns comme le bois, bleus comme l'eau, ou verts comme l'herbe. Mais Mael pour sa part essayait de former une balle, sans y arriver. D'impatience, elle aplatit la sphère d'argile, et de dépit, elle attrapa les figurines de Meol et les jeta vers la terre en contrebas. Mael et Meol coururent auprès de leurs parents en pleurant. Alors pour consoler Mael ils créèrent une boule d'air et de feu qu'elle nomma Uma, Soleil, et pour consoler Meol ils créèrent une deuxième sphère lumineuse qu'il nomma Ume, Lune.


Avec leurs balles de lumière ils purent jouer et courir à-travers les nuages, pourtant en grandissant Meol gardait le regard tourné vers la terre. De là, il apercevait par moment Nyis, et admirait le reflet de la lumière dans ses longs cheveux clairs. Un jour, elle lui rendit son regard, et se perdit dans la contemplation de ses yeux pâles. Elle lui sourit. « Rejoins-moi... » murmura-t-elle d'une voix douce. Sans réfléchir une seconde, il descendit des airs pour se tenir en face de la jeune fille. « Je suis Meol, fils de l'Air et du Feu. » Il inclina la tête vers elle. «Et je suis Nyis, fille de l'Eau et de la Terre... Laisse-moi être ton guide sur ces terres où je suis née. » Glissant sa main dans la sienne, Nyis lui fit découvrir les vastes plaines verdoyantes, les forêts obscures et mystérieuses, les montagnes venteuses et désertes. Ils traversèrent des torrents clairs et avancèrent le long de rivières aux eaux calmes. Elle lui montra l'étendue de la mer dont les vagues chantaient secrètement, et d'en bas, ils regardèrent les étoiles qui éclairaient la nuit sombre. « Comme la beauté de Nyis », se dit Meol. « Non, elle mérite plus étincelant encore qu'une simple étoile... » Il l'enlaça tendrement, sans ajouter un mot.


Lorsqu'il remonta auprès des siens, Meol repensa à la réflexion qu'il s'était faite cette nuit-là. Il voulait offrir un cadeau à la jolie Nyis, mais pas n'importe quel cadeau : un cadeau à la mesure de sa beauté. Il possédait bien une balle de lumière qui lui rappelait l'éclat de sa chevelure, mais il lui semblait évident que celle de Mael était bien plus brillante et bien plus belle. Aussi, une nuit, alors que sa sœur était endormie, il entra dans sa chambre sur la pointe des pieds, et déroba son Soleil. Il s'enfuit aussi discrètement qu'il était venu, et descendit sur terre. Mais puisque la douce lumière ne baignait plus sa chambre, Mael se réveilla et constata tout de suite sa disparition. Elle retrouva son frère qui était encore à la recherche de Nyis dans les plaines.

« Meol ! s'indigna-t-elle, rends-moi tout de suite Uma !

- Mais tu n'en n'as plus besoin, et tu ne joues plus avec depuis longtemps, tu te contentes de le garder caché à l'abri des regards.

- Toi aussi tu as reçu une balle de lumière ! Alors garde la tienne, et rends-moi la mienne !

- La Lune brille moins que le Soleil... releva Meol.

- De toute façon, pourquoi te faut-il une balle qui brille plus que la tienne ? Elle t'a toujours convenu, non ?

- Nyis mérite le plus beau des cadeaux.

- Nyis ? La fille de l'Eau ? Mais nous sommes les enfants du Feu, je te rappelle, tu n'as rien à faire avec elle ! Ta place est dans le ciel avec nous, pour commencer, et ensuite, il est hors de question qu'une autre que moi porte mon Soleil, c'est mon visage qu'il doit éclairer et celui de personne d'autre ! »

Meol soupira. « Hé bien, puisqu'il te le faut... reprends donc ton Soleil ! » Il tendit le ballon à sa sœur, qui s'en saisit très vite, mais cela ne lui suffit pas. « Je reprends Uma, et je reprends mon frère ! Tu n'as rien à faire ici, oublie tes promenades sur terre et remonte avec moi, si tu ne veux pas que notre père l'apprenne. » Alors à contrecœur, il se résolut à suivre sa sœur et à abandonner la surface de la terre.


Cependant Nyis était arrivée entre temps, attirée par la lumière d'Uma qui éclairait la nuit, et cachée derrière un arbre, elle surprit toute la conversation des jumeaux. Et lorsqu'elle vit Meol s'éloigner avec Mael sans se retourner, elle sut que jamais plus elle ne pourrait être à nouveau en sa compagnie, et cela lui brisa le cœur. Alors des larmes apparurent dans ses yeux, et coulèrent le long de ses joues comme les fleuves à-travers les plaines. Le vent se leva et entraîna ses larmes de son souffle, tourbillonnant dans les airs comme autant de gouttes arc-en-ciel, avant d'éclabousser doucement les prairies et les forêts. La végétation, émue par tant de détresse, sortit lentement de terre pour se pencher vers la jeune fille en pleurs. De nombreux animaux curieux parurent hors des forêts et des clairières et s'approchèrent. Et même, touchées par ses larmes, les figurines que Meol avait formées autrefois prirent vie et se levèrent pour écouter Nyis. Mais, indifférente à ces marques de compassion, elle se releva et s'enfuit en courant dans les bois.


Meol, quant à lui, resta auprès de Mael en prétendant demeurer dans les nuées où était sa place. En vérité, il attendait le retour de la nuit, lorsque tous seraient endormis, pour tout de même rejoindre Nyis. À la fin de la journée, il emporta la Lune avec lui pour éclairer son chemin, et redescendit sur terre. Mais il ne vit pas Nyis, et il eut beau parcourir plaines et collines, il ne la trouva pas. Elle n'était nulle part. Il baissa la tête, certain de ne jamais la retrouver, et aperçut alors les petites créatures qu'il avait autrefois formées qui se tenaient là : « les Eol », comme il décida de les nommer. Il se pencha vers eux et remarqua qu'ils ne parlaient pas, mais agitaient leurs bras en direction de la forêt. Il comprit qu'ils lui indiquaient la direction à suivre, et son cœur bondit dans sa poitrine, car l'espoir lui était revenu. Il bondit vers la forêt, et s'écria « Merci ! » à l'intention des Eol. Et soudain ils comprirent les paroles de Meol, et purent employer les mêmes mots. Reconnaissants, ils s'écrièrent à leur tour : « Merci ! » alors que Meol s'éloignait à grandes enjambées, et l'écho de leurs voix le suivit encore et encore jusqu'à l'orée de la forêt.


C'est alors qu'il retrouva Nyis, assise sous un arbre, la tête dans les mains. Perdue dans ses pensées, elle ne l'entendit pas arriver, et c'est seulement lorsqu'il l'entoura de ses bras qu'elle leva la tête vers lui et lui sourit. « Meol... J'ai eu si peur de ne pas te revoir... » Il sécha délicatement ses larmes. « J'ai beau être le fils du Feu, et devoir vivre dans le ciel en compagnie des miens, je ne veux jamais être séparé de toi... Et personne ne m'empêchera de descendre te retrouver lorsque la nuit sera là. » Elle se serra dans ses bras et murmura à son oreille : « Je t'aime... » Il la regarda un moment dans les yeux sans rien dire, avant de s'approcher et de poser doucement ses lèvres sur les siennes. Puis il prit ses mains dans les siennes et lui répondit enfin : « Moi aussi.» Alors il sortit lentement la Lune et la fit miroiter devant les yeux de Nyis. « Voici Ume... Je te l'offre. Je t'en prie, prends-la... » Elle prit avec soin la Lune entre ses mains et fixa sa douce lueur. « Elle est magnifique... mais je ne peux l'accepter. Tu en auras besoin pour éclairer ton chemin lorsque tu rentreras... et lorsque tu reviendras », lui répondit-elle avec un sourire. Il sourit à son tour. « Sache alors qu'à chaque fois qu'elle brillera, ce sera pour illuminer ta beauté.» Il fit une courte pause. « Nyis... me laisseras-tu t'appeler Sulyë ? » Elle ne répondit pas, et se contenta de se jeter dans ses bras.


Et depuis, tous les jours Meol laisse sa sœur se promener dans le ciel, attendant le soir, et toutes les nuits, lorsque Mael se repose, il descend retrouver Sulyë à la pâle clarté de la Lune.

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